1er tour – interviews Cossonay-Ville

Cher ami lecteur,

me voici de retour sur mon terrain de prédilection, les interviews. Lucens a gagné très facilement 6 matchs à 1 contre Cossonay-Ville, la troisième mi-temps vient de se terminer et tout le monde s’apprête à rentrer chez lui soigner les bobos physiques qui, vu leur grand âge à tous, ne sauraient manquer.

à tout seigneur, tout honneur, je tiens sous ma main, le capitaine Julien qui est, à juste titre tout rayonnant.

Julien, te voila, on s’en doute, un capitaine très heureux de la tournure des événements?

tout d’abord, bonjour Georges, je suis enchanté que la presse s’intéresse à nos performances et vous remercie sincèrement pour votre présence. Pour répondre à votre question, en effet je suis relativement content : mes joueurs ont pratiquement tous assumé leur rôle. Ce n’était pas évident, bien sûr. Ils n’ont pas d’expérience dans la compétition, ne sont pas de grands et bons sportifs à la base, il a fallu, vous pouvez me croire, cravacher dur cet hiver pour essayer de les mettre à niveau.

vous m’en direz tant. Pourriez-vous me détailler un peu cet entraînement hivernal ?

oh vous savez, ce n’est pas sorcier : quand vous prenez des joueurs qui savent à peine dans quel sens se tient une raquette, vous commencez par les fondamentaux. Faire rebondir la balle dans le tamis au moins 6 fois de suite en coup droit et au moins 4 fois en revers, cela occupe déjà plusieurs séances pour que tous y arrivent. Ensuite on s’est attaqué au jeu dans les carrés de service, certains n’avaient ni la force ni la technique pour faire traverser à la balle à travers tout le terrain.

ah, c’était à ce point-là… Mais alors que de progrès, si l’on se réfère au résultat d’aujourd’hui…

oui on peut en effet le dire, c’était pas gagné d’avance. Bon on a quand même perdu un match. C’est pas pour dénigrer, mais contre des adversaires de cet acabit, on se devait de tout gagner. Ce point pourrait nous valoir cher en fin de saison.

mon cher Julien, votre analyse un peu dure montre votre envie de performance. Cela promet des batailles épiques lors des prochaines rencontres. Nous aurons bien sûr l’occasion d’en reparler ces prochaines semaines.

merci Georges, c’est avec plaisir que je vous retrouve à Morges, notre prochain adversaire.

voici venir Laurent qui, au vu de sa démarche, m’a l’air blessé… Laurent des soucis physiques?

non, non, mon cher Georges, un peu de fatigue seulement, à mon âge c’est normal…

oui vous êtes en effet le plus ancien de l’équipe, mais vous avez aussi montré l’exemple en mettant deux roues de vélo à votre malheureux adversaire.

c’est clair que je me fais assez chambrer par le reste de l’équipe tout au long de l’année à propos de mon âge, pour devoir faire un peu plus afin de les faire taire. Là, ils peuvent toujours s’aligner, personne ne fera mieux…

difficile en effet… Comment expliquez-vous cette longévité qui fait de vous un redoutable compétiteur?

l’hygiène de vie, Georges, l’hygiène de vie, il n’y a que cela qui compte… Je prends exemple sur le grand champion qu’est Djokovic. Pas de viande, pas de gluten, pas d’alcool, pas de sexe, pas de sucre et surtout du caisson hyperbare à profusion.

ah, voilà une vie qui ne me conviendrait pas beaucoup…

C’est le prix de la performance, mon cher Georges.

c’est un choix en effet, en tout cas votre match a été en tout point parfait.

c’est exactement le mot, parfait. Bon désolé Georges, mais là c’est l’heure à laquelle je dois aller me coucher, il faut aussi que je garde les mêmes horaires, sinon je suis tout chamboulé.

eh bien Laurent, je vous souhaite une très bonne nuit. Je profite d’accrocher le bras de Sébastien qui partait presque sans me donner ses impressions…

désolé Georges, je ne voulais pas me désister.

sébastien tu fais partie des rares membres de l’équipe qui a fait un peu de compétition par le passé. Est-ce qu’aujourd’hui tu as retrouvé des sensations connues?

mon cher Georges, c’est vieux tout ça. Non franchement je n’ai pas beaucoup de souvenir de cette époque. Aujourd’hui j’étais très nerveux en entrant sur le court. Je voulais absolument bien faire, mais jouer contre ce que j’appelle de vieux crocodiles n’a jamais rien de facile.

votre adversaire avait quand même largement passé les 70 ans?

oui vous avez parfaitement raison, mais c’est le genre de joueur qui renvoie et renvoie encore et encore la balle, sans prendre de risque. Cela vous oblige à faire le jeu au risque de faire les fautes. Je suis donc très content d’avoir réussi mon match.

un mot sur l’équipe.

nous sommes relativement compacts, avec 2 à 3 joueurs capables de mettre le feu et les autres qui feront la différence au physique. Je pense que nous avons une très belle carte à jouer dans le groupe et ce, malgré notre inexpérience.

beaucoup d’optimisme donc. Pardonnez-moi mais je vois arriver le grand perdant de la journée et je suis impatient d’entendre son analyse.

pas de soucis, je vous laisse. Faites juste attention, il est pas très bon perdant…

jean-Pierre, vous n’avez malgré cette défaite mortifiante, pas totalement perdu votre légendaire sourire

monsieur Boissabierre, il y a des choses beaucoup plus grave qu’une défaite en tennis dans la vie.

c’est certain, mais pouvez-vous vous expliquer cette contre-performance?

ne voyons pas le verre à moitié vide, mon cher Georges, mais plutôt à moitié plein. J’ai perdu, oui, mais je me suis bien défendu. J’ai fait ce qu’il fallait pour mettre mon adversaire en difficulté, cela n’a pas parfaitement fonctionné, mais j’ai beaucoup appris et je peux déjà vous dire que le prochain match n’aura pas du tout la même physionomie.

voilà un discours combatif, ou je n’y entends rien. Quelles sont les clés qui vous permettront de faire la différence?

sans dévoiler mes cartes, je peux déjà vous annoncer que je vais tout miser sur le ralentissement du jeu et sur une multitude de lobs. Je ne connais pas encore mon futur adversaire, mais il devrait déjà se faire beaucoup de soucis. Ma tactique va le démonter.

wouaw, on vous sent remonté, vivement le prochain match.

j’ai hâte moi aussi, en effet.

Gérald, venez-donc vers moi. Alors ce premier match en compétition, racontez-moi?

voyez-vous Georges, je me suis éclaté. J’ai longtemps joué au basket dans une ligue quasiment professionnelle et j’ai retrouvé aujourd’hui certaines sensations connues à cette époque. L’impression de puissance lorsque l’on écrase son adversaire, la bave qui monte aux lèvres lorsqu’on le voit agoniser à genoux, et cette quasi jouissance quand enfin il admet son infériorité et se laisse mourir sur le court.

houla, oui, quand même, c’est fort. Je ne connaissais pas votre passé de sportif d’élite. Est-ce que cela vous a servi aujourd’hui?

bien entendu. C’est un enseignement que l’on oublie jamais. Les réflexes reviennent immédiatement, le goût de la victoire est inoubliable. Je pense que je suis conditionné pour gagner, au point que je ne conçois pas la défaite.

pourtant cela reste une option possible, non?

c’est de la théorie, mon cher Georges. Celui qui me battra ne joue pas encore dans ma catégorie, je vous assure. Et puis en cas de doute pendant le match, il reste quelques petits trucs que j’ai appris lorsque j’étais presque professionnel au basket.

quels genres de trucs, vous pouvez m’en dire plus?

il faut viser juste en dessous du genou ou alors sur la malléole assez fort, en général ça diminue les capacités de l’adversaire.

mais, mais c’est interdit!

pensez-vous, dans les petites ligues amateurs, il n’y a pas d’arbitre, alors c’est facile. Il faut juste faire attention à ce que personne ne vous voit…

alors là, je suis soufflé. Merci Gérald pour votre intervention, qui me laisse quasiment sans voix. J’espère que Jean-Luc qui arrive à l’instant fera montre de plus de réserve.

Jean-Luc, un seul match en double aujourd’hui, mais une victoire, êtes-vous fier de ce résultat?

vous rigolez ou quoi. Fier, fier de quoi? S’être mis à deux pour battre un pauvre bougre de 76 ans. Non il n’y a vraiment pas de quoi être fier, c’est moi qui vous le dit.

quand même la satisfaction d’avoir gagné, non?

oui bien sûr c’est plaisant. Mais je dois quand même dire, que passer la journée à regarder jouer les copains sans rien foutre et même pas pouvoir se boire une bière fraîche, c’est pas non plus la journée de rêve.

oh oui, là je vous comprend parfaitement. Vous espérez donc jouer un peu plus à Morges?

franchement c’est pas un espoir, mais une exigence. Si, dans l’équipe, il y a un mec qui est performant c’est bien moi. Le capitaine serait bien avisé de réfléchir à la composition de son équipe : il serait temps de savoir si on veut jouer le classement ou seulement la montre.

quand même, aujourd’hui le résultat est positif…

il manque un point… Je dis ça, mais je dis rien… Mais y’avait moyen de faire mieux en mettant les bons pions au bon endroit.

merci Jean-Luc. Eh bien, cher ami lecteur, s’il faut retenir un seul point de toutes ses interviews, c’est certainement l’ambition dont fait part chacun des joueurs. On sent que tous sont prêts à donner beaucoup pour jouer les premiers rôles dans le groupe. Cela nous promet des rencontres passionnantes. Rendez-vous donc à Morges, pour de nouvelles aventures…

Georges Boissabierre pour 1664 Farniente Corporation, mai 2016, Lucens