Lausanne-Sport

cher ami lecteur,

j’ai peut-être crié au loup un peu vite dans mes commentaires précédents. Ou alors Lucens est définitivement une bien meilleure équipe que je ne le laisse entendre en général. Je devrais donc faire mon mea culpa et revoir mes critères vers le haut.

il y a quelques jours encore, je n’aurais pas parié un zloti ni une paire de roubles, sur un résultat probant de l’équipe de Lucens contre le Lausanne-Sport. Et pourtant, le score de ce dimanche parle largement en la faveur des joueurs Lucensois. Oui ils ont perdus, mais de si peu que cela en est presque une victoire. De plus les circonstances leur ont été plutôt défavorables, au point que cette défaite laisse un petit goût d’amertume dans la bouche de chacun. J’aurai certainement l’occasion de développer le sujet avec quelques joueurs, qui sauront t’éclairer sur les circonstances exactes de ces matchs.

… patron, je suis là depuis 7 heures ce matin, j’ai même raté les premières rencontres tellement ton Blanc il est bon, tu pourrais quand même faire ta tournée maintenant, non ? …

Laurent, bienvenu à ma table, je m’y sens tellement bien  que je pourrais y faire mon bureau permanent à partir de tout de suite. Les rencontres se suivent et ne se ressemblent décidément pas. Une victoire probante la semaine passée et une défaite singulière aujourd’hui : as-tu une explication ?

franchement Georges, je ne comprends pas très bien. J’entame le match confiant car je me suis bien entraîné cette semaine. Je rentre dans le cadre de mon adversaire qui n’est pas aussi fort que redouté. Mon niveau de jeu est bon et plus j’avance dans le set, plus je sais qu’une fois de plus je vais gagner. Et puis patatra…

patatra, c’est le mot en effet. Tu frises la roue de vélo au deuxième set et tu perds le troisième dans la foulée : aurais-tu fais la noce samedi soir ?

même pas justement. Je devais aller à un ou deux mariages normalement, mais Julien m’avait demandé de venir jouer parce qu’il n’était pas sûr d’avoir assez de monde. Du coup je me suis couché tôt et sobre. J’aurais peut-être pas dû : changer de rythme de vie comme ça juste avant une compétition c’est pas très bon…

les bruits de couloir disent aussi que tu aurais négligé la condition physique ces derniers mois. Si on prend on compte ton effondrement sur les deuxième et troisième set, on ne peut que penser qu’il y a peut-être du juste là-dedans, non ?

ma condition physique je l’ai construite il y a bien longtemps et c’est comme le vélo, cela ne se perd pas. Quand je vois certains dans l’équipe, je me dis que j’ai encore une marge certaine…

malheureusement si tu penses aux mêmes que moi, force est de constater que leurs résultats ne sont pas beaucoup plus probants que les tiens. Ne devrais-tu pas plutôt te concentrer sur toi et ne pas te comparer à des bras cassés ?

c’est exactement ce que je fais tout le temps. Il y a moi, moi, moi et les autres dans mon monde. Les autres n’existent pas et, en général, je leur marche dessus. Que ce soient des partenaires ou des adversaires, je suis au-dessus d’eux et ils ne comptent pas. Malheureusement, pour l’instant, il y a un bug dans mon monde.

et oui, mon cher Laurent, l’âge n’aide pas à entretenir des facultés physiques et morales même exceptionnelles comme les tiennes. Il serait temps, peut-être, de te remettre au travail afin de retrouver tout l’éclat de tes vingt ans. Nous verrons dans deux semaines contre Valeyres si le message aura passé.

… merci, mademoiselle, je crois en effet que c’était le moment d’en boire un de plus. Vous auriez des petites spécialités que je n’aurais pas vu sur votre carte ? mmmh non le Marasquin c’est bon pour faire passer la Cassata, mais à boire comme cela, non sans façon …

Sébastien, pour un journaliste sensible comme moi, c’est toujours difficile d’aborder un joueur qui perd un match, mais en plus quand il le perd sur blessure c’est encore pire. Quelques mots tout de même ? une analyse peut-être ?

eh bien, Georges, voyez-vous, c’est un peu pénible, vous le pensez bien. Je ne m’attendais vraiment pas à cela. Ce matin en me levant, je me suis dit carpe diem, profites de cette rencontre, fais-toi plaisir sans penser au score. Tu joues au tennis et c’est super. C’est pas seulement de gagner qui apporte de la satisfaction mais aussi et surtout de jouer. J’étais donc bien dans ma tête avant l’incident…

comment cela s’est-il produit et as-tu une explication ?

c’est un match assez crispant. Le gars, il joue un peu comme moi, pas trop mal et pas trop bien. Je gagne le premier set assez logiquement. Puis je joue mal et je laisse filer le deuxième sans vraiment savoir pourquoi et comment réagir. Le troisième commence bien, je mène rapidement 3 à 1. Il fait son service pour revenir à 3 à 2 et sur une balle courte je démarre en appuyant fort sur ma jambe droite et clac, quelque chose lâche derrière le genou ou sur le haut du mollet. C’est dommage…

c’est dommage en effet, tous les observateurs présents étaient d’accord pour dire que tu tenais le bon bout avec un niveau de jeu probant…

c’est assez intéressant de voir comme il est difficile de porter un jugement sur ces propres capacités. Moi j’ai eu l’impression pendant tout le match de ne pas jouer à mon niveau. J’ai servi comme une m…..de, je n’étais pas capable d’accélérer mes balles, j’avais vraiment pas l’impression de bien jouer.

tous tes partenaires ont eu un tout autre jugement. Ils ont tous dit que tu avais produit le tennis que tu sais produire.

c’est, en même temps, très gentil de leur part et super décourageant. Cela signifie que je ne suis finalement pas capable de jouer aussi bien que je le croyais… Une grosse remise en question de ma part est à prévoir, une fois que je pourrai à nouveau jouer.

parlons un peu des conséquences de ta blessure.

j’ai déjà eu cela il y a quelques années. Un peu d’anti-inflammatoire, beaucoup de repos, pas d’effort pendant quelques semaines c’est le seul moyen de guérir. En fonction de la gravité de la déchirure, cela peut prendre 2 à 3 semaines comme beaucoup plus. Je crains ne plus pouvoir jouer dans le mois qui vient et donc de rater la dernière rencontre. 3 matchs, 1 victoire et 2 défaites, le bilan est maigre cette saison. Quelle déception, mais quelle déception… Je vais sans doute dégringoler au classement, c’est triste.

ton bilan ne ressemble effectivement pas à celui de la saison passée et je comprends parfaitement ton désarroi. Il ne me reste donc plus qu’à te souhaiter un prompt rétablissement et surtout garde le moral.

… patron, un double 51 avec deux glaçons et sans eau, il fait sérieusement chaud dans ta buvette. Un grand club comme le Lausanne, ils ont pas les moyens de te payer une clim ? …

Jean-Pierre, mon ami, te voilà tout sourire après cette victoire en 3 sets. Content de ta performance ?

comblé, mon cher Georges, je suis comblé. J’ai réussi à canaliser mon énergie aujourd’hui comme jamais. Malgré un adversaire très compliqué, un environnement hostile, je me suis focalisé sur mon jeu en ne laissant aucun facteur extérieur me perturber.

tout le monde l’a en effet remarqué, tu étais parfaitement concentré. Tu as quand même laissé filer assez facilement le deuxième set, aurais-tu une explication ?

à la fin du premier set, lors du changement de côté, nous avons échangé, mon adversaire et moi. Il m’a alors parlé de ses cousins napolitains et de leur entreprise de production de viande pour chien. Cela m’a passablement perturbé et j’ai un peu levé le pied, inconsciemment bien sûr. Finir en pâté pour chien, cela refroidit certaines ardeurs tout de même…

houlà, tu m’en diras tant. Dis-moi c’est chaud bouillant sur les courts, on ne le remarque pas depuis le bord du terrain. Du coup, comment as-tu pu réagir et gagner le troisième set aussi facilement ?

à la fin du deuxième set, lors du changement de côté, nous avons à nouveau échangé, mon adversaire et moi. Je lui ai alors parlé de mes cousins siciliens et de leur entreprise de bétonnage en haute mer et, si nécessaire, en lac d’eau douce. Je pense que ma famille est très connue en Italie, à Naples et dans le reste du monde. Du coup, il a nettement moins bien joué… Il faut dire que le lac n’est pas très loin de la Pontaise…

voilà qui est finement joué. Tu abordes tes matchs avec beaucoup de psychologie, ceci est très nouveau pour toi et te rapporte des points. C’est une très belle évolution.

j’ai pris conseil de gauche et de droite afin de corriger les petites lacunes que je pouvais avoir dans mon jeu et mon attitude. Aujourd’hui j’ai tout : le physique, la science du jeu et la tactique. Avec ça, je fais effectivement des malheureux sur les terrains.

un mot sur le double que tu perds avec Julien ?

ce qu’il y a de désagréable avec toi Georges, c’est que tu es toujours capable en un instant de passer d’une discussion amicale et joyeuse à une rencontre désagréable et déplaisante. Il faudrait que je parle bientôt de ton cas à mes cousins.

non, ben bon, on va pas parler du double, qui finalement est pas tellement important. Je te laisse donc aller à la douche et me réjouis de te revoir, sans tes cousins, à Lucens dans deux semaines.

… deux doubles 51 dans le même verre s’il-vous-plaît, la température est subitement encore montée d’un cran …

Voici venir Jean-Luc, très détendu à nouveau. Je vais pouvoir te surnommer Jean-Luc la banane, si tu continus à gagner tous tes matchs et surtout de cette manière. Un grand et franc sourire sur le visage, pas besoin de te demande si ces deux roues de vélo infligées à ton malheureux adversaire te font plaisir…

en plus du résultat, il y a effectivement la manière aujourd’hui, mon cher Georges. Oui je suis très satisfait de mon match. Le seul bémol est que j’ai du le jouer sur un court annexe, loin de tous les spectateurs. Quand je vois le résultat de certains qui ont eu droit aux honneurs des courts centraux, je me dis que c’est du gâchis.

peux-tu nous expliquer comment tu as réussi à trouver la recette du succès, toi qui étais célèbre pour ton manque d’efficacité en match ?

c’est un lent et dur travail sur moi-même. Il a fallu que je me convainque que j’étais capable, en dehors des vestiaires, de mettre un branlée à n’importe quel adversaire. Une fois cela ancré dans ma tête, je suis devenu invincible.

t’es-tu fait aider pour cela ? Ou as-tu fais ce travail d’introspection tout seul dans ton coin ?

tu te souviens peut-être que l’année passée, je suis parti plusieurs fois en retraite spirituelle. J’y ai appris beaucoup de chose sur moi-même et sur les autres. J’y ai expérimenté des méthodes permettant de sublimer mon moi intérieur pour aller chercher la performance. Je suis sorti de ces séjours grandi et plus fort. Tu as pu voir les résultats cette saison.

en effet, et je ne pourrais que conseiller à tes coéquipiers de suivre ta voie. Certains te reprochent quand même le fait de voir tes chevilles, mais aussi la tête, enfler. N’as-tu pas peur de te retrouver un peu en marge du groupe ?

des jaloux et des envieux. Ils n’ont pas le courage de se remettre en question et de chercher les solutions à leurs nombreux problèmes. J’ai des adresses à leur fournir s’ils le demandent, cela leur ferait grand bien. Ceci dit je peux aussi régler leur cas en passant un peu de temps avec eux dans les vestiaires. Je suis très open, moi, j’ai pleins de solutions prêtes à l’emploi. T’aurais les noms de ces gars que je les contacte rapidement ?

pas sûr qu’ils désirent connaître tes solutions radicales, du coup je vais m’abstenir de te fournir une liste. As-tu prévu de repartir en retraite cette année ?

crois-tu vraiment que j’en ai encore besoin ? Non, j’ai atteint le sommet et ne suis pas prêt à en redescendre, donc là je vais vivre sur mes acquis et crois-moi ça va faire mal encore longtemps.

eh bien, cher Jean-Luc, je te souhaite de continuer à surfer sur cette vague de succès et je te dis à dans deux semaines, à Lucens. J’espère pouvoir y fêter avec toi une ou plusieurs victoires de plus.

… dites-moi, patron, vu que vous êtes Portugais, vous n’auriez pas un bon petit vinho verde à la cave ? Oui, extra mettez m’en donc un demi …

Paul, je te trouve fort énervé après cette défaite ma foi un peu sèche. Est-ce que trois-quatre jours après ton opération, ce n’était pas un peu tôt pour te lancer dans un match de compétition ?

vois-tu Georges, moi j’ai suivi l’avis du corps médical : tous les grands spécialistes consultés m’ont confirmé que j’étais au top, apte pour le service. Après, si certains se permettent de tricher, je suis évidement pas avantagé.

euh, qui a triché ? Pourrais-tu être plus précis ?

nous sommes inscrits dans une compétition réservée au plus de 45 ans, d’accord ? Le gars que je rencontre, il court comme un gamin de 20 ans, il frappe comme un bûcheron de 25 ans et il a la vista d’un mec de 30. Moi je demande à voir ses papiers, les vrais hein, pas ceux qui s’achètent dans les bas-fonds de Lausanne.

c’est grave ce que tu insinues-là. Selon sa licence, il aurait 48 ans, on peut être encore en pleine forme à cet âge-là, non ?

écoute Georges, dans notre équipe on en a plein qui ont moins de 50 ans. Je trouve qu’on a un échantillon tout à fait représentatif de ce que c’est de jouer au tennis entre 45 et 50 ans, t’es pas d’accord ? Si, alors tu en vois, toi,  qui sont en forme comme mon adversaire du jour dans notre équipe. Non ? ben moi non plus. Du coup, je mets en doute l’âge réel de ce gars.

vu comme cela, c’est en effet clair. Peut-être que l’échantillon auquel tu te réfère n’est pas assez représentatif et que tu devrais viser plus haut ?

je suis gentiment de ton avis, mon cher Georges. J’ai certainement eu trop confiance dans les entraînements que nous avons effectués cet hiver. Ils m’ont fait croire que le niveau joué serait suffisant pour être performant durant les interclubs. Il va falloir que je hausse la qualité de mon jeu en cherchant des partenaires dignes de ce nom.

tu as déjà des idées de qui cela pourrait être ?

non je découvre mon infortune aujourd’hui, il va falloir que j’analyse le tout en détail. Mais je trouverai, ne t’en fait par pour moi, j’ai les ressources nécessaires. Je me dois de toute façon de réussir, le capitaine m’a engagé comme renfort et je me dois de tenir mon rôle. Sinon, je pourrais bien ne pas pouvoir jouer les prochains matchs.

c’est vrai qu’au résultat d’aujourd’hui la notion de renfort ne saute pas aux yeux. Mais l’avenir saura certainement donner raison à Julien.

c’est sûr, maintenant que j’ai compris où se situe le problème, je vais mettre en place un plan correctif et revenir beaucoup plus fort.

eh bien Paul c’est tout le mal que je te souhaite et nous verrons contre Valeyres si tu as déjà réussi à te remettre sur le droit chemin.

… ce qu’il y de bien avec les buvettes bien achalandées, c’est qu’on a le choix dans ce que l’on peut consommer. Patron, met-moi une chope de bière bien fraîche, il fait pas moins chaud que tout à l’heure …

Gérald, mon ami, merci de t’arrêter vers moi une minute. Alors toi je dois dire que tu es un cas à part dans cette équipe. Tu viens, tu pars, tu reviens, tout en faisant ton petit bonhomme de chemin. Encore une victoire en double aujourd’hui, tu te profiles gentiment comme un spécialiste de la discipline, non ?

on pourrait le penser, en effet, mais je vise quand même plus haut. Je n’ai pas l’habitude de jouer les seconds rôles dans la vie. Alors oui je veux bien dépanner, mais j’aimerais aussi que le capitaine prenne en compte les mauvais résultats de certains pour donner leur chance à ceux qui savent. Ce serait juste, je trouve.

un peu de frustration dans ton discours, je me trompe ?

tu ne te trompes pas complètement, Georges, pas complètement. Dans mon métier, j’ai beaucoup d’occasions de coacher des équipes et moi je n’hésite jamais : la performance et la réussite du groupe passe toujours avant l’amitié ou les ambitions personnelles des individus. En clair, les pas bons je les vire et je mets des compétents à leur place.

tu te considères donc comme plus compétent que tes coéquipiers ?

en tout cas que certains, ça c’est sûr. Et si tu enlèves les quelques uns qui n’ont pas les performances souhaitées ainsi que tous les blessés, et ben tu retrouves bibi au premier plan, c’est indiscutable. On est en train de rater la promotion, là. C’est dommage, parce qu’on avait le potentiel et la volonté.

est-ce que tu peux me dire quelques mots sur ta performance du jour ?

bof, y’a pas énormément à dire non plus. J’ai fait le Job. Je devais aussi montrer à mon fils qui m’accompagnait, ce que c’est de gagner. Il est encore jeune et c’est important qu’il apprenne. Du coup, la démonstration n’est qu’à moitié réussie. En jouant et en gagnant un simple, j’aurais pu plus facilement lui inculquer l’esprit de compétition et de la gagne. Alors oui, il a vu son père faire un excellent match, réussir des coups hors normes, mais tout cela accompagné d’un partenaire. Je voulais pas lui apprendre le sens du partage, mais bien celui de l’ambition personnelle.

je comprends, cela est effectivement plus difficile quand tu joues en équipe. Ceci dit l’esprit d’équipe, c’est bien aussi comme apprentissage.

dans la vie il est toujours facile de régresser. Si tu as le pouvoir, tu peux toujours décider de le partager. Si ce n’est pas toi qui a le pouvoir, alors tu dois espérer que les autres veulent bien le partager avec toi. C’est pour cela que j’aimerais lui montrer les bons exemples tout de suite.

d’accord c’est une vision de la vie très élitiste, mais c’est la tienne. Tu auras sûrement l’occasion de faire ta démonstration la prochaine rencontre. En attendant, je te laisse aller voir le Lausanne-Sport, celui du foot, puisque c’est semble-t-il la récompense pour ton fils afin qu’il accepte de t’accompagner aujourd’hui.

… bon, on arrive gentiment au bout de cette longue interview. Mademoiselle, mettez-moi donc encore une grande chope de cette merveilleuse bière, elle me délie bien la langue. C’est pas celle du patron par hasard ? Non je dis ça juste comme ça. Dans certaine buvette, ils font ce genre de geste …

salut Julien, alors dans quel état d’esprit te trouves-tu après cette rencontre ?

écoutes Georges, je suis relativement satisfait. Toute l’équipe craignait une déculottée et puis non, finalement, on aurait presque pu gagner.

il manque malheureusement un ou deux points, dont le tiens, c’est dommage non ?

oui, oui, je te vois venir. Mais, si moi j’ai effectivement pas ramené un point, qu’est-ce que je dois dire des autres. Moi je me sacrifie en acceptant de ne pas jouer de simple, pour donner l’occasion à certains de me prouver leur valeur et hop, rien pas de point. En plus comme par hasard, ce sont les messieurs à qui j’ai expliqué l’importance de la préparation physique, technique et tactique. Résultat, le premier s’écroule de fatigue au troisième set, le deuxième s’explose le mollet en essayant de déplacer son surpoids chronique et le troisième se prend une déculottée faute d’avoir trouvé les points faibles de son adversaire.

mmmh, la meilleure défense reste l’attaque donc… Nous sommes presque à la fin de cette compétition : quelle est ton analyse par rapport à l’année passée ?

les deux années sont pour l’instant relativement comparable. L’année passée nous avons fini dans le milieu du classement ; c’est exactement là où on se trouve aussi cette année. L’année passée nous avons eu un blessé, Gérald, et un opéré, Laurent, qui n’ont plus pu jouer ; cette année nous avons à nouveau deux intermittents du spectacle avec la blessure au talon de Serge et celle au mollet de Seb. Là où je trouve qu’on est le plus constant et les meilleures sur les deux années, c’est la troisième mi-temps. Imbattables à ce niveau-là, c’est certain.

tu es dur et particulièrement exigeant, je trouve. Tes gars sont des novices en compétition, c’est normal qu’ils soient un peu impressionnés. Ils doivent s’aguerrir.

je ne conteste pas, mais j’ai quand même l’impression que d’ici à ce qu’ils soient aguerris comme tu dis, les juniors que je forme actuellement dans mon groupe compétition auront l’âge de jouer avec eux. Et là je suis certain que nous gagnerons enfin.

ah oui quand même… ceci dit ils ont actuellement environ 15 ans tes gamins, dans trente ans tu en auras quelque chose comme 77… Y’a quand même peu de chance que tu joues encore ou qu’ils te veuillent encore comme capitaine.

détrompes-toi, mon cher Georges, on en voit quelques uns dans les équipes que l’on rencontre, des vrais vieux. Et puis, les gamins, ils auront besoin de mon expérience pour les guider, sol lucet omnibus…

tu ne doutes de rien toi, mais tu as raison, on ne sait jamais. Je te laisse partir à la douche. Je veux encore appeler Serge pour lui communiquer le résultat, cela devrait l’intéresser.

… patron, c’est la dernière qui sonne pour ta tournée, après je ne serai plus là …

allô Serge ? Alors rentré de ton voyage en Sardaigne et en pleine forme ?

bonjour Georges, en effet de retour et en pleine forme, si ce n’est ce maudit talon qui a du mal à se remettre.

donc toujours pas prêt pour jouer la dernière partie des interclubs ?

non je crois que pour cette année c’est vraiment cuit.

l’équipe a joué aujourd’hui et a malheureusement perdu 4 à 3 contre Lausanne. De plus Seb s’est fait un claquage et sera certainement aussi out pour la dernière rencontre. Ta réaction ?

c’est dommage pour Seb, mais bon il amenait pas non plus grand chose à l’équipe cette année. Après, la défaite contre Lausanne est logique. L’équipe est nettement en dessous du niveau qu’elle devrait avoir pour jouer les premiers rôles. Quand t’es dedans tu remarques pas vraiment cela, c’est quand t’es en dehors que tu vois tous les défauts et les lacunes. Seb va certainement pouvoir faire la même analyse dans quelques jours.

ton analyse est rude, non ?

je pense pas, non. Et puis si moi je mets pas le doigt là où ça fait mal, personne ne le fera. Mon inactivité m’a permise de bien potasser la tactique du tennis et de tout ce qui l’entoure. Du coup, je te parle en connaisseur. Depuis que j’ai acheté la Wii, je suis un véritable expert. Cela va d’ailleurs se voir lors de mon retour. Il faudra que j’appelle Seb pour lui proposer de se joindre à moi afin qu’il apprenne, enfin, lui aussi quelque chose sur l’art du tennis.

je suis sûr qu’il est impatient d’échanger quelques balles sur l’écran, vous ferez gaffe tous les deux à pas choper une tendinite aux poignets. En attendant, je te souhaite de pouvoir appliquer tes nouvelles connaissances très prochainement.

cher ami lecteur, tu peux le constater, cette équipe de Lucens est toujours à bloc et, malgré les aléas du jeu, garde toujours le moral. Après ce joli, mais insuffisant résultat, je peux déjà affirmé que Lucens ne jouera pas les promotions cette année. Du coup, la dernière rencontre le 11 juin prochain, s’apparentera à un match de gala et devrait offrir du spectacle. Il sera donc important que tu sois présent afin de les soutenir et, qui sait, de pouvoir participer à ces fameuses troisièmes mi-temps.

… patron, la route va être longue, remets-moi un double 51 avec glaçons dans un verre et je te laisse ensuite fermer …

Georges Boissabierre pour 1664 Farniente Corporation, Lausanne, mai 2017

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