Marly

cher ami lecteur,

quelle semaine pour le tennis, mais quelle semaine… Lisez plutôt… Andy Murray sorti lors de son premier match à Rome… Stanislas Wawrinka, Notre Stanislas Wawrinka, sorti en quart de finale, toujours à Rome, et par John Isner, pourtant pas un spécialiste de la terre battue… Raphaël Nadal, pourtant en pleine bourre actuellement, encore à Rome, éjecté aussi au stade des quarts de finale par Dominic Thiem… et, last but not least, Novac Djokovic qui perd la finale de ce même tournoi contre le tout jeune allemand Alexander Zverev…

ce dimanche en me rendant à Lucens pour couvrir le match au sommet qui oppose le club local au Tennis Club Marly, je me dis que là c’est bon, la journée devrait être plus tranquille… Erreur, cher ami lecteur, j’étais dans l’erreur la plus totale…

j’ai dans mon commentaire d’avant match dit et redit que Marly était l’un des ogres de ce groupe, certainement avec Lausanne Sport. Un club des villes, avec un réservoir de talents presque infini, Lucens devrait être à la peine, oui c’est cela que j’ai écrit… Oiseau de mauvaise augure que je suis ; cette folle semaine allait prendre fin avec une fantastique performance de Lucens…

7 à 0, oui, cher ami lecteur, tu ne rêves pas, Lucens, nos valeureux Lucensois, ont gagné cette rencontre 7 matchs à zéro… Si cela n’est pas un retour en grâce, c’est que je ne m’y connais pas en tennis. Du coups, voilà Lucens provisoirement en tête du groupe avec quelques points d’avance sur Lausanne Sport… Qui l’eu cru à la sortie de la débâcle de Vufflens-la-Ville…

… en tout cas les Lucensois ne l’ont pas cru non plus, même pas une mignonnette de champagne pour célébrer l’exploit du jour… si au moins, ils avaient la bonne idée d’arrêter d’acheter de la bière sans alcool …

pour une fois, les cris dans le vestiaire pour le debriefing ont été joyeux et positifs, cela change vraiment de d’habitude. Je pense que les interviews prendront un tout autre ton que lors du premier tour. Je vais d’ailleurs pouvoir le constater immédiatement, puisque c’est un capitaine tout sourire qui vient vers moi…

Julien, félicitations pour cette performance rarissime et magnifique. Quelles sont tes impressions, là tout de suite, à chaud ?

plénitude, euphorie, joie et satisfaction sont les mots qui me viennent spontanément à la bouche, mon cher Georges. Peu de monde croyait en nos chances aujourd’hui, mais nous avons montré, en équipe, qu’il ne faut pas nous enterrer trop vite. Vufflens était un accident et nous avons appris de nos erreurs.

j’ai quand même l’impression que Marly n’était, et de loin, pas du calibre de Vufflens, je me trompe ?

ce n’est pas important de connaître le calibre de l’adversaire, c’est important de remporter les points. Ce n’est pas nous qui décidons contre quelle équipe nous jouons et ce n’est pas nous qui décidons qui sera sur le terrain pendant les matchs. Si nous rencontrons des joueurs moins bons que redoutés, c’est tout bonus, à la fin seul les points comptent.

il y a encore quelques jours l’équipe était au fond du trou. Certains joueurs parlaient ouvertement d’arrêter le tennis et de se consacrer à d’autres activités moins difficiles. Lorsque l’on est capitaine, comment gère-t-on ce genre de situation ?

c’est dans ces moments-là que les excellents capitaines font la différence d’avec les mauvais… Il n’y a pas de secret : être proche de ses joueurs, connaître leurs forces et leurs faiblesses, savoir aller les chatouiller dans leur amour-propre, c’est là que réside ma science.

je dois bien avouer que pour le coup ta technique semble être bonne. Pourtant tu as souvent fait preuve d’un manque crasse de psychologie dans ta communication et dans les interviews que tu m’as accordées, te permettant des critiques très dures envers tes joueurs…

il ne faut pas voir que la surface, mon cher Georges, tu devrais gratter un peu plus profond avant de juger les gens. Je maintiens que je dirige une équipe de bras cassés, c’est un fait, cela ne signifie pas que les miracles ne soient pas possible. En plus, c’est pas grâce à eux que nous gagnons aujourd’hui, mais grâce à moi.

tu n’as quand même pas joué tous les matchs, les autres ont donc aussi leur part de responsabilité dans ce succès, non ?

si peu, si peu… Je m’explique : avant Vufflens, j’ai pas tellement eu le temps de suivre les entraînements, j’avais trop de boulot à côté. Du coups les gars se sont entraînés seuls, ont fait n’importe quoi et on a vu le résultat. Mercredi passé, je suis arrivé un peu en retard, toujours à cause du boulot, et j’ai vu comment ils s’étaient organisés. Une moitié au bord des courts en train de jacasser comme des pies et l’autre moitié sur les courts aussi en train de papoter. Des vraies gonzesses devant les portes coulissantes de la Migros. J’ai poussé ma bouélée, j’ai remis tout le monde au turbin et le résultat c’est ce qui s’est passé aujourd’hui. Aut Caesar, Aut nihil, serais-je tenté de dire…

un mot sur ta performance personnelle avant de terminer ?

la perfection, simplement la perfection. J’ai servi comme un dieu, j’ai volleyé comme un dieu, j’ai couru comme un dieu, j’étais sur mon nuage. Certains ont peut-être douté de mes qualités de joueur et surtout de mon état physique, oui j’ai pris un peu de poids, aujourd’hui je leur ai clairement bouclé le caquet.

un grand merci pour ces belles paroles mon cher Julien, je souhaite retrouver cette bonne humeur et ce grand sourire au sortir de la rencontre de Lausanne, dimanche prochain.

… toutes ces émotions me donnent soif. Je vais puiser dans ma réserve personnelle puisque la buvette ici n’est toujours pas plus fournie que ça …

Laurent, malgré un samedi soir à nouveau très festif, tu sors un grand match pour une magnifique victoire. A ton âge avancé, comment fais-tu pour réussir une telle performance malgré la fatigue et un mal de crâne évident ?

c’est uniquement grâce à l’entraînement, mon cher Georges, il ne faut jamais sous-estimé l’importance de l’entraînement.

c’est vrai et Julien me l’a confirmé il y a un instant, toute l’équipe a fait un entraînement très sérieux mercredi dernier.

en fait, je pensais pas à celui-là, mais plutôt à toutes ces fêtes auxquelles je participe. Je danse, je bois, je danse encore et j’en bois encore un, juste avant de partir à point d’heure. Du coups, j’arrive les dimanches de compétitions encore passablement ivre, ce qui me permet d’oublier les éventuelles douleurs liées à mon âge.

ah !? Ok, c’est évidemment une technique comme une autre pour être performant. Ne serait-ce pas apparenté à du dopage quand même ?

ce qu’il y a de bien en Suisse, c’est que tu n’as pas le droit de prendre toutes sortes de drogues et autres médicaments, mais que rien ni personne ne t’interdit de boire du rouge, du blanc ou même du rosé avant ou même pendant une compétition. J’en profite donc un peu… Et puis, c’est toujours pareille, plus tu prends de l’âge moins on te soupçonne de tricher. J’en profite donc aussi un peu…

voilà, voila… une analyse rapide de ton match ?

au début j’ai eu un peu peur. Je voyais deux adversaires sur le terrain, parfois même trois, et mes déplacements étaient relativement approximatifs. J’ai pris sur moi et pratiqué quelques exercices de respiration profonde qui m’ont permis de diluer le sang dans mon alcool. Une fois mieux, j’ai mis le turbo et j’ai passé l’épaule facilement.

le tennis paraît si simple quand tu nous l’expliques… Un pronostique pour dimanche prochain à Lausanne ?

 c’est pas facile de lire l’avenir, en tout cas pour le tennis. Moi, la seule chose que je sais, c’est que samedi je suis de sortie et que je devrais me présenter à la Pontaise suffisamment comme il faut pour éclater mon adversaire du jour.

et bien, cher Laurent, je te souhaite plein de réussite pour la suite, quelle que soit la technique que tu utiliseras.

… on parle de boisson, mais c’est toujours le désert de Gobie par ici. Y’a vraiment personne qui aurait un peu de champagne, de bière ou de 51 pour moi …

Jean-Pierre, merci de t’arrêter en passant. Je vois à ton sourire que cette victoire te remplit de joie.

en effet, Georges, je suis fort aise d’avoir enfin pu prouver que ma technique et ma tactique sont les bonnes. Cette victoire en simple va me donner des ailes pour la suite et plus personne ne se mettra en travers de mon chemin, jamais.

Houlà, tu es gonflé à bloc du coup ?

oui je me sens tout revigoré. Le soleil est revenu sur Lucens et dans mon coeur. Je me suis placé sur de bonnes bases pour lancer cette saison qui comme le temps a eu de la peine à décoller.

comme tous tes coéquipiers, tu as rencontré un adversaire quand même bien faible. Ne penses-tu pas qu’avant d’être trop euphorique, il faudrait confirmer ce résultat, à Lausanne ce dimanche par exemple ?

comme je viens de te le dire, plus personne en travers de mon chemin… En fait, j’attends de pieds très ferme le prochain et tous les suivants. Ils vont tous regretter de devoir me rencontrer et pour une fois cela n’aura rien à voir avec mes cousins siciliens…

ah les fameux cousins siciliens… Laissons-les bien loin de nos affaires, cela vaudra mieux pour tout le monde. Comment as-tu appréhendé cette partie dans le détail ?

j’ai tout d’abord pris le temps de me préparer mentalement dans le vestiaire. Seul dans mon coin, j’ai fait le vide. J’ai d’ailleurs failli m’endormir… Ensuite je me suis badigeonné d’huile chauffante, comme je le faisais au temps de ma carrière de footballeur. ça pue un peu mais ça fait un bien fou… Et enfin je suis rentré dans l’arène : je n’ai pas fait attention à mes groupies qui criaient : « Jean-Pierre, Jean-Pierre, hiiiiiiiiiiiii », je n’ai pas senti les tapes viriles dans mon dos de la part de mes admirateurs, j’étais dans ma bulle, concentré…

en même temps, il n’y avait pas autant de ferveur dans le maigre public présent…

ne m’interromps pas dans mes explications… je n’avais qu’un seul et unique but : pulvérisé mon adversaire, remporter le match et soulever la coupe… Champion du monde, champion du monde je me suis vu…

eh bien, tout ça pour un petit match régional, qu’est-ce que ce sera si vous deviez jouer les promotions… Essuies-toi le coin de la bouche Jean-Pierre, tu as un peu de bave… Merci à toi pour ces belles paroles et je te souhaite plein de réussite la semaine prochaine.

… avant de recevoir Jean-Luc, vite un petit godet de ma cave portative, cette petite bise qui nous accompagne me dessèche affreusement …

Jean-Luc, mais quelle banane sur ton visage… ma parole tu fais plaisir à voir.

merci Georges, merci. Je suis en effet le plus heureux des hommes…

tu es pourtant le seul à avoir perdu un set aujourd’hui. Pas trop chambré par tes coéquipiers ?

je crois que nous devrions faire un petit tour par les vestiaires tous les deux, je n’aime pas trop la direction que prennent tes propos…

non, sans façon merci, je pense que nous pouvons éviter cette étape. Parle-moi plutôt de ton match.

j’ai en effet perdu un set, mais je dois te faire tout de même remarquer que moi je suis tombé sur La Bête du club, Le Champion de l’équipe, ceci expliquant peut-être cela. De plus, j’aurais pu facilement gagner en 2 sets, mais j’avais besoin de me fabriquer un match référence. Souvent, dans le passé, j’ai perdu ce genre de partie et aujourd’hui, la maturité aidant, je sais rester plus tranquille et attendre mon heure.

je t’ai pourtant entendu pester et jurer en veux-tu que voilà… tu ne nous as pas donné l’impression d’avoir été très serein, je me trompe ?

il ne faut pas confondre exigence et manque de sérénité. Je me motivais simplement en m’invectivant de cette manière. Si j’avais eu le moindre doute sur le résultat final, j’aurais sans doute perdu les pédales et peut-être fracassé mon unique raquette, mais là, non, je suis resté dans la maîtrise…

donc un vrai match exemple, à garder pour les jours de moins bien ?

il n’y aura plus de moins bien. La machine est lancée et je vais, à partir de tout de suite, viser la même perfection pour toutes mes rencontres futures. A l’image de mon physique, je serai dans le futur in-des-truc-tible…

une chose est sûre, toute l’équipe est remontée à bloc. Je me réjouis de vivre la prochaine rencontre et je plains déjà vos adversaires si vous savez garder le moral actuel…

est-ce qu’il est possible de sauter ces rencontres de classement pour passer tout de  suite aux rencontres de promotion. Franchement, personnellement, je m’ennuie affreusement pendant ces parties trop faciles.

je ne crois pas que cela soit possible et tu ne doutes de rien : ce n’est finalement que le premier simple que tu gagnes, si je ne m’abuse. Attention au syndrome de la grosse tête… 

c’est peut-être le bon moment pour une visite des vestiaires, mon petit Georges !

vraiment sans façon, Jean-Luc, d’ailleurs je vois que Paul s’impatiente et je te propose de lui laisser ta place.

… toujours aussi vif ce garçon, un instant Paul je dois m’en jeter un vite fait pour faire descendre l’adrénaline, il me fait toujours un peu plus peur ton collègue …

bienvenue à toi, Paul, pour cette toute première interview. Comme tu as certainement déjà lu mon excellent travail passé, tu as certainement compris le but du jeu : je pose les questions et tu y réponds, le mieux que tu peux. Facile, non ?

j’ai un peu le sentiment que tu me prends pour un demeuré, non ?

certainement pas, mais je préfère que nous partions du bon pied tous les deux, c’est pas toujours facile de s’intégrer dans une nouvelle équipe.

ça tu peux le dire. Déjà au premier tour, j’en ai été réduit à ne jouer qu’un double et aujourd’hui, le capitaine me fait jouer numéro 5. C’est pas tout à fait comme cela que je vois l’intégration. En plus, Julien m’a pris comme renfort et je suis limite remplaçant.

ne crois-tu pas que cela a à voir avec le fait que tu n’es « que » R9 et que donc tu ne pouvais pas jouer devant tes collègues mieux classés ?

c’est pas une raison, y’a toujours moyen de moyenner. Je mériterais mieux je trouve. Quand je vois la qualité de tennis que je produis, la qualité de mon slice, de mon service ou encore de mon revers, je trouve que c’est gâcher la marchandise.

tu as bien entendu parfaitement raison, mais il faut bien commencer quelque part. Encore un ou deux résultats de ce genre et tu seras mieux classer et autorisé à viser plus haut.

je serai numéro un ou rien. Je dois aussi justifier mon statut de renfort mais pour cela il faut que je puisse jouer au bon endroit de la hiérarchie.

un commentaire sur le match d’aujourd’hui ?

c’était tellement facile, beaucoup trop. J’ai hésité à commander un café entre deux jeux, tellement je me suis ennuyé. Tu comprends, Georges, moi il faut que ça bouge. Mon petit gabarit a besoin de courir à gauche, à droite, devant, derrière, même en rond parfois. Contre cet adversaire, un petit coup de poignet et hop le point était dans la poche. Cela n’est franchement pas passionnant.

je comprends parfaitement ta frustration, mais finalement, pour ton premier simple, cela t’a permis de te mettre en confiance.

la confiance c’est vraiment pas ce qui me manque, tu peux me croire. Ce qui me manque c’est la grande compétition. Je rejoins Jean-Luc, moi aussi je me réjouis de jouer les promotions et l’année prochaine en 2ème ligue.

ne serait-ce pas vendre la peau de l’ours un peu tôt, il reste encore deux rencontres et Lucens n’est ni au niveau des points, ni au setavérage en position de force par rapport à Lausanne ou Vufflens.

je suis un habitué des chiffres, mon cher Georges, et je sais que l’on peut leur faire dire n’importe quoi. Je sais donc que ce n’est pas en regardant le classement que nous ferons avancer le chmilblic mais en gagnant les matchs sur le terrain. Si on gagne les deux rencontres devant nous sur le même score que celui d’aujourd’hui, nous serons devant et largement.

wouaw, voila un discours engagé et combatif : battre Lausanne 7 à 0 voilà qui est très ambitieux. Je dois aussi te rappeler que tes collègues n’ont pas non plus battu Valeyres très facilement la saison dernière. Je te souhaite donc tout le succès déclaré et me réjouis de te parler dimanche à Lausanne.

… le coup de chaud à la fin de cet entretien, m’a donné soif.  Je dois sûrement avoir encore de la bière dans la glacière… Yes et elle est même encore un peu fraîche …

Sébastien, quel effet cela fait de jouer la 6ème roue du char ?

oh vous savez, Georges, j’ai déjà joué ce rôle l’année passée à Morges, je connais donc. En plus, comme cette fois c’était à Lucens, j’ai pu tranquillement m’occuper. J’ai balayé les terrains, balayé les lignes, passé le rouleau sur les courts, rempli le frigo, préparé les croque-monsieurs, enfin plein de petites choses pour rendre service. La journée est un peu moins longue…

pas trop frustré de n’avoir pas joué de simple aujourd’hui donc ?

je suis actuellement dans une passe pas facile. Je joue extrêmement mal à tout les entraînements auxquels je participe, je me prends des tannées lorsque je fais des matchs contre mes coéquipiers, moi qui ai presque tout gagné l’année passée, c’est vraiment pas facile à accepter. Du coup, je dois relativiser un peu : si j’avais joué j’aurais peut-être aussi perdu et aurai été la risée de mes collègues.

d’un autre côté, si tu avais gagné tu aurais repris confiance, non ?

ce n’est évidement pas exclu. Je suis un peu dans la peau de Wawrinka, plein de certitudes quant à mes qualités, mais plein de vide lorsque je me retrouve sur le terrain. Un bon match, comme celui de Jean-Luc par exemple, et ça pourrait repartir, mais un mauvais pourrait aussi m’enfoncer plus profond.

et le bon double avec Julien, ça ne suffit pas pour le déclic ?

j’ai assez bien servi, j’ai fait une ou deux belles volées, mais j’étais aussi tendu comme une ficelle de string et n’ai pas réussi à trouver mon plaisir là dedans. Donc non, cela ne suffit pas encore.

dimanche, c’est Lausanne : cela pourrait être difficile pour la confiance ?

d’abord il faut que le capitaine me fasse jouer. Ensuite, c’est évident que si je tombe contre le King du Club, je serai très vite à creuser ma tombe. D’un autre côté, si cela se passe bien, je pourrais voir la lumière au bout du tunnel. Actuellement c’est tout du 50/50 et c’est pas facile à vivre.

j’ai cru comprendre qu’en plus tu séchais l’entraînement de mercredi. Pas sûr que ce soit le meilleur moment pour faire l’école buissonnière ?

oui je n’arrive plus à être au four et au moulin actuellement. Les semaines sont chargées et les week-ends encore plus. Ceci dit, Unser Rodger a réussi des choses extraordinaires après son break, cela devrait m’inspirer.

Wawrinka, Federer, tu vises haut dans les références ?

viser la lune pour au moins finir dans les étoiles, c’est mon leitmotiv. Je suis donc obligé de regarder ce qui se fait de mieux dans la branche.

En effet, je comprends. Eh bien merci Seb, on se voit dimanche à Lausanne pour une rencontre pleine de promesses.

cher ami lecteur, tu l’auras compris, Lucens s’est présenté aujourd’hui à 6 joueurs. 2 manquaient donc à l’appel. Serge, blessé, a trouvé le moyen de se faire payer des vacances en Sardaigne afin de soigner sa blessure au talon : sea, sex and sun quoi de plus efficace pour retrouver la forme. Je l’ai joint par téléphone et voici la teneur de l’appel.

… je me suis éloigné de la pseudo buvette du club de Lucens, l’air y était définitivement trop sèche et j’ai atterri par le plus grand des hasards au bar de la Belle Maison. Merci patron, cette pinte de Guinness va définitivement me réconcilier avec la région. Vous devriez prendre le temps de réfléchir à mon concept de livraison chez le client, cela améliorerait de beaucoup votre chiffre d’affaires …

allo Serge ? C’est quoi ce bruit derrière toi ? La mandoline du musicien qui anime ton souper romantique ! Et ben mon cher Serge, ça m’a l’air pas mal du tout ton séjour  thérapeutique.

en effet Georges, je profite pleinement des soins et de l’ambiance pour me reforger un moral tout neuf : mens sana in corpore sano…

je t’apprends que ton équipe a gagné 7 à 0 aujourd’hui, j’espère que cela te fait plaisir pour tes potes ?

mes potes, mes potes, je n’aurais pas la prétention de les appeler mes potes. Non, même si je suits la Juventus depuis tout jeune, je ne suis pas assez proche des joueurs pour les appeler mes potes… Ceci dit je ne savais pas qu’ils jouaient aujourd’hui, il faudra que je regarde cela sur la RAI UNO après le souper.

je ne te parle pas de la Juve mais du tennis club de Lucens. Tu te souviens, l’équipe dont tu fais partie…

ah eux ! oui, super… pardon, mais je suis assez loin de tout cela actuellement et j’ai complètement zappé cette rencontre. Bravo à eux tout de même, c’est bien.

la rencontre a été beaucoup plus facile que prévu finalement. Des regrets de ne pas y avoir participé, cela aurait été l’occasion d’ouvrir ton compteur de victoire, non ?

évidemment cela aurait été plaisant. Mais là, tout de suite, je vais finir mes moules à la milanaise et mes pâtes au pesto et encre de seiche, le temps viendra bien assez vite pour revenir au quotidien.

bon, ben puisque tu sembles très occupé par ton repas, je te laisse, non sans te rappeler que l’équipe joue à Lausanne dimanche prochain, si cela t’intéresse.

merci Georges, n’hésite pas à me rappeler pour me donner des nouvelles.

on sent que Serge est très loin du sujet actuellement. C’est certainement du à la frustration de ne pas pouvoir jouer.

… patron tu m’en remets deux comme ça, s’il-te-plaît. L’avantage avec cette spécialité irlandaise, c’est qu’elle supporte de reposer un peu avant de la boire …

j’ai aussi réussi à joindre Gérald, qui pour des raisons obscures, se trouvait à Budapest.

Gérald, salut comment vas-tu ?

Georges quel plaisir de t’entendre. Je vais bien, merci. Je suis actuellement en voyage d’affaire à Budapest en Roumanie…

euh, tu veux certainement dire à Bucarest en Roumanie ou alors à Budapest en Hongrie, non ?

oui bien sûr, mais tu sais Roumanie, Hongrie c’est kif kif bourriquot pour moi, l’important c’est que je trouve le matériel.

que vas-tu acheter comme matériel dans cette contrée lointaine ?

de la main-d’oeuvre, simplement.

ah oui, je comprends : la main-d’oeuvre est bien meilleur marché en Hongrie qu’en Suisse. En bon RH, tu cherches à optimiser les coûts.

non rien à voir, nous payons de toute façon nos employés suisses ou étrangers avec du gros sel. Non le problème que je cherche à résoudre, c’est la communication entre les employés et les clients que nous traitons.

la communication ? Tu ne vas pas me dire que vos résidents parlent plus le hongrois que le français quand même  ?

rien de tout cela, non. Les gens qui viennent chez nous sont très vieux et n’ont parfois même pas les moyens de se payer un dentier. Du coup, il n’est pas rare que nos collaborateurs ne comprennent rien à ce que nos résidents essayent de nous dire. Je cherche donc des gens qui parlent à peu près la même langue qu’eux, cela améliorerait considérablement nos possibilités de les aider.

aaaah,  tu es un fin stratège, mon cher Gérald. Bon, venons-en au sujet de mon appel. Lucens a gagné 7 à 0 contre Marly, un commentaire là-dessus ?

tu me parles bien des bras cassés du TC Lucens, là ? Sérieux 7 à 0 ? Ben mon vieux qui l’eut cru. Il faut que j’achète le Budapest News Daily Mirror de demain, un événement pareil devrait être en première page.

te voila bien sarcastique ! Lucens qui gagne sans toi, n’as-tu pas peur de perdre ta place ?

mmmh… non… franchement, vu mes qualités, il faudrait déjà qu’ils s’y mettent à plusieurs pour me déboulonner. Je n’ai aucun souci là-dessus. Dimanche à Lausanne, je serai rentré avec le fourgon plein de hongrois et de hongroises que j’aurai placés dans le home, mon moral sera alors au top et je reprendrai tranquillement ma place au sommet de cette pseudo équipe. En attendant je m’en vais aux bains publics, très réputés ici, pour voir de près la marchandise. J’aime bien pouvoir contrôler de visu et dans l’appareil le plus simple possible, ce que j’importe.

je te laisse donc à tes activités et tes certitudes et te dis donc à dimanche. Bonne fin de journée, mon cher Gérald.

… merci patron, non après celle-ci je vais m’en aller, faudrait pas que je me mette de nuit non plus …

cher ami lecteur, il est grand temps pour moi de te laisser aller vaquer à tes activités favorites. Comme tu as pu le constater, l’humeur de l’équipe est très joyeuse, son moral au beau fixe. Gageons que tous les joueurs se présenteront dimanche à Lausanne avec une envie et un entrain nouveau qui leurs permettront de soulever des montagnes. Je te donne donc rendez-vous au club du Lausanne Sport, à la Pontaise où je suis certain de trouver une buvette accueillante et bien fournie…

Geroges Boissabierre pour Farniente Corporation, mai 2017, Lucens

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