Valeyres-sous-Montagny

cher ami lecteur,

les jeux sont faits, la messe est dite : le tour de classement des interclubs 2017 est terminé. Notre cher club de Lucens fini à une inespérée 2ème place, à égalité avec le Lausanne-Sport et juste derrière Vufflens-la-Ville. Ce résultat est fantastique et prouve, s’il le fallait encore, la progression des joueurs par rapport à l’année passée. 4ème en 2016, 2ème en 2017, mais que nous réserve la saison 2018 ?

je dois te l’avouer sans détour : à la fin de cet hiver, lorsque les adversaires de Lucens ont été publiés, je n’ai pas parié un zloti sur mon club de coeur. Lausanne-Sport, Marly et dans une moindre mesure Vufflens, ces noms-là m’ont impressionné et m’ont fait placer mon argent sur eux plutôt que sur les Lucensois. Mea culpa, aujourd’hui je dois bien le reconnaître, je me suis trompé. Avec coeur et courage, l’équipe a affronté ceux qui auraient dû les manger tout cru et leur a tenu tête avec force et détermination.

Surpris par une météo difficile et une surface inhabituelle, les Lucensois ont laissé filé quelques points lors du premier match à Vufflens, mais ils se sont repris juste derrière et ont aligné  les bonnes, voire même, les excellentes performances. Oui, ils échouent tout près du Graal, mais leurs nouvelles aptitudes, acquises au fil des entraînements sérieux, sont la promesse de saisons magnifiques.

Les points perdus à Vufflens, font que, lors de la dernière rencontre, Lucens ne pouvait plus viser la première place. Mais en gagnant 7 à 0, l’équipe aurait pris seule la deuxième place, alors qu’à 6 à 1, elle doit partager la position. Ce point perdu, c’est Paul qui le laisse filer. Plutôt que de l’accabler, je vais en discuter avec lui, lui faisant l’honneur d’être le premier, aujourd’hui, à passer à l’interview.

donc Paul, une défaite de plus et celle-ci lourde de conséquence. Quelle est ton analyse ?

mon cher Georges, le sort s’acharne sur moi, il n’y a aucun doute là-dessus. Je suis, provisoirement, le moins bien classé de l’équipe. Je devrais donc tomber sur toutes les cloches et les pieds nickelés du canton, ce serait logique. Eh ben non, cela ne se passe pas comme cela. Autant à Lausanne, qu’aujourd’hui contre Valeyres, je tombe sur un petit jeune, étranger de surcroît. Tous les deux n’ont pratiquement aucune idée des différentes techniques du tennis, mais tous les deux courent comme des lapins. Du coup, je fais du gauche-droite, droite-gauche de folie, je slice tout ce que je peux et… ils sont là, sur la balle, me la pousse et me la repousse dans le terrain, jusqu’à ce que je fasse la faute.

c’est vrai que le hasard te joue des tours cette saison. Tu parles de deux joueurs étrangers, as-tu le sentiment qu’ils étaient plus fort que toi dans la tête parce qu’il ne sont pas suisses ?

non, non, je ne dirais pas cela. Ils ont simplement une autre formation que nous. Leur style n’est pas basé sur une technique à toute épreuve, mais sur un entraînement physique sans faille. Mon adversaire du jour a été presque une dizaine d’années professionnel de foot au Brésil. Professionnel… de foot ! Tu te rends compte, Georges, c’est des lapins des gars comme ça. Ils ne s’arrêtent jamais, il ne s’arrête jamais. En plus, je déteste les footeux…

ta technique sans faille, ta patte de gaucher auraient dû faire la différence, contre un joueur qui n’a que le physique pour lui.

effectivement, tu as raison. Le problème c’est qu’il m’a scié le moral en entrant sur le court. J’avais encore en tête mon calvaire de Lausanne et voilà qu’il m’annonce, perfidement, qu’il a été joueur de foot professionnel, le fourbe. J’ai été du coup totalement déstabilisé et n’ai plus pu mettre en oeuvre ma tactique longuement préparée.

un problème de mental donc ?

non, ce serait trop réducteur de dire cela. La différence se fait ailleurs. En Suisse les entraînements que l’ont nous dispense depuis tout jeune, sont principalement basés sur la technique. Lorsque tu reçois ta première raquette, tu commences par faire rebondir la balle sur le tamis le plus grand nombre de fois avec une prise de raquette coup droit, puis revers. Pour ce faire tu as les deux pieds bien ancrés dans la terre et tu restes très statique. Ensuite, tu joues au milieu du terrain avec un prof qui te place la balle bien dans ta raquette, coup droit et revers, sans que tu ne doives te déplacer. Plus tard, tu recules et le prof te balance ses balles tout près de toi pour ne pas rendre l’exercice trop difficile. Enfin tu apprends la volée en te collant au filet sans devoir vraiment bouger les pieds. Tu vois où je veux en venir ? Non ! Et bien, avec ce genre d’apprentissage, ta technique de raquette est la meilleure du monde, mais ton jeu de jambe, il est où ? Tandis qu’en face, les gars, on les fait courir avant de leur offrir une raquette. Le prix de ces engins est souvent tellement cher pour eux, qu’ils doivent se partager une raquette pour au moins dix joueurs. Et pendant qu’ils n’ont pas la raquette dans les mains, ils travaillent le déplacement. Ils développent ainsi des facultés que nous n’avons pas. Regarde mes coéquipiers se déplacer et tu en auras une preuve criante.

justement, en comparant avec tes collègues, il y en a qui ont accepté leurs faiblesses et qui ont entrepris un travail de fond pour les corriger. Prenons par exemple Jean-Luc. La saison dernière, il se fait laminer à tous les matchs. Sa technique est en place, ses déplacements paraissaient bons, mais il perdait tout. Il se remet en question, visite différents séminaires de développement du soi intérieur et cette année, il gagne tout. Un exemple à suivre, non ?

Jean-Luc est venu me parler, en aparté, de son fameux gourou des Alpettes, en effet. Je dois dire que je suis sceptique. Ce qui semble avoir marché pour lui, n’est pas certain d’amener des résultats pour moi. Et cela lui a coûté les deux bras. J’hésite donc à me lancer dans un tel travail. Je dois encore analyser tout cela, mais, là tout de suite, la déception est encore trop grande.

Il te reste de toute façon la fin de la saison estivale et toute la saison hivernale pour trouver des solutions. Je suis persuadé que tu sauras prendre les bonnes décisions.

oui, en fait pour la prochaine saison, j’hésite encore. Je ne me sens pas vraiment accepté dans cette équipe. On me fait toujours jouer le dernier, ce qui augmente ma pression de manière considérable, on me vanne sans arrêt sur mon physique, sur mon psychique ou sur mes résultats. C’est pénible à la fin. Je vais faire une grosse analyse power point, dash board, m’organiser un brain-storming à moi tout seul, afin de vraiment peser le pour et le contre. je prendrai ensuite une décision sur la continuité de mon projet avec eux, ou pas.

pourtant, aujourd’hui, tes coéquipiers ont découvert en toi un véritable talent de sommelier. En amenant un blanc et un rouge de derrière les fagots pour la troisième mi-temps, tu as marqué les esprits et peut-être fait un pas décisif pour ton intégration. En tout cas moi, j’ai trouvé le geste et le résultat à la hauteur.

merci, le niveau oenologique de l’équipe est effectivement à peu près au niveau de celui de leur physique : on ne peut plus bas. Cela m’a donc fait plaisir de pouvoir amener quelque chose qui puisse leur élever l’esprit. Comme quoi, il en faut parfois peu et il n’y a pas toujours besoin de se déplacer aux Alpettes pour atteindre le Nirvana.

Si le tennis ne devait plus te motiver, il te restera toujours la possibilité de postuler pour le poste de caviste au sein de l’équipe. Et puis, si cela peut te motiver à rester, le fait d’avoir gagné un match, tout de même, cette année va peut-être te propulser R8 et tu ne seras donc plus obligé de toujours jouer en dernier. Vivement le calcul de classement du mois d’octobre.

c’est vrai, j’avais pas pensé à cela. je vais intégrer ce paramètre dans mon évaluation de la situation.

eh bien mon Paulo, je suis sûr que tu sauras dessiner les bons graphiques et tirer les bonnes courbes pour t’amener droit au but et à la seule sage décision qui puisse être ; celle de rester au sein de cette équipe. Entre bras-cassés, vous vous êtes parfaitement trouvés.

… en attendant, je te souhaite une bonne continuation dans les entraînements et, avant que tu ne partes, t’aurais pas encore une bouteille de ton délicieux rouge pour moi ? ou deux, même ! Merci toi t’es un seigneur …

pendant que les autres finissent de prendre leur douche, je profite de la présence de Serge qui est en train de préparer la désormais traditionnelle paella de fin de compétition et donc qui se trouve très près de la réserve de bière et de vin, pour tailler un bout de gras avec lui.

Sergio, mon ami, faute de pouvoir jouer, te voilà affairé à préparer le repas pour les braves, cela atténu-t-il ta frustration ?

malheureusement non, Georges. J’ai du me faire violence pour accepter de venir, car vraiment l’envie de jouer me taraude les entrailles. Et ce d’autant plus quand je vois les adversaires : je sais que j’aurais pu enfin décrocher, aujourd’hui, ma toute première victoire en simple. Alors être là, surveillant les fruits de mer pour qu’il ne s’échappe pas de ma poële ou arrosant le riz pour une cuisson optimale tout en ayant un oeil sur les matchs, c’est dur, vraiment très dur.

sais-tu quand est-ce que tu en auras fini avec tes malheurs, que disent les médecins ?

j’ai arrêté de les fréquenter. Les promesses que les meilleures spécialistes m’ont faites n’ont jamais été tenues. J’étais censé être guéri et, lors de mon premier match sérieux, clac, ça repète. C’est pas des médecins ça, c’est des charlatans.

du coup, comment tu soignes cette blessure ?

j’ai vu un nutritionniste sur le haut des Alpettes. Lui est catégorique, il faut fabriquer de la fibre. Pour cela pas de secret : de la viande rouge, de la sauce barbecue et des patates rôties. Je suis en plein régime depuis des semaines maintenant et j’en attend beaucoup les effets.

en fait, je sais pas pour ton talon, mais pour ce qui est du tour de taille, c’est déjà bien visible.

oui c’est vrai, le gars m’avait prévenu qu’il y aurait des effets secondaires, mais faut ce qu’il faut. Et puis l’air de rien, j’ai encore une sacrée marge par rapport à certains membres de l’équipe. Du coup, je me fais pas trop de souci, une fois le talon fit, j’aurai vite fait de me remettre en forme et de pulvériser un à un chacun de mes coéquipiers en attendant la prochaine saison des interclubs.

à propos de remise en forme, comment se passe ton entraînement technique et tactique sur ta nouvelle Wii ?

alors là je suis au top du top en mode débutant. Je gagne déjà tous les premiers tours des tournois de qualification et parfois même un deuxième tour. L’autre jour, par exemple, j’ai appliqué mes nouveaux concepts tactiques dans un match qui m’opposait au 947 mondial et qui aurait pu me qualifier pour le tournoi principal Challenger de Boiton-les-Peupliers en Belgique : cela fonctionnait à merveille avant que Coralie ne s’encouble dans mes câbles, arrachant ainsi la prise, ce qui a éteint l’appareil. Non seulement le match n’était pas sauvegardé, mais en plus je me suis fait engueuler parce que je n’avais pas rangé ma chambre. C’est dur de progresser dans ces conditions-là.

Oui en effet, je comprends. Es-tu toujours persuadé que cette méthode d’apprentissage apportera ses fruits ?

bien entendu et le monde le verra à mon retour. C’est un autre Serge qui reviendra tout neuf et qui donnera la leçon à tous ceux qui n’ont pas cru en moi. Le gentil Serge va se transformer en monstre d’efficacité et d’égoïsme : ce sera moi avant tout le monde.

et bien Serge, je te souhaite vraiment plein succès et un retour rapide. Ce serait d’autant plus important, que si tu continues à te goinfrer de côtes de boeuf tout l’été sans faire d’autre effort que la Wii, ton retour risque d’être lourd, très lourd.

… je prends les deux bières qui traînent au fond du frigo, t’es d’accord, faudrait pas la laisser vieillir. Tu vas de toute façon pas les utiliser pour mouiller le riz, non ? …

Laurent, je vois que tu es sur le départ, déjà. Tu as à nouveau un mariage, un anniversaire ?

non, non, juste une réunion de famille. Les mariages ou les anniversaires c’est toujours le samedi, chez nous. Du coup, comme j’avais rien ce samedi, je me suis permis d’organiser cette réunion, faudrait pas que je perde la main, hein ?

c’est pour cela que tu as été aussi expéditif aujourd’hui ?

oui tu comprends, ma famille c’est sacré et elle est très conservatrice au niveau des traditions. Beaucoup des membres invités aujourd’hui, n’ont pas compris que je puisse faire passer le tennis avant eux. En gagnant avec deux baggels, comme disent mes amis anglophones, j’ai nettement eu le temps de prendre une douche et d’arriver encore juste pour l’heure de l’apéro. Je perds  pas la face vis-à-vis de la famille et arrive, de plus, avant que les bouteilles ne soient vides ou pire, chaudes.

comme je te comprends, je pourrais pas venir avec toi ? Non ! bon tant pis, une prochaine fois. Deux mots sur ton adversaire ?

l’année passée, j’avais pas pu venir à Valeyres, à cause d’un mariage ou d’un anniversaire, je sais plus trop. Mes coéquipiers avaient réussi à perdre trois points. Trois points, tu te rends compte ?

non, pas vraiment, euh, c’est beaucoup ?

c’est simplement trois points de trop, franchement. Je sais bien que c’était pas tout à fait la même équipe, mais c’est pas possible de perdre 3 points contre ces gars-là, pas possible. Je crois que même les jambes dans le plâtre, les deux bras cassés et un oeil en moins, je gagnerais en jouant les 5 en même temps. Le fait de perdre un point aujourd’hui est déjà une honte.

en fait, vous avez perdu un point, là !

oui justement et c’est vraiment la honte. Quand j’étais dans le foot, le sport roi, tout en haut de la hiérarchie des sports, c’est moi qui soufflais le nom de mes coéquipiers à l’entraîneur. Je ne mettais sur le terrain que ceux qui savaient me mettre en valeur ou qui apportaient une plus value en défense, l’attaque c’était moi. Un peu à la manière de CR7, mais en mieux quoi. Quand l’entraîneur voulait faire entrer certains joueurs durant le match et que je trouvais que ce n’était pas les bons, je sifflais un temps mort et allais expliquer ma tactique à mon entraîneur. Je crois que je vais reprendre mes bonnes habitudes et mieux contrôler la feuille de match de Julien avant les rencontres.

c’était pas les arbitres qui devaient siffler les arrêts de jeu ?

quand je n’étais pas sur le terrain, bien sûr. Mais lorsque je jouais, je me devais de les aider un peu, leur apportant mon savoir et mes connaissances. Cela ne leur faisait jamais de mal de s’instruire un peu et cela me permettait aussi de me mettre un peu plus en valeur vis à vis de mes fans féminines.

à ouais, quand même… Bien, et quelle est la suite pour le reste de la saison ? Tu as des plans ?

maintenant que les choses « sérieuses » sont terminées, je vais pouvoir accélérer un peu le rythme de ma présence aux mariages et autres anniversaires, ainsi que mes petites escapades en bus avec ma douce moitié. Julien pourra reprendre son rôle de capitaine, je peux à nouveau lui laisser croire que c’est lui le patron, ça flatte son ego.

pas de tennis dans tes projets ?

si, si, je vais faire quelques apparitions sporadiques afin de combler les besoins de mes fans, féminines toujours. Je taperai quelques balles avec l’un ou l’autre des membres de l’équipe, cela leur donnera aussi quelques clés pour améliorer leur niveau. Mais je ne pense pas faire beaucoup plus, je n’en vois pas le besoin. Si le capitaine remet en place un entraînement hivernal, je verrai pour y venir, comme d’hab, une fois ou l’autre, ça motive les gars de me voir jouer.

ok, pas de programme spécial pour le physique, si je comprends bien ?

non, mon cher Georges. Vois-tu je deviens de plus en plus vieux et c’est bien connu qu’avec l’âge, l’endurance s’améliore. J’ai donc de moins en moins d’intérêt à m’entraîner physiquement, cela devient quasiment inutile.

parfait, je vois que tu contrôles autant l’environnement de ton sport que ta communication, c’est parfait. Je te laisse rejoindre ta réunion de famille, maintenant, ce serait vraiment dommage que le blanc soit chaud.

… Serge, t’as utilisé tout le blanc en litre pour ta paella ou il t’en reste un peu ? Super, tu m’en sers un verre ? Oh non, c’est pas grave, dans le grand verre à sirop c’est bien aussi …

salut Julien, merci de venir me voir. Alors, après avoir peu joué cette saison, tu as repris le flambeau aujourd’hui pour jouer un simple.

entre les blessés, les hors de forme et les fainéants, je suis obligé de mouiller de plus en plus le maillot, sinon l’équipe finirait par disparaître.

tu es donc de plus en plus indispensable ?

c’est certain, et je le dis depuis toujours, sans moi je pense que ni l’équipe, ni le club d’ailleurs, ne survivraient. Les bras-cassés qui me servent de faire valoir pour ma future carrière d’entraîneur inter-régional, ne sont pas assez indépendants pour réussir à gérer tout ce qui est indispensable au bon fonctionnement d’une compétition comme les interclubs.

un mot sur ton match d’aujourd’hui ?

j’ai joué comme un dieu. Dès les premiers points, j’ai pris mon adversaire à la gorge et je ne l’ai plus lâché. Je l’ai ainsi étouffé et il n’a jamais réussi à sortir la tête du sac dans lequel je l’avais enfermé. J’entends déjà tes réserves quant à la qualité de mon adversaire. Bien sûr, il n’était pas au top, mais j’ai quand même réussi à rester concentré et à appliquer ma tactique. Tout a parfaitement fonctionné et j’en suis très fier.

tu as raison, il faut retenir le positif. As-tu déjà un bilan pour l’ensemble de la compétition ?

c’est un peu tôt, mon cher Georges, je n’ai pas encore fait une analyse complète. Le cadavre est encore trop chaud pour que je commence à distribuer l’héritage, si je puis me permettre cette image. Toutefois, certaines choses sont déjà très claires : le niveau technique de la plupart de mes gars est insuffisant, le niveau physique de la plupart de mes gars est insuffisant et le niveau mental de la plupart de mes gars est insuffisant.

aïe, qu’est-ce qu’il leur reste de bon ?

tu veux dire là où ils sont suffisants ? mmmh, non je ne vois pas vraiment ! Ah si, la parlotte et les sixièmes sets, là oui, ils sont au top. Développer des théories, boire des canons et se rouler sous les tables, là pas besoin de leur apprendre, ils sont champions du monde.

eh ben voilà, un peu de positif, même si effectivement, tout cela n’est pas très utile pour les résultats. M’enfin, ça entretient au moins la bonne humeur, non ?

c’est vrai qu’en général on se marre bien autour d’une table. D’ailleurs, Lucens commence à avoir une certaine réputation concernant son accueil. Les grandes équipes adorent venir chez nous puisqu’elles peuvent nous mettre une tannée et profiter d’un succulent repas à la fin et les petites équipes viennent nous chiper un ou deux points et peuvent aussi profiter de la qualité du sixième set.

vu que le club de Lucens n’a quand même pas un réservoir de joueurs lui permettant d’avoir des ambitions nationales, c’est quand même bien de pouvoir compter sur une bonne ambiance pour garder ceux qui sont présents, non ?

c’est pas faux, même si mes ambitions, ainsi que celles du Président, sont plus grande que ça. Mais ça me fait aussi du bien de me mélanger avec des pseudos comiques, ça me sort un peu du quotidien. Avec le boulot, les travaux à la maison qui vont bientôt commencer, les enfants qui demandent toujours plus d’attention et tous les tracas quotidiens que cela engendrent, c’est vrai que deux ou trois heures de détente ne me font pas de mal non plus. Ceci dit, je ne vais pas tout laisser partir à vau-l’eau : l’équipe à bien profité de mes largesses cette année, mais je vais reprendre le lead de tout cela. À partir de maintenant, les entraînements seront structurés et je serai extrêmement sévère avec ceux qui ne suivront pas le rythme. La gaudriole c’est bien, mais les résultats c’est mieux.

on avait perdu un instant le Julien exigeant, mais le voilà déjà de retour. C’est vrai que cela va faire du bien, notamment à la cave qui s’asséchait rapidement ces derniers temps, ne me laissant que des fonds de bouteilles à écluser. Vas-y mon Juju, mets de l’ordre dans ce foutoir.

… je m’en vais d’ailleurs vite descendre dans cette fameuse cave, il y a sûrement des bouteilles pleines oubliées sous les cadavres …

Jean-Pierre, encore une fois tout sourire, décidément la victoire te va à merveille.

merci Georges, on s’habitue effectivement vite au succès. C’est tout à fait grisant.

trois victoires en trois simples cette saison, te voilà sur la bonne voie pour un classement R7.

houlà, n’allons pas trop vite en besogne, Georges. Je n’ai pas l’habitude de m’enflammer et je préfère me laisser surprendre en bien plutôt que de me réjouir trop tôt.

quand même, en plus du nombre il y a la manière et il serait surprenant que les instances du tennis suisse n’en tiennent pas compte.

ma déception serait grande, j’ai beaucoup donné pour obtenir ces résultats. Mais bon, laissons venir avant de sabrer le Proseco. Et puis, il restera toujours l’intervention possible des cousins siciliens pour faire évoluer les choses dans le bon sens, au cas où…

un chose étonnante m’a frappée aujourd’hui : tu gagnes largement, ton adversaire est constamment à la rue et tu n’es pas détendu, tu râles, tu pestes, tu grognes sans arrêt sur le court. Peux-tu m’expliquer ton état d’esprit à ce moment-là ?

oui, c’est en effet quelque chose que je dois plus contrôler et corriger. En fait, le gars il rentre sur le court et il m’énerve. Je peux pas te l’expliquer, il m’énerve. Il y peut rien, il n’a rien fait, ni dit, mais il m’énerve. Cela m’enlève évidemment beaucoup de plaisir, mais je n’arrive pas à contrôler cela, il m’énerve.

ce serait peut-être intéressant que tu rencontres quelqu’un qui pourrait t’apprendre à contrôler cette émotion, non ?

c’est drôle, parce qu’aujourd’hui justement j’ai eu une longue discussion avec Jean-Luc. Il m’a montré des photos de son voyage à New-York et je me suis énervé. Sans raison, comme cela… Du coup, il m’a refilé une carte de visite d’un certain coach mental qui a son bureau aux Alpettes. Je vais peut-être prendre contact avec lui afin de voir, s’il ne m’énerve pas trop, s’il peut faire quelque chose pour que les autres arrêtent de m’énerver.

la compétition est terminée, quelle va être la suite de ta saison ?

j’hésite un peu à me lancer dans une carrière individuelle. Comme j’ai du mal avec les gens qui m’énervent, se serait peut-être bien que je fonde ma propre équipe avec moi comme président, capitaine et joueur. J’aurais pas à supporter les autres et jouerais ainsi beaucoup plus libéré. Mais je vais d’abord voir ce que ça donne avec les Alpettes avant de prendre des décisions radicales.

cela signifierait-il que tu arrêterais complètement l’équipe ?

en fait tout dépendrait des résultats. Si, comme je le pense, je fais des meilleurs résultats, ou en tout cas plus réguliers, je devrais très vite grimper au classement. Si je grimpais au classement, je ne pourrais légitiment plus me contenter de jouer avec les bras cassés actuels. En plus, en rejouant avec une équipe, je risquerais d’à nouveau m’énerver, donc de perdre des matchs et, in fine, de reculer dans le classement. C’est un cercle vicieux terrible et je me dois vraiment d’en discuter aux Alpettes, très sérieusement.

et si les résultats ne devaient pas suivre en individuel, tu reviendrais dans l’équipe, peut-être après avoir fréquenté les Alpettes ?

d’abord j’activerais le plan B, il ne faudrait pas que je me laisse décourager trop vite.

qu’est-ce que c’est que le plan B ?

les cousins de Sicile, Georges, c’est clair. En ouvrant une succursale dans la région, je pourrais leur fournir énormément de travail si mes adversaires devaient être récalcitrants.

ah oui, dans le cours de cette discussion détendue, j’en avais oublié les cousins… Eh bien, cher Jean-Pierre, je vais te laisser à tes réflexions, en espérant que tu sauras obtenir des réponses et que tu ne prendras pas de décisions radicales et fâcheuses pour le reste de l’équipe et, plus encore, pour tes futurs adversaires.

… c’est marrant, je n’arrive pas finir une discussion avec Jean-Pierre, sans avoir un coup de chaud à chaque fois. Faudra que j’analyse aussi tout cela. En attendant, je me bois vite trois bières, ça va me rafraîchir nickel-chrome …

Sébastien, te revoilà sur pied après cette petite blessure de Lausanne, comment vas-tu ?

très bien, Georges, merci de t’en inquiéter.

J’avais cru comprendre que tu n’allais pas jouer aujourd’hui, qu’est-ce qui t’a fait changer d’avis ?

j’avais super envie de jouer. Cela fait maintenant deux semaines que je n’ai pas touché la raquette. De plus j’ai regardé un peu Rolland-Garros, le soir en rentrant du boulot et franchement, j’ai ressenti des picotements terribles dans les jambes. Du coup, je me suis dit : « audaces fortunat juvas » et j’ai demandé au capitaine si c’était possible de faire un double.

vous avez gagné avec Jean-Luc, mais tu n’as pas semblé très heureux sur le court. Même ton partenaire a été dérangé par ton attitude. Un commentaire là-dessus ?

en effet et je dois prier Jean-Luc de bien vouloir m’excuser. Mais j’ai différentes excuses pour expliquer ma frustration. Premièrement : comme je suis sevré de tennis depuis Lausanne, mon envie était énorme mais ma technique était particulièrement rouillée. Deuxièmement : ce que j’ai vu à la télé ces derniers jours, ne correspondait pas du tout à ce que j’ai produit sur le terrain. J’ai pourtant étudié les différents joueurs et leur technique respective. Malgré toute ma bonne volonté, je n’ai pas pu reproduire les mêmes actions. Et enfin, troisièmement : moi je veux gagner avec panache. Je ne veux plus jouer à la baballe. Je veux du franc, du radical. Et comme c’était pas franchement ça, et ben j’ai frustré…

ta blessure n’est pas encore totalement guérie, ton physique pas tout à fait au point, et c’est un euphémisme que de le dire. Ceci explique cela, peut-être, non ?

bien sûr que je peux chercher et me trouver milles excuses. Ce que je constate, c’est que l’année passée, je gagne tout, je suis dans une dynamique positive et cette année, j’explose et je perds tous mes matchs.

tu as quand même gagné tes deux doubles, c’est pas rien ça !

non c’est pas rien. Mais en individuel, je me fais déglingué par le premier venu, comme un débutant. En plus, je sais pas si tu as remarqué Georges, mais à part Serge qui s’est blessé dès le début et Paul qui débute dans la compétition, tous les autres ont quasi tout gagné. Du coup, je pronostique une équipe de R7, Paul et moi R8 et Serge R9. Pour mon ego, c’est pas facile. Je voulais pas faire R6, j’ai pas cette prétention, mais j’aurais aimé confirmer mon statut de R7, surtout que je l’ai eu franchement au rabais.

t’es dur avec toi, et Jean-Luc te l’a dit aussi. Ta saison passée était bonne et sans ta blessure tu aurais éventuellement peut-être gagné à Lausanne. Voir le verre à moitié plein, plutôt qu’à moitié vide, ce serait une bonne philosophie.

Jean-Luc distribue aujourd’hui des cartes de visite avec l’adresse d’un gourou aux Alpettes. Je me suis une fois farci la montée et je savais même pas qu’il y avait autre chose qu’une buvette là-bas en-haut. 900 mètres de dénivelé en une montée, pas un replat et quand je suis arrivé au sommet, buvette fermée et brouillard à ne plus voir les vaches pâturer. Tu parles si ça motive de remonter.

tu connais déjà le chemin, cela vaudrait peut-être la peine de faire l’effort. De plus comme pratiquement tous les membres de l’équipe auraient besoin de conseils à différents niveaux, vous pourriez faire un ou plusieurs séminaires communs, cela répartirait les frais.

je vais étudier la question, mais franchement, je sens pas l’histoire. Suivre un chemin ésotérique comme Djoko, c’est pas mon truc. Moi j’ai les pieds sur terre et je vois pas comment un quelconque gourou ou coach mental pourrait me faire remonter la pente, même celle des Alpettes. Regarde Novac en ce moment : il est constamment en Espagne en train de chanter l’amour de son prochain et il gagne plus un match. Moi je te le dis franchement : ce qui a marché pour Jean-Luc ne fonctionnera pas obligatoirement pour un autre.

bon un bilan mitigé cette saison, pas de place pour un travail mental conséquent, pas beaucoup de motivation pour travailler le cardio, comment vois-tu le reste de ta saison ?

je vais tout d’abord m’équiper en attelles et autres bandages compressifs de tout genre. La prochaine fois que je me présente sur un court, je suis Robocop. Ensuite je vais me concentrer sur la technique : lorsque je tape la balle, je veux savoir où elle va, à quelle vitesse et si oui ou non elle marquera le point. Une fois atteint ce but, et seulement alors, je penserai à huiler la machine en travaillant le mental et le physique.

cela risque de prendre du temps, il te faudra revoir toutes tes bases… Enfin, ces dernières paroles me font penser que tu n’abandonnes pas et je me réjouis de pouvoir suivre, de près, tes progrès.

… encore un naïf qui pense qu’en regardant des tutos sur Youtube, on améliore sa technique. Je me ferais bien un ou deux 51 là tout de suite. Malheureusement, cette buvette de Lucens n’est toujours pas très bien achalandée. Je vois même gentiment les bières sans alcool me faire de l’oeil, beurk …

Voici Gérald qui vient vers moi, lui aussi un grand sourire aux lèvres. Alors mon Gégé, heureux ?

on le serait à moins, mon cher Georges. Pour une fois que je gagne un simple, je vais pas me mettre à pleurer non plus.

en effet, le fait est suffisamment rare pour être relevé. Non, trêve de méchanceté… Pas de blessure cette année, 4 matchs joués, une seule défaite, la vie est belle pour toi ?

oui cette année, je suis content de mon bilan. Mes performances ont été à la hauteur de mon investissement en temps et en énergie. J’ai ainsi pu augmenter le nombre de lignes sur mon CV et c’est tout bonus pour mes prochaines postulations.

qu’entend-je, tu veux postuler ailleurs ?

rien n’est jamais sûr, mais je me laisse la possibilité d’examiner ceci. J’ai pour habitude de régulièrement tester le marché afin de me tenir au courant de ma valeur sur celui-ci. Je vais donc une fois ou l’autre essayer de postuler dans d’autres clubs pour voir s’ils me prendraient avec eux et sous quelles conditions.

mais tu as déjà en tête des clubs précis ?

oui et non, disons que j’ai des pistes. Il faut comprendre que je suis un gars de la ville, moi. J’ai atterri à Lucens par la force des choses et pas par choix personnel. Je ne serais donc pas contre le fait de me retrouver avec des gens de mon milieu, avec qui je puisse tenir des discussions censées et intellectuellement un peu plus poussées que celles que je tiens actuellement avec mes partenaires. Donc, Lausanne, Vevey, Montreux, pourquoi pas Genève, ce n’est pas les clubs qui manquent dans ces villes.

c’est ambitieux de ta part, mais aussi un peu hautain pour tes partenaires, ne trouves-tu pas ?

attention, Georges, ne me fais pas dire ce que je n’ai pas dit, ni d’ailleurs ce que je n’ai pas pensé. Je les adore, moi, les gars de l’équipe. Ils ont juste pas eu droit à la meilleure des éducations et aux meilleures écoles. Du coup le niveau n’est pas très haut. Je les fréquente volontiers, mais cela ne veut pas dire que je me dois de ne fréquenter que eux. J’ai besoin d’augmenter mes contacts Facebook et LinkedIn, donc si je m’inscris ailleurs, je garde ceux que j’ai et j’en obtiens de nouveaux.

n’aurais-tu pas l’impression d’abandonner tes camarades ?

ne peignons pas le diable sur la muraille tant qu’il n’y a que ses saints qui s’y amusent, si tu vois ce que je veux dire. Je ne suis pas encore loin, je teste le marché. Je tâtonne, lance quelques banderilles et je regarde ce qui me revient en retour. Si aucune réponse intéressante ne me parvient, c’est sûr je continus avec les mêmes. En plus, maintenant que je suis sur une dynamique positive, cela ne peux que me rapporter du bonus. Donc rien ne presse, ni dans un sens, ni dans l’autre. En plus, Jean-Luc a promis de m’emmener aux Alpettes me faire visiter les installations dans lesquelles se passent ces fameux séminaires de remise en forme mentale.

à toi aussi il a fait le chapitre pour t’y emmener, il doit avoir un pour cent sur les inscriptions ma parole.

je sais pas, mais quand tu vois le résultat, tu te dis qu’il faut quand même jeter un oeil. Ce serait bête de passer à côté d’une possibilité de développement personnel alors que c’est si proche de chez nous.

alors là, méfie-toi quand même un peu : selon Seb c’est la croix et la bannière pour atteindre les lieux.

ouais d’accord, j’ai pas beaucoup plus de physique que lui, mais moi au moins j’ai la tête. Et avec elle, je ne me fais pas de souci, je saurai trouver les ressources pour atteindre le but. Du coup, une fois sur place, il est possible que mon moi intérieur me dise de faire un effort et de rester encore par Lucens. Il paraît que des miracles sont possibles là-bas en haut. Mais je tiens quand même à te rassurer, toi et aussi le reste de l’équipe : j’aime beaucoup nos sixièmes sets après les compétitions, surtout depuis que Paul amène le vin, ainsi que nos repas à Granges l’hiver. Je ne pourrais partir ailleurs qu’en étant sûr que je trouverais cela aussi. Et c’est difficile d’en avoir l’assurance. De plus, notre capitaine n’est pas trop exigeant sur la partie physique de l’entraînement et donc mes formes que j’entretiens amoureusement, ne sont pas trop contestée. Qu’en serait-il ailleurs…

et bien, à t’entendre, c’est effectivement pas gagné pour que tu quittes la région. Tiens-moi au courant, que je puisse anticiper.

… eh ben, ça gagne un match dans l’année et ça se croit campione del mondo, je me gausse. Allez champagne, il faut fêter ça …

Jean-Luc, last but not least comme disent mes amis russes. Imagine-toi qu’on n’a pas arrêté de parler de toi pendant tout cet interview.

en bien j’espère, ou alors je devrai vous emmener tous autant que vous êtes dans notre vestiaire pour une petite explication…

non, non, je te rassure, tout le monde a été gentil pour une fois. C’est plutôt ton gourou des Alpettes qui interpelle, qui intrigue et qui intéresse tes coéquipiers. Peux-tu m’en dire plus ?

voilà, voilà… quand j’ai commencé mon travail sur mon moi intérieur, tout le monde s’est moqué de moi. Maintenant que les résultats sont visibles, on s’intéresse à la méthode et on arrête de ricaner. Mais c’est bien que certains, dans le besoin, comprennent leurs fautes et leurs erreurs et qu’ils ouvrent la porte à des idées moins conventionnelles. Je ne suis pas le premier à trouver la voie du succès en faisant appel à un coach mental, même un grand champion comme Djokovic l’a fait avec Pepe Imaz pour trouver des solutions contre ses adversaires.

on ne peut pas dire que le résultat soit probant pour lui.

il n’a pas fait appel au bon, celui des Alpettes, y’a pas mieux sur le marché.

peux-tu me décrire la méthode, les moyens utilisés pour t’amener à ce niveau de Performance ?

c’est difficile de faire cela maintenant, il faudrait venir participer à une ou plusieurs séances pour te rendre compte par toi même. Mais en gros, on se réunit surtout à des moments forts de l’année comme les solstices ou les équinoxes, ou encore les nuits de pleine lune ou de lune noire et bien sûr les jours d’éruption solaire sont aussi très propices. Les exercices sont physiques et spirituels, plus ou moins difficiles en fonction de ton niveau d’intégration et de ta réceptivité. En bref, les Alpettes c’est pas pour les gamines, si tu vois ce que je veux dire.

cela reste très vague, mais en tout cas sur toi, c’est très efficace. J’ai cru comprendre par contre que cela coûtait un bras, est-ce vrai ?

on n’a rien sans rien et ma foi, l’investissement porte ses fruits. Il n’y a pas très longtemps, j’ai visité New York. J’ai fait un tour de la ville en hélicoptère : ben là, j’y ai laissé deux bras pour quelques misérables minutes en l’air et même pas de survol direct de Manhattan. Si je compare le rapport prix-bénéfice, y’a pas photo, les Alpettes sont largement devant.

vu comme cela c’est clair. Peux-tu me parler un peu de la rencontre d’aujourd’hui ?

j’ai laissé les autres se faire un peu les dents sur des adversaires faciles en ne jouant pas de simple. C’est bien que certains bras-cassés emmagasinnent un peu de confiance pour les années futures. Du coup, je me réjouissais de faire une double et de pouvoir une fois jouer avec Seb, même si son état physique laisse perplexe.

ça c’est plutôt bien passé au vu du résultat ?

oui le résultat est bon. La manière m’a un peu gêné. L’attitude très négative de Seb, m’a gâché le plaisir de la victoire et je lui en veux un peu.

développe un peu pour comprendre ?

on gagne, on fait les points et on tient le match. Bien sûr, il fait pas mal de fautes, il sert mal, mais bon on gagne quoi. Je le pousse à positiver et à se lâcher. Se faire plaisir est le maître mot pour avoir les chakras ouverts. Mais lui, il peste, il râle et s’effondre mentalement. Moi évidement ça me pousse vers le bas et le plaisir n’est pas là. Je ne suis pas sûr de vouloir encore jouer avec lui s’il garde une telle attitude.

ce serait typiquement un cas qui devrait rencontrer ton coach, non ?

oui, mais je te le répète Georges, les Alpettes c’est pas pour les fillettes. Je ne suis pas sûr qu’il soit capable d’atteindre le site. Il faudrait, avant d’élever son âme, qu’il apprenne à élever son physique.

ok, ça c’est un problème auquel lui seul est capable de remédier. Parlons un peu de ta saison, content ?

y’a évidemment pas photo par rapport à l’année passée. Si on excepte l’erreur de Vufflens, je rends une feuille de résultats parfaites. En plus j’ajoute la manière. Je suis très heureux de cette compétition 2017 et je me réjouis déjà pour la prochaine, même si j’aimerais pouvoir changer de ligue afin de rencontrer des adversaires à ma hauteur.

est-ce que cela signifie que tu pourrais quitter Lucens pour une équipe mieux classée, si l’occasion se présentait ?

non, je vais de toute façon faire la saison prochaine ici. Mais c’est vrai que j’aimerais beaucoup évoluer vers le haut et donc si nous devions rater les promotions la prochaine fois, à cause de certains bras cassés qui ne font pas d’effort, la question viendra inévitablement sur la table.

d’accord, on va donc voir l’année prochaine. Quel est ton programme jusque-là ?

oh j’ai pas prévu grand-chose : quelques retraites spirituelles de-ci de-là, des séminaires de conditionnement en Suisse et à l’étranger, des week-ends de détox en montagne et bien sûr un peu de technique sur les terrains afin d’accompagner ceux qui ont en vraiment besoin. J’ai, par exemple, convoqué un client, ancien N2, afin de lui apprendre quelques trucs et de lui permettre de s’améliorer. Cela ne pourra pas lui faire de mal.

tes prochaines semaines me paraissent parfaitement remplies, j’espère que tu auras encore un peu de temps pour travailler pour ton entreprise. Cher Jean-Luc, je me réjouis de suivre tes exploits ainsi que ceux de tes coéquipiers dès les prochaines compétitions et te souhaite beaucoup de succès pour toutes tes activités.

… certains donnent vraiment l’impression d’avoir atteint le sommet. Le retour sur terre pourrait être brutal. Je vais voir si je trouve encore un peu de rouge, dans ce sport-là, je suis sans concurrence … 

 

cher ami lecteur, tu l’auras compris en lisant cet interview, l’appétit vient en mangeant. Après deux années passées en 3ème ligue, certains joueurs de Lucens commence à avoir les dents qui poussent et qui gentiment rayent le parquet. La progression des résultats de l’équipe, légitime pleinement les ambitions et autorise à regarder le futur avec sérénité.

pourtant, comme toujours, le diable se cache dans les détails. L’heure est à l’euphorie, mais la saison suivante se doit d’être celle de la confirmation et de l’affirmation des ambitions de l’équipe, avec le résultat à la clé : un tour de promotion. Sans cela, il est à craindre, et certains joueurs en parlent déjà à mots à peine couverts, que l’équipe perde ses meilleurs éléments, appelés par les sirènes des grands clubs.

nous n’en sommes heureusement pas encore là : les éléments les plus faibles ont compris dans quelles directions ils doivent travailler, le capitaine a déjà annoncé des mesures correctives pour les entraînements et tout se présente donc pour le mieux pour que l’équipe explose les scores et ses futurs adversaires, ne donnant ainsi à personne l’envie et l’occasion de voir ailleurs.

pour ma part, cher ami lecteur, je vais me laisser disparaître au fond des buvettes d’ici et d’ailleurs, afin de me ressourcer. Surveille toutefois ce blog, je prépare quelques surprises pour les semaines qui viennent et ne manquerai certainement pas de réagir à l’actualité si cela s’avère nécessaire. J’espère avoir réussi à te divertir et à t’informer au plus près des événements et te remercie chaleureusement pour ta lecture assidue.

… sur ce, je vais reprendre ma liste alphabétique des buvettes afin de continuer, comme les Compagnons du devoir, mon tour de Romandie. J’ai terminé la semaine passée la lettre A à Ayent et je vais attaquer les B par Barberêche. Il semblerait que les Fribourgeois aient enfin appris à faire du bon vin …

 

Georges Boissabierre pour 1664 Farniente Corporation, Lucens, juin 2017