Bilan de la saison 2016

Cher ami lecteur,

voici l’interview exclusive de fin de saison des joueurs senior du TC Lucens que j’ai faite pour toi. Une saison qui finit pour le club en eau de boudin, pour diverses raisons que je ne peux ici pas commenter en détail, et qui laisse Lucens dans le milieu de classement : juste devant les faibles mais derrière les forts. L’important est de participer a dit un jour je ne sais plus quel imbécile, mais on était quand même en droit d’attendre mieux de la part de cette équipe. Le Président m’a laissé entendre que le club a mis beaucoup de moyens à disposition et que les espoirs déçus sont à la mesure du gouffre financier que cette épopée a laissé.

mais laissons ces considérations politico-financières aux dirigeants, qui sauront certainement faire leur autocritique et revenons au côté sportif en remettant l’homme au milieu de la discussion. C’est pendant un samedi pluvieux et maussade, que j’ai rencontré individuellement chaque joueur. Entre deux sanglots et cris de rage, ils ont, chacun à leur manière, laissé sortir leurs émotions. Voici donc un grand moment de journalisme et de psychologie humaine : derrière les joueurs meurtris se cachent des hommes pétris de bonnes intentions, mais souvent très maladroits.

c’est Julien qui ouvre le bal, en tant que capitaine c’est normal.

cher Julien, voilà c’est fini comme dit la chanson, si tu ne devais retenir qu’une image de cette saison, quelle serait-elle ?

sans hésitation, ma victoire lors du premier match contre Cossonay. J’en rêve encore la nuit et j’en bave d’aise : le gars n’a pas vu la balle du match, 6:0 6:1, net, propre et sans bavure. La pression était sur moi, je me devais de montrer l’exemple et la voie à suivre pour les autres. Et je l’ai fait de manière magistrale.

en effet cela était bien parti, mais finalement cela n’a pas été aussi bon pour toutes les rencontres.

hélas, mon cher Georges, en tant que capitaine, coach, soigneur et nounou je dois prendre la responsabilité sur moi… redde Caesar quae sunt caesaris, et quae sunt dei deo, le mauvais, mais surtout le bon d’ailleurs.

aurais-tu commis des erreurs ?

non pas des erreurs, mais une erreur. J’ai simplement raté le casting. J’ai été mal conseillé, on ne m’a pas refilé les bonnes vidéos, les joueurs que j’ai cru engager n’était pas ceux qui sont venus jouer : en bref on m’a berné !

houlà graves accusations que voilà, pourrais-tu étayer tes dires ?

c’est très simple Georges : quand j’ai engagé ces joueurs, on m’a dit que c’était des gars du coin, un peu besogneux, mais pétris de talents et pleins de volonté. J’ai été un peu naïf sur le coup. J’ai d’abord eu à faire, sans le savoir, à la mafia italienne, voire franchement sicilienne, qui m’a fourgué Jean-Pierre et Serge. J’aurais du me méfier des prénoms francophones avec des patronymes italiens… Ensuite j’ai rencontré la pire des mafias, la fribourgeoise : ils m’ont refilé Sébastien et Jean-Luc… C’est juste pas possible, ça. Enfin y’a le cas Gérald : tu sais d’où il vient avec son nom, toi ? Je pencherais pour un côté slave, en tout cas son agent à la gueule du mafioso russe. Le seul en qui j’aurais du pouvoir croire, c’est Laurent. Un petit gars vraiment bien de chez nous, du talent à revendre, il avait tout pour bien faire. Manque de pot, j’avais pas vu son âge… Beaucoup de bonne volonté, s’est donné du mal, mais en a eu beaucoup… Sérieusement à un certain âge, tu vises des activités plus adaptées comme le rummy ou les dames, quoi.

donc si c’était à refaire, tu changerais tes partenaires ?

oui, définitivement. Je vais d’ailleurs partir dès demain avec mon bâton de recruteur pour trouver les joueurs qui redonneront du lustre au club et satisfaire ainsi les ambitions légitimes de notre Président. J’ai déjà des vues sur un certain Monsieur Paul, il m’a été chaudement décrit comme une perle rare.

en parlant du Président justement, il n’a pas été tendre avec l’équipe, mais aussi avec toi en particulier lors de l’interview qu’il m’a accordée. Que voudrais-tu lui répondre ?

il est taquin le petit Président. Il ne faut pas prendre tous ces dires à la lettre, il fait très souvent dans le deuxième degré. J’ai su lire entre les lignes et ai vu des critiques contre les joueurs mais pas contre le capitaine. Cette année, nous étions au bord du gouffre, grâce à moi nous allons faire, l’année prochaine, un grand pas en avant.

tu es donc partant pour une saison 2017, qui devrait être, après ton nouveau casting, flamboyante ?

oui, alors évidement, c’est mon souhait le plus cher, mais… Fabou, elle est pas aussi enthousiaste que moi. Pendant mes longues absences, que ce soit pour les matchs ou pour leur organisation, elle a du quand même jongler avec la lessive, le ménage, les vitres, le gazon, le lavage de la voiture et des vélos, les repas à la maison et les pic-nics à l’extérieur ainsi que de l’éducation, le suivi des devoirs et l’accompagnement des activités parascolaires des enfants… C’est pas qu’elle se soit plainte, mais j’ai senti comme une certaine réticence au prolongement de mon mandat. Je vais tout d’abord remplir la boîte à bon points pour avoir une chance de remettre cela.

ah voici un discours que j’ai déjà entendu dans la bouche de nombreux bénévoles, dont ton Président : c’est malheureusement monnaie courante dans le bénévolat. En tant que chef de famille, je suppose que tu sauras régler cela ?

je vais régler ce problème de la même manière que je règle les problèmes de l’équipe, en force évidement.

aïe, ce n’est ainsi pas sûr que tu puisses t’impliquer du coup autant l’année prochaine. Cher Julien, je te remercie pour ces quelques éclaircissements qui apporteront certainement la lumière auprès de nos lecteurs qui se réjouissent de pouvoir suivre vos aventures l’année prochaine et même plus tôt si il devait y avoir des rebondissements dans cette saga.

Julien nous parlait des Italiens de l’équipe, voici justement le tour de Jean-Pierre de répondre à mes questions. Jean-Pierre c’est un vrai ami, il n’est pas venu les mains vides, lui… Merci JP pour ce flacon de Grappa, je vais tout de suite en faire bon usage…

alors JP quel bilan tires-tu de ta participation aux interclubs ?

comment dirais-je, mon cher Georges, je ne voudrais vexer personne surtout. Disons qu’au niveau interne c’était passable, avec une ambiance parfois un peu limite. J’ai beaucoup entendu de remarque sur l’Italie et les Italiens. J’aimerais ici mettre un terme à toutes les spéculations inutiles : je suis Suisse, né en Suisse et bourgeois de Lucens. Donc oui je parle avec les mains, oui je suis volubile et irritable, mais cela n’a rien à voir avec de pseudo origines étrangères. Jean-Pierre, c’est pas un prénom italien que je sache.

oK, voilà au moins une mise au point qui se veut claire. Tu nous parles d’un niveau interne, c’est donc qu’il y a un niveau externe, non ?

oui et je m’explique. Nos adversaires, les gars contre qui j’ai joués, ceux qui m’ont battu, c’est de la racaille. Ils viennent, ils jouent comme des pommes, et ils me battent. C’est parfaitement inadmissible. Encore s’ils étaient au niveau qui est le mien, j’aurais eu une chance, mais là, des pommes je te dis.

euh, mais finalement elles t’ont battu ces pommes ?

c’est exactement ce que je te dis, c’est tout bonnement scandaleux. Moi je viens avec mon beau jeu, ma technique irréprochable et mon envie de leur mettre une rouste, et pan, ils me la jouent baballes et fofolles. C’est vraiment pas très drôle. Je vais profiter de la pose hivernale pour bien étudier le règlement afin de contrôler s’il n’y aurait pas une clause qui interdit aux pommes de se présenter en compétition. Je ne me ferai pas avoir deux fois de suite, c’est moi qui te le dis…

tu reproches à tes adversaires de t’avoir battu, mais tes camarades d’équipe ont gagné des matchs eux. Et si je suis ton raisonnement à la lettre, ils ont rencontré les mêmes pommes, non ?

collègues, pas camarades, c’est pas moi qui les ai choisis non plus, hein… Si tu es totalement honnête et impartial, Georges, tu devrais pouvoir sans problème admettre qu’il y a différentes qualités de pommes. Nous n’avons pas tous rencontré les mêmes familles de pommes. Certains, et je ne veux désigner personne directement, ont rencontré des pommes déjà bien mûries : 76 ans, 72 ans, cela n’a pas été, pour ceux-là, la catégorie «senior 45+», mais la catégorie «date de péremption explosée voir plus». Tu comprendras dans ces conditions qu’il n’y a pas de comparaison possible.

bien sûr, on peut toujours reprocher au destin de t’avoir un peu défavorisé, mais peut-être qu’il serait aussi intéressant de remettre en question ta technique ou éventuellement simplement ta préparation ?

le destin a bon dos dans un cas comme celui-là. C’est pas le destin qui me fait jouer les matchs 3, 4 ou 5 dans l’équipe, c’est le capitaine. J’ai reçu des offres, tout dernièrement, de mes cousins siciliens, les bétonneurs des grandes profondeurs. Je te le dis en aparté, Georges, je les ai classées dans mon dossier «à garder au chaud» et je pourrais les ressortir si le «destin» devait à nouveau me chercher des noises.

aïe, les fameux cousins… Quand même, avant d’utiliser les grands moyens, il faut laisser une chance au temps, qu’il puisse faire son œuvre et t’offre suffisamment de confiance en toi et de technique pour pouvoir enfin gagner tous tes matchs.

ab imo pectore, je le crie haut et fort, que la force soit avec moi pour la prochaine saison et tout se passera pour le mieux…

merci infiniment, JP, pour ces paroles que tu m’as accordées, un grand merci encore pour la Grappa de Sicile et le bonjour cordial et respectueux à tes cousins entrepreneurs, puissent-ils faire d’excellentes affaires sur leur île afin qu’ils y restent.

c’est ton tour, Gérald. Qu’aimerais-tu nous dire à propos de ton implication dans cette compétition ?

eh bien, Georges, voyez-vous, je suis assez content de moi, ma tactique a été la bonne.

3 matchs joués seulement, une blessure qui t’a handicapé pratiquement pour toute la saison, de quelle tactique veux-tu parler exactement ?

au début de l’hiver 2015, j’ai pris le temps de m’assoir derrière mon bureau et d’étudier attentivement les dossiers de chacun des membres de l’équipe. Les CV n’étaient pas lourds, les lettres de recommandation très succinctes et peu élogieuses. C’était très lisible que nous allions au fiasco, à la déroute… Le danger, quand vous faites partie d’une équipe, c’est que les mauvais résultats influencent la vision globale qu’ont les gens extérieurs à celle-ci et qu’ils assimilent l’ensemble au négatif, en ne différenciant plus les individus : en gros c’est tout le monde dans le même sac, quoi. Or même dans un groupe médiocre, il y a toujours un individu ou des individualités qui sortent du lot. En simulant une blessure assez tôt dans la saison, j’évitais intelligemment de jouer trop de match et donc de participer au naufrage. Du coup, les gens voient le groupe, nul, et GéGé qui surnage puisqu’il n’est pas vraiment dans le groupe.

tu sembles beaucoup tenir compte de ton image, à ce que pensent les gens de toi. Est-ce vraiment si important ?

on voit tout de suite que tu n’as pas été un grand compétiteur comme moi, Georges. Le fait d’avoir été sous les projecteurs, d’avoir été adulé par tant de gens, a été une source de bonheur inépuisable pour moi. J’aime ce sentiment jusque dans mon métier qui me fait rencontrer des gens qui attendent tellement de moi et sur qui j’ai quasiment droit de vie ou de mort. C’est une sensation dont je ne peux plus me passer. Et puis il y a ma fille, mon trésor. Vous n’êtes pas sans savoir qu’elle est déjà une compétitrice hors normes, tout en haut du pinacle. Je me dois de lui montrer l’exemple afin qu’elle vise toujours plus haut. Je ne peux pas me permettre de lire de la déception dans ces yeux, me comprenez-vous Georges ?

bien sûr, même si effectivement je n’ai pas eu la chance d’être un grand sportif ou même un père aimant. Je suis toute fois aussi un recordman dans mon genre, mais c’est plutôt dans les descentes de verre que je m’affirme en champion. Bref, nous ne sommes pas là pour parler de moi et de mes exploits. Votre excellente tactique en 2016 a peut-être fonctionné, mais vous ne pourrez décemment pas la réitérer l’année prochaine sans que cela ne se remarque tout de même un peu, n’êtes vous pas d’accord ?

comprenez-moi définitivement bien, Georges : mon besoin de reconnaissance, de plaire en quelque sorte, est tel, que je suis capable de tout pour me mettre en valeur aux yeux de tous. Je vais donc travailler à différentes stratégies pendant l’hiver qui me permettront de me positionner en fonction des différents scénarios qui se présenteront à moi en 2017. Si l’équipe devait par miracle bien tourner, j’aurai affiné des arguments prouvant que j’y suis pour une part importante, si, et c’est le plus probable, l’équipe devait prendre l’eau, je ne pourrai pas jouer à nouveau la carte de la blessure, mais les absences pour raisons professionnelles ou pour raisons de coaching intensif de ma fille, mon trésor, m’offriront des excuses plus que plausibles. Si vis pace, para bellum, pour ne pas paraphraser un ami latiniste…

évidemment, ta vision tient la route. Un dernier mot encore sur tes coéquipiers ?

je ne suis pas capitaine, Georges, mais j’ai une très grande habitude de former des équipes. En un mot comme en cent, le recrutement a été lamentable. Comment peut-on se tromper à ce point, je ne le sais pas. Franchement à part moi et ma science de la compétition et de la gagne, je ne vois personne capable d’éclore et de faire des résultats l’année prochaine. C’est triste d’avoir la chance de partir d’une feuille totalement blanche et de la remplir avec de tels bras cassés. Non vraiment, je ne comprends pas.

bon, ben merci mon GéGé, pour ces mots parfois assez durs. Je te souhaite de trouver les bonnes stratégies pour le futur et que tes collègues ne lisent pas trop en détail cette interview…

parce qu’en plus vous pensez qu’ils savent lire…

tout de suite, passons à Sébastien, qui je l’espère saura être plus positif. Mon cher Sébastien, tu n’as finalement pas réussi à maintenir ton invincibilité, quel est ton bilan à la fin de tout cela ?

pfff, beaucoup de facteurs extérieurs à la compétition m’ont effectivement fait perdre un statut auquel je tenais particulièrement. Il y a donc beaucoup de déception actuellement, j’ai du mal à voir la lumière en ce moment.

il te faudrait pourtant relativiser, tes résultats sont quand même au dessus de la moyenne.

oui Georges, sol lucet omnibus, et j’ai effectivement eu mon heure de gloire. Mais, à la fin, l’ombre m’a rattrapé et la force m’a abandonné. Je ne suis pas responsable de cette déchéance, j’en suis conscient, mais c’est quand même moi qui en subit les conséquences.

n’arrives-tu pas à sortir un peu de positif dans tous les matchs que tu as joués ?

si bien sûr. Prenons par exemple ma victoire en simple à Valeyres : je m’effondre en deuxième set, je suis rapidement mené 5 à 2 et je reviens, balle après balle, jeu après jeu, pour finalement m’imposer 7 à 5. C’est bien entendu une remontada fantastique et particulièrement importante : elle a à coup sûr influencé ma saison. Bon en même temps le gars en face avait au moins 110 ans…

quand même il faut garder ce fait d’arme et construire dessus. Parle-moi un peu de tes amis et coéquipiers.

quelle notion avez-vous de l’amitié, Georges ? Le fait de jouer dans une même équipe, ne fait pas de nous forcément des amis, il faut bien faire la part des choses. A part ça, je dois dire que je n’ai pas beaucoup de doléances à faire. Le capitaine est dur mais juste, il m’a fait jouer un maximum, merci à lui. Je ne ferai pas le bilan individuel de chacun, chacun étant suffisamment grand et adulte pour comprendre là où il a pêché. Globalement nous aurions dû faire plus de points, et ceux qui n’en ont pas assez ramenés se connaissent. Je pense qu’ils feront leur autocritique et sauront mettre en place les mesures correctives nécessaires.

un discours de plus, relativement critique envers tes collègues. Vu de l’extérieur, tout cela donne l’impression d’une ambiance un peu délétère au sein de l’équipe. Quand est-il vraiment ?

non, non, il ne faut pas peindre le diable sur la muraille, quand même. Nous sommes les champions de la troisième mi-temps, les rois de la fête. Une fois le terrain quitté, la raquette rangée et la discussion de vestiaire terminée, nous devenons les fous du roi qui nous entendons comme de gais lurons, tout de même un peu plus lurons que gay, je dois préciser…

ces paroles me rassurent, je dois dire, mais peut-être que l’équipe devrait faire un effort pour communiquer un peu plus son côté joyeux.

nous allons en discuter à l’interne et feront certainement les corrections nécessaires dans le futur, merci pour le conseil Georges.

de rien mon cher Sébastien et merci à toi pour le temps que tu m’as accordé. Tu peux laisser ta place à Jean-Luc qui a certainement des choses à nous dire aussi.

bonjour Georges, merci de me recevoir et oui j’ai effectivement des choses à dire, voir à dénoncer.

eh bien, voilà une entrée ne matière qui promet. Qu’est-ce que provoque un tel courroux chez toi, mon cher Jean-Luc ?

j’en ai marre, Georges, plus que marre. J’ai consulté le règlement et cherché chaque détail : je n’ai rien trouvé. Savez-vous, mon cher Georges, qu’il est autorisé, par ce fichu règlement, de ne pas prendre deux balles dans sa poche lorsque l’on est au service et donc de devoir aller en chercher une si l’on a raté son premier service ?

euh oui, je crois bien que cela n’est pas interdit. Mais en quoi cela est-il gênant ?

en quoi cela est-il gênant, vous me demandez en quoi cela est-il gênant ? Ira furor brevis est, et là je suis presque bon pour l’asile, c’est moi qui te le dit. Le chien d’infidèle pendant qu’il va tout tranquillement chercher sa deuxième balle, en prenant le temps de boire un petit café, de tirer sur sa clope, il casse le rythme que j’essaie d’imposer. Déjà qu’avec le temps qu’on a eu, les terrains étaient d’une lenteur exaspérante, mais si en plus l’adversaire prend le temps de faire la conversation entre chaque balle qu’il touche, c’est pas possible.

bon tu as effectivement eu un adversaire un peu spécial lors d’un match, mais cela n’a pas été le cas pour chaque, oui ?

le problème, Georges, c’est que moi je suis un ruminant, pas une vache hein, non mais un gars qui réfléchi et qui garde les choses au fond de soi, je prends le temps de les digérer. Du coup, cela a influencé très négativement tout le reste de ma saison.

alors là, oui, il est important de faire une introspection en toi pour pouvoir passer à autre chose.

c’est exactement ce que j’ai été faire pendant la fameuse rencontre de Valeyres. Je me suis éloigné du monde en faisant une retraite spirituelle dans un chalet d’alpage sur le plateau des Alpettes. J’y ai rencontré là-bas un gourou, un maître des pensées exceptionnel, mais cela n’a pas suffi. Je pense à me retirer cet hiver, dans un ermitage lointain, afin de travailler mon moi intérieur.

Vuadens, ce n’est pas assez lointain pour toi… pourtant je l’aurais cru, mais bon… A part ce malheureux incident perturbateur, comment analyses-tu tes performances ?

bonnes, voir très bonnes, si je compare à certains. J’ai joué tous mes matchs à fond, j’ai parfois usé de subterfuges de vieux briscards pour gagner un ou deux points et le bilan est presque parfaitement centriste : 43% de victoires pour 57% de défaites. Peu mieux faire, mais je n’ai de loin pas le bilan le plus négatif du groupe.

en effet, il y a pire. Quels sont donc les subterfuges utilisés, rien d’illégal j’espère ?

non, il n’y a rien d’écrit concernant la guerre psychologique globale dans le règlement de l’Association Suisse de Tennis.

mais encore, donne-nous plus de détails ?

oh rien de bien méchant, mais au changement de côté, je force un peu le passage, obligeant mon adversaire à se mettre de côté, histoire de bien montrer qui est le patron. Ou encore, une petite phrase assassine lâchée de-ci, de-là. Genre, je parle de mon copain qui a des cousins entrepreneurs en Sicile, toujours prêts à rendre service. Celle-là, elle marche surtout sur les adversaires qui ont des enfants.

c’est relativement immonde comme procédé.

y’a ceux qui ont la technique et les autres, mon chers Georges. Chez les autres, on se doit d’utiliser les failles des premiers, c’est GéGé qui m’a appris cela. Paraît qu’il utilise beaucoup ces techniques dans le cadre de son travail.

voilà, voila… des méthodes tout de même discutables. M’enfin tu rempiles donc pour la saison prochaine, quelles seront tes ambitions ?

je vais coupler le séjour dans mon ermitage avec un stage à la police cantonale de Fribourg, section guerre psychologique et guerre des nerfs. L’hiver étant long par chez nous, je devrais ainsi pouvoir acquérir et développer les outils nécessaires, afin que l’année 2017 soit mon année, l’an 0 de l’année Jean-Luc. Je plains déjà fortement mes futurs adversaires, les blessures morales que je vais leur infliger, devraient être particulièrement douloureuses.

oups, je suis du coup assez content de ne pas faire partie de tes adversaires. Merci à toi, donc pour ces instants partagés, je te souhaite une bonne retraite, un stage instructif et me réjouis de te retrouver pendant les matchs en 2017.

Laurent, te voilà tout requinqué semble-t-il, pas de séquelle de ton opération donc ?

non mon cher Georges, aucune séquelle. Le service des 50 ans a été parfaitement effectué et je cours comme un gamin de 20.

du coup, tu vas enfin pouvoir apporter ta pierre à l’édifice de cette équipe qui en a bien besoin.

en effet, c’est mon but pour 2017. Je vais exploser un par un chaque adversaire, afin de montrer la voie à suivre à mes petits camarades. Je ne veux pas que quelqu’un puisse me reprocher à nouveau mon manque d’implication : sans remord ni reproche, voilà qui devrait définir ma prochaine campagne.

ah, on sent de l’énergie et de la volonté dans ton discours. Cela contraste d’avec cette saison pendant laquelle tu as tiré un spleen d’enfer derrière toi.

mens sana in corpore sano, c’est aussi simple que cela Georges. Vous repassez les shorts, changez les crampons et regonfler le ballon et ça repart. Ensuite la tête reprend de l’altitude et vous voilà prêt à botter les fesses à n’importe qui.

tu as eu, dans ton malheur, la chance de pouvoir suivre les performances de l’équipe avec beaucoup de recul. Quelle est ton analyse ?

d’abord on parle de performance quand il y a des résultats et là, franchement… Après je ne veux pas être trop négatif non plus, mes collègues sont jeunes et inexpérimentés. Je ne veux pas stigmatiser les responsables du fiasco individuellement, mais j’accepte volontiers de parler de la performance du groupe. En partant du fait avéré que l’équipe était totalement inexpérimentée, que le capitaine était totalement inexpérimenté, que le club avait totalement oublié ses expériences passées et qu’enfin tous nos adversaires avaient de par leur âge une expérience de la compétition irremplaçable, nous avons obtenu le maximum que nous pouvions obtenir. C’est pas grand-chose, mais c’est déjà ça.

tu relatives très bien les mauvais résultats et je pense que tu as raison. Penses-tu qu’il soit possible que la saison prochaine soit plus glorieuse ?

nous aurons tous une ligne de compétition de plus sur notre CV, mon bus Camper aura certainement 30’000 kilomètres de plus au compteur et nos adversaires auront tous une année de plus que cette année. Si avec tous ces arguments, on n’est pas capable de mieux faire, je ne comprends rien…

vu comme cela, cela paraît en effet très logique. Tu es un fervent vacancier, toujours sur la route avec ton bus, un séjour exotique prévu ces prochaines semaines ?

d’abord, suite au grand tour de ce printemps, je dois passer le bus au Kärcher, extérieur et intérieur. Ensuite, je reprends la route pour les montagnes, les lacs et les rivières, sans destination précise. On ira là où le vent nous mènera. Ensuite, je le mets en hivernage dans une station de ski : cela nous fait un pied à terre pour pouvoir skier les week-ends.

pas trop froid dans le bus en hiver ?

penses-tu, pas de souci. Il y a le chauffage sur la batterie, puis le chauffage sur le diesel et enfin si vraiment tout foire, j’ai toujours une réserve de bois, pour faire un feu au milieu du salon. Jusque-là j’ai jamais du en arriver là, mais je me réserve la possibilité.

eh bien bon vent pour ces balades et autres journées de ski et je te souhaite à toi aussi une pleine et bonne saison 2017.

Serge, mon ami Serge, à tout seigneur, tout honneur, je termine cette campagne d’interviews, par le plus jeune et le moins expérimenté de l’équipe. Alors Serge, c’était comment cette compétition ?

fantastique Georges, fantastique. Je me suis éclaté, et on m’a d’ailleurs aussi éclaté, sur les courts, j’ai couru, couru tant que j’ai pu, frappé, volleyé et en fin de compte énormément perdu.

en effet, 5 défaites pour 5 matchs joués, c’est pas ce que l’on peut appeler un résultat reluisant.

comme je te l’ai déjà fait remarquer lors d’une autre interview, il y a plus grave que de perdre un match ou des matchs de tennis dans la vie. Moi cette saison j’ai appris à perdre. Certains autres de l’équipe n’ont pas encore fait assez cette expérience. Du coup, la saison prochaine, ils risquent d’être désagréablement surpris. Moi c’est fait, et je sais à quoi m’attendre.

si je comprends bien ton discours actuel, tu ne t’attends pas vraiment à une amélioration pour l’année prochaine ?

poh, poh, poh, je n’ai jamais dit cela, audaces fortuna juvat. Non, la saison d’hiver qui se profile devant moi, va me permettre d’affiner ma technique et d’enfin comprendre la tactique de ce jeu. Je te rappelle que je viens du foot, sport dans lequel techniquement il s’agit de maîtriser le pied droit si tu es droitier et tactiquement c’est tous derrière ou tous devant en fonction de tes qualités ou surtout de celles de l’adversaire. C’est plus basique en quelque sorte, pas inintéressant, mais plus basique. Cela signifie pour moi que je dois un peu oublier ma technique de pied droit pour acquérir celle de la main droite et, beaucoup plus aléatoire, comprendre mon placement sur la moitié de terrain rectangulaire que m’autorise à occuper le règlement.

c’est en effet un bon moment dans la saison pour revoir les bases du métier. Parallèlement à tes propres progrès, comment juges-tu ceux des autres membres de l’équipe ?

ils ont tous fait des progrès fantastiques. Tous les résultats ne le prouvent pas, mais vu de l’interne, chacun a amélioré au moins un détail chez lui et ça, c’est fantastique.

mais encore, il te faut m’en dire plus ?

c’est pas toujours visible du premier coup d’œil, il faut parfois voir les situations, le contexte pour le remarquer. Chez certains, c’est vrai, on le remarque très vite : le tour de taille plus arrondi, la calvitie plus prononcée ou la lenteur de déplacement plus importante sont impossible à rater. Pour le reste, c’est plus discret : le lever du coude est plus vif, la quantité de bière ingurgitée est plus grande ou encore, le coup de fourchette est beaucoup plus précis. Définitivement, il y a de grands progrès qui ont été faits depuis une année.

effectivement, vu comme cela, on peut parler de progrès. Quel est ton but ultime et personnel pour la saison 2017 ?

gagner au moins un match, égal quel âge aura mon adversaire, égal sur quelle marque de chaise roulante il roulera.

je parlais d’un but accessible, Serge.

alors tout de suite, si tu places la barre si haute que je n’ai pas une chance de la franchir. Dans ce cas, j’espère pouvoir refaire une Paëlla lors du dernier match à Lucens, car là c’est moi le roi…

en effet, elle aura marquée les esprits et nourri son monde. Eh bien, mon cher Serge, merci aussi à toi pour ces belles paroles et je te souhaite vraiment d’atteindre tes buts ainsi qu’une bonne préparation hivernale.

cher ami lecteur, c’est ainsi que je clos définitivement ma saison de reportages et d’interviews au sein de cette belle et brillante équipe de Lucens. Si aucun club un tant soit peu plus performant ne s’enquière de mes services, je serai à nouveau présent pour la saison 2017 qui se promet d’être pleine de rebondissements et de combats haletants. J’ai une pensée émue en remerciant et en saluant une dernière fois dans l’ordre de leur interview, Julien, Jean-Pierre, Gérald, Sébastien, Jean-Luc, Laurent et Serge et en leur dédiant cette phrase célèbre : beati pauperes spiritu.

Georges Boissabierre pour 1664 Farniente Corporation, août 2016, Lucens