Le bilan de la saison 2017

cher ami du tc Lucens, la saison des Interclubs 2017 a touché à sa fin au mois de juin. Avant de revenir sur les résultats individuels avec chacun des joueurs, regardons et commentons ensemble le classement de notre club de cœur.

cette année, Lucens est tombé sur des clubs principalement citadins, avec en tête de gondole, le grand Lausanne-sports, mais aussi Vufflens-la-ville et Marly. Il est clair que ces clubs ont la possibilité de puiser dans un réservoir sans fond et d’attirer de grands joueurs si nécessaire. Lucens et Valeyres-sous-Montagny, le dernier club du groupe, n’ont pas ces possibilités et doivent faire avec les moyens du bord. La différence est fondamentale et creuse d’année en année l’écart séparant les clubs de ville et ceux de la campagne.

ceci étant écrit, le résultat de Lucens est remarquable : 3ème exæquo avec Lausanne à seulement deux points de Vufflens, c’était inespéré au début de la compétition. Cela laisse évidemment aussi beaucoup de regrets et l’analyse des raisons qui ont fait perdre des points à certains devra être rigoureuse et sans concession afin de savoir corriger le tir pour la saison prochaine. Je fais confiance dans l’esprit de synthèse du capitaine Julien et de son président Sébastien : ils sauront sans aucun doute trouver le remède à cette contrariété momentanée.

moi ce qui m’intéresse vraiment maintenant, c’est d’entendre les joueurs et d’écouter leurs analyses sur leur propre performance. On se souvient que la saison passée a été extrêmement déroutantes pour beaucoup d’entre eux. Leur déception avait été très perceptible et, du coup, leurs commentaires parfois pas totalement impartiaux. Ils ont tous muris d’une année, voyons si cela leur aura amené de la sérénité et de la jugeote.

… où est-ce que j’ai mis mon flacon de gnole, moi ? Ah le voilà, un bonne grosse golée va me mettre dans le rythme pour mes interviews …

Julien, toujours capitaine, c’est une fois de plus toi qui ouvre les feux. Ma première question, un peu provocatrice, concerne la composition de l’équipe. Tu avais annoncé des changements importants en fin d’année passée, un remaniement profond du groupe afin d’obtenir, enfin, des résultats. En fait de changements, nous n’avons rien vu, ou presque. Un commentaire ?

cher Georges, cher Georges, ta question pernicieuse et ton ton hautain ne m’atteignent même pas. Ma volonté était, en effet, d’apporter de la qualité au tc Lucens. Ma volonté était, en effet, d’apporter des résultats positifs au tc Lucens, une promotion par exemple. Mais ma volonté a été contrecarrée par les ambitions politiques de mon Président. Une campagne pour la Municipalité, cela coûte cher et son financement est toujours difficile à trouver. Mais c’est dans l’intérêt du club d’avoir un représentant influent dans la commune pour pouvoir prétendre obtenir une partie du gâteau des subventions communales. Nos installations sont plus que vieillissantes et nous devons faire du lobbying intensif pour leur remplacement. Quoi de mieux que d’avoir un loup dans la bergerie… Nous avons donc décidé, d’un commun accord, moi et mon Président, d’utiliser la caisse noire, je veux dire les fonds prévus pour le recrutement, pour financer sa campagne. Le choix a été judicieux, puisqu’il a été élu.

vous flirtez un peu avec la légalité, non ? Est-ce vraiment autorisé de vider les caisses d’un club au profit d’un de ses membres, fut-il président ?

là, je ne veux pas m’avancer sur ce terrain. Mon Président a suivi d’intensifs cours de management au siège de la FIFA et je pense que leurs experts savent de quoi ils parlent lorsqu’ils distillent leur savoir.

ok, je comprends. Revenons au côté sportif. Selon toi, le manque de sang frais dans ton équipe, a-t-il prétérité les résultats ?

d’abord je tiens à préciser que j’ai quand même été actif au niveau du recrutement, et ce malgré le manque de moyens. Comme annoncé à la fin de la saison précédente, Paul a bien rejoint l’équipe. Son rendement n’a pas été aussi extraordinaire qu’espéré, mais son bilan n’est de loin pas catastrophique. Lui a l’excuse du temps d’intégration, ce que n’ont pas certains de ses collègues au bilan beaucoup plus maigre. Ensuite, si ces mêmes collègues avaient pris leurs responsabilités et leurs matchs un peu au sérieux, nous aurions joué les promotions, j’en suis persuadé. Pour moi, c’est à Vufflens que tout s’est joué : aucun simple de gagné, ceci n’est pas admissible si on veux jouer la gagne. On doit faire deux ou trois points là-bas. Ensuite on perd aussi au moins deux points que nous aurions dû faire, à Lausanne. Comme par hasard, pour ces deux rencontres, j’ai deux R7 qui perdent leur match. Je dis cela, je dis rien, mais vous connaissez tout comme moi la théorie des vases communicants…

voilà, tu mets des noms sur les responsables de ce semi-échec. Ne risques-tu pas de semer le trouble au sein du groupe ?

le problème, c’est que j’ai voulu être gentil jusqu’ici. Je pensais avoir à faire à des adultes responsables et je me rends compte que ce ne sont que des pré-adolescents puérils. Au lieu de suivre mes cultissimes plans d’entraînements soigneusement, ils préfèrent faire la fête juste avant les rencontres, ne pas faire d’entraînement physique, faire des matchs au lieu d’exercices éducatifs, de vrais gamins. Cela se paie cash, on le voit. Alors, maintenant c’est terminé, tout le monde va devoir suivre le chemin que je leur trace. Sinon, les sanctions vont pleuvoir.

houlà, quel genre de sanction comptes-tu prendre ?

premièrement, pas de 6ème set s’il n’y a pas une implication sérieuse pendant le match. On ne s’arrête pas de jouer parce qu’on a une crampe ou une déchirure musculaire, par exemple. Deuxièmement, pas de match si on a participé à un mariage ou à un anniversaire le jour d’avant. Enfin, troisièmement, pour les cas extrêmes, les récidivistes, l’obligation de faire des tours de court en courant. Cela devrait être bien motivant.

eh ben, tu risques d’en dégouter plus d’un, tu pourrais avoir du mal à composer une équipe, non ?

je jouerai tout seul les 7 matchs si cela devait s’avérer nécessaire. Je n’ai aucun problème avec cela et aucun doute que les résultats seront nettement meilleurs. Et puis, j’ai dans cette enveloppe posée devant moi, les candidatures de joueurs, motivés et de qualité, qui se battent pour pouvoir jouer sous mes ordres. Je les dévoilerai en temps voulu, si nécessaire.

tiens cela me rappelle quelque chose… Cher Julien, pour terminer cette interview, peux-tu nous dévoiler ta stratégie pour la prochaine compétition ?

non, Georges, désolé, je vais garder cela pour moi. Je ne veux pas que nos adversaires réussissent à se préparer pour contrecarrer mes projets. Sache cependant que nous avons développé, moi et mon Président, un cahier de charge en 27 points : en appliquant à la lettre tous ces points, je suis absolument persuadé que nous allons être au sommet de la pyramide dans un laps de temps très court. Le tc Lucens aura très bientôt enfin la place que mon Président désire et j’obtiendrai du coups les jolies primes promises depuis si longtemps.

tout un programme dis-moi. Je constate, et mon cher lecteur avec moi, que les ambitions ne vous ont pas quittées, toi et le Président. Je me réjouis de suivre vos exploits la saison prochaine et, qui sait, un tour de promotion glorieux. Merci d’avoir pris le temps de répondre à cet interview et je te souhaite des entraînements hivernaux fructueux.

… hop un grand verre de ce pinard gouleyant que m’offre le Président pour écrire du positif, la vérité sur la vie de son club …

Sébastien, ton capitaine me parlait justement de toi dans son bilan de la saison.

je suppose que c’était en bien, bien entendu.

euh, oui, non, peut-être, tout dépend en fait du point du vue où l’on se place. Enfin, disons que cela se veut constructif, dans son esprit en tout cas. Que penses-tu toi de ta saison ?

difficile serait le mot, mmmh, en fait décevante serait plus précis. Après une saison 2016 quasi parfaite, c’est vrai que j’attendais mieux, non, beaucoup mieux en 2017. Les choses ont mal tourné dés le début et je n’ai pas su reprendre la main.

il y a eu en effet un premier match difficile à Vufflens. Quelle est ton analyse sur celui-ci et a-t-il conditionné le reste de ta saison ?

du vent, une surface glissante et rapide, et un adversaire sournois sont les trois facteurs dérangeant de cette noire journée. Je n’ai pas su m’adapter à ces conditions, conditions auquel les joueurs de Vufflens, eux, étaient habitués. En plus, ils sortaient d’une saison en 35+, cela s’est bien ressenti au niveau du rythme. Et oui, ma saison a été conditionnée par ce mauvais résultat. Mon moral a été sapé et je n’ai jamais réussi a remonté la pente, malheureusement.

je confirme que le rythme était autre : je l’avais d’ailleurs prédit dans mon analyse d’avant saison, Vufflens serait assurément un candidat sérieux. Tout de même, ta condition physique chroniquement déficiente, ne te prétérite-t-elle pas dans ce genre de match ?

je serais un peu gonflé de prétendre le contraire. J’ai d’ailleurs sorti le vélo pour lui faire voir la lumière du jour, afin qu’il ne soit pas trop surpris si je devais vouloir faire une virée un de ces 4. Mais bon, en 2016 j’ai gagné et j’étais pas au mieux non plus.

effectivement, cela c’était vu. Contre des adversaires beaucoup plus âgés, ça passe, mais à Vufflens et à Lausanne, tu joues des gars proches de ton âge et ça casse. C’est une signe qui devrait t’alerter, non ?

ouais, cela me fait réfléchir. Comme je suis pas un mec vif, il va falloir du temps pour que l’information arrive au cerveau puis descende dans les jambes. Mais c’est en route, le chemin est sinueux, mais je garde bon espoir.

comment juges-tu tes performances par rapport au reste de l’équipe ?

certains ont été bon, pas de doute. Il ne faut pourtant pas oublier le facteur chance. S’ils avaient du talent, cela se saurait, tout de même. Non avant de se la péter et de jouer aux parvenus, ils doivent encore confirmer la saison prochaine. Moi, en partant de tout en bas, je ne peux que montrer de l’amélioration. En fait, mon classement m’a peut-être joué un sale coup. Je me suis vu plus beau que je n’étais. En plus mes adversaires se sont motivés : se payer un mieux classé, c’est toujours motivant. Je n’ai sûrement pas été assez attentif à cela.

justement, penses-tu que tu vas garder ce bon classement ?

déjà que je n’avais qu’à peine les résultats pour passer R7 après la saison 2016, je pense quand même que s’ils me laisse ce classement, ça va se voir. Non, franchement j’aurais beaucoup aimé confirmer mon rang, ne serait-ce que pour garder ma place en haut de la liste des matchs, mais là ça sent le roussi. C’est une belle leçon d’humilité que je prends dans la figure. Mais je n’ai pas dit mon dernier mot et je serai prêt au combat en 2018. Je pense faire un entraînement hivernal sérieux, qui devrait m’amener dans les meilleures conditions possibles.

ah te voilà donc enfin décidé à faire du physique ?

non, houlà, non, il faut pas exagérer non plus. Je parlais de mieux jouer, pas de plus courir…

oups, pas sûr que cela suffise donc. Mais c’est toi qui voit et qui, potentiellement, en paiera les conséquences. Merci, Seb, pour ces quelques mots et bon courage pour la suite. Que l’hiver ne te soit pas trop prospère au niveau du tour de hanche, c’est le mieux que l’on puisse te souhaiter.

… y’en a vraiment qui n’ont encore pas compris, hein ! Allez, il faudrait quand même pas que j’oublie d’ouvrir la deuxième, il doit avoir le temps de s’aérer un peu pour être vraiment apprécié …

Laurent, salut, assieds-toi s’il-te-plaît. Comment vas-tu ?

bien, super, en pleine forme, comme toujours.

comme toujours, c’est un peu vite dit, non ? Il semblerait, au vu de tes résultats cette saison, que tu aies un ou des soucis. C’est physique ?

non, non, pas de souci physique, rien. C’est pas tout faux que je suis passé légèrement à côté de ma saison cette année, mais rien à voir avec des soucis. J’ai peut-être sous-estimé, un peu, l’impact de toutes ces fêtes auxquelles je suis invité sur mon endurance et ma réactivité. Je ne nie pas qu’il y a quelques années, je récupérais un peu mieux et un peu plus vite. Mais c’est le prix de ma popularité. Les gens, surtout les filles, aiment tellement ma compagnie que je suis invité partout et tout le temps. Et vous savez Georges, c’est assez plaisant de se faire désirer autant. Je dis donc oui tout le temps et cela finit pas se collisionner avec les compétitions. J’ai donc parfois des coups de mou, surtout les dimanches. En plus, comme je suis l’indiscutable numéro un de l’équipe, je joue toujours à l’heure de la messe. Mes yeux sont encore en général collés, l’aspirine n’a pas encore eu le temps de faire de l’effet, je deviens ainsi une proie facile.

d’aucuns grincent un peu des dents dans l’équipe. Ils ne trouvent pas normal que tu fasses passer les fêtes avant le bien de l’équipe. Que réponds-tu à cela ?

attends Georges, c’est les mêmes qui la saison dernière n’ont pas fait un point qui râlent ? Parce que si c’est les mêmes, j’aimerais qu’ils comparent leurs résultats aux miens. Faisons les comptes, je n’aurai pas à rougir du résultat, non mais… En plus même si cette année je fais un peu moins bien, je vais rester R7 moi. C’est pas sûr que les râleurs ne se retrouvent à ce niveau en octobre. Je dis ça, je me comprends.

oui, mais lorsque tu fais partis d’une équipe, tu dois œuvrer pour son bien. Tu n’as pas appris cela dans tes années de foot ?

poh, poh, poh… s’il-te-plaît, c’est pour les juniors ce discours. Non, dans mes années de foot comme tu dis, moi je travaillais pour mes statistiques personnelles. J’étais celui qui mettait le plus de goals, qui faisait le plus de belles actions solitaires, celui qui était le plus admiré par les filles et celui qui les emballait le plus pour la nuit. L’équipe n’était là que pour me mettre en valeur. J’entends continuer dans cette veine avec le tc Lucens.

une petit crise d’égocentrisme maintenant, on aura tout vu. As-tu prévu des mesures, personnelles, pour te remettre à niveau et gagner enfin à nouveau des matchs à enjeux ?

bon, là on a gentiment marié tous les gens qui pouvaient l’être autour de nous. J’ai viré de mon carnet d’adresse à peu près tous les amis ou amies qui ont leurs anniversaires au mois de mai et de juin. Je ne vais pas me mettre à vivre une vie de moine, mais je vais quand même faire un peu attention. Ces deux mois seront un peu mon carême à moi. Pas ou peu de douceur durant cette période et je serai à nouveau au top du sommet.

eh ben voilà, ça c’est le discours que ton capitaine aimera entendre. Si en plus tu rajoutes un peu de course à pied, tu seras son champion du monde.

non, je n’ai pas dit que j’irais si loin. Une fois tout cet alcool consommé durant les fêtes sorti de mon sang, un fois les courbatures dues à la danse disparues, je serai à nouveau en top forme. Je n’ai pas besoin de faire du footing en plus. Et puis, tu l’as certainement vu au cours de ces deux saisons, la moyenne d’âge de mes adversaires frise les huitante ans. Si je suis bien dans mon corps, même avec un pied dans le plâtre et les deux poignets pétés, je gagne à l’aise.

cette année, la moyenne d’âge de vos adversaires a été légèrement plus basse que la saison passée. Il n’est pas impossible de tomber sur des équipes «jeunes» et performantes.

pour paraphraser une grande chanteuse que j’admire tant, autant pour son physique que pour son talent, Shy’m : et alors ! Je suis jeune et performant, moi aussi. Je n’ai donc pas à avoir peur des autres. Le seul qui me fait peur, c’est moi. Ou plutôt, l’autre moi. Celui des fêtes, de l’alcool et de la danse. Lorsqu’il sort, je n’arrive pas à le contrôler et j’en paie les conséquences, toujours. Tu sais aussi ce que c’est, Georges, d’être deux dans un seul corps.

alors là je t’arrête tout de suite : moi je suis tout seul, je ne cohabite pas. Non, non, c’est moi et moi tout seul qui aime la fête et tous les liquides qui vont avec. Je n’ai besoin de l’aide de personne pour cela. Qu’est-ce que l’on peut te souhaiter pour la saison qui vient ?

de bonnes petites fêtes tous les week-ends jusqu’au mois d’avril, une place de parc pour mon bus dans une station d’hiver de décembre à mars pour pouvoir profiter d’y faire la fête et, accessoirement, un peu de ski, et une santé de fer pour assimiler tout cela.

tu ne te souhaites pas du succès en compétition ?

si les autres conditions sont réunies, cela ira de soi, crois-moi sur parole. À certains de mes collègues qui m’ont enterré un peu vite, à mes adversaires qui ne me connaissent pas encore, je dis : attention, le Laurent nouveau arrive au printemps et il va faire mal.

Voilà une phrase pleine de force et de conviction qui met un point final parfait à cet entretien. Bon hiver à toi, Laurent, et au plaisir de te voir, motivé, au bord des courts au printemps.

… c’est vrai que bien éventé, ce rouge en litre est un vrai nectar. Il faudra que je demande au Président dans quel vinothèque il se le procure …

Paul, mon Paulo, bienvenue dans ta première interview de fin de saison. Alors, dis-moi, comment as-tu vécu cette première saison de compétition avec le tc Lucens ?

ma foi, mi-figue, mi-raisin, un peu comme mes résultats, c’est du 50/50.

il y avait beaucoup d’attente sur tes performances et, en effet, c’est un verre à moitié plein que tu rends. Des explications ?

en fait, Georges, lorsque j’ai intégré les entraînements hivernaux en début d’année, j’ai jaugé un peu la qualité du groupe. Ce qui saute au yeux, au premier abord, c’est justement pas sa qualité ou ses qualités. Champions du monde ils sont, et cela se remarque tout de suite, du sixième set. Pas de souci, là ils sont imbattables. Par contre sur le terrain, ça vole moins haut, beaucoup moins haut. Comme petit dernier dans un groupe, tu dois essayer de ne pas trop te démarquer afin de ne pas devenir le vilain petit canard, le Fognini de l’équipe, en un mot comme en cent, celui que tout le monde déteste. Il faut que ta tête soit bien alignée avec celles des autres. Pas un cheveu ne doit dépasser. J’ai donc arrêter les traitements de repousse que j’avais entrepris pour contrecarrer ma calvitie plus que naissante et mis en place une stratégie de médiocrité pour bien être en phase avec tous mes coéquipiers. À chaque entraînement, je me suis appliqué à rester à leur niveau. Pour ce faire, je rate un balle de temps à autre en tapant dans le vide et en prétextant un souci à un œil. Je cours en raclant les pieds par terre pour me ralentir au maximum pour être en retard sur la balle. Je joue même de la main droite par moment, me permettant ainsi de ne pas faire de bons coups risquant de me trahir. C’est pas facile de faire semblant tout le temps, mais je crois qu’il n’y ont vu que du feu.

quid des compétitions ?

c’est là que cela fait le plus mal, évidement. Mais si j’avais développé tout mon potentiel en compétition, je risquais aussi de les vexer, surtout le capitaine Julien. J’ai donc aussi fait de mon mieux, pour perdre quelques matchs, la moitié en fait, même face à des adversaires ridiculement faibles. Les autres m’ont alors accepté comme l’un des leur, médiocre et moyen comme il se doit. Je fais aujourd’hui partie intégrante de l’équipe, mon but est atteint.

tu devrais donc faire une bien meilleure saison 2018 ?

bien entendu, sans problème. Je vais me faire discret pendant les entraînements d’intersaison. Cela devient difficile de réfréner mes ardeurs guerrières. Je vais gentiment  habituer mes partenaires à un nouveau Monsieur Paul. Petit à petit, je vais lâcher mes coups, petit à petit, je vais afficher mon jeu. Ma montée en puissance va se faire progressivement et toucher son maximum en avril. Le capitaine, s’il est bon, ne pourra que remarquer mon pic de forme et sera bien obligé de me faire jouer, peut-être même en numéro UN. Et je vais faire un sans faute, c’est moi qui vous le prédit.

euh, numéro un ça ne sera pas possible. Tu n’est que R8 et il sera obligé de faire jouer les R7 avant toi ?

R7 ? ah, Laurent qui n’a pas gagné un match important cette année et lui-même qui n’a plus le temps de s’entraîner. Franchement, je suis pas capitaine, mais s’il a un tantinet de jugeote, il saura bien faire la part des choses et se mettre, lui et Laurent, de côté pour le bien de l’équipe. Et là, je passe, finger in the nose, numéro un.

Tout de même, c’est aller un peu vite en besogne. Même s’il devait se mettre lui et Laurent sur le banc de touche, il reste devant toi des gens talentueux et de surcroît R8. Les deux Jean, Jean-Luc et Jean-Pierre, Sébastien et Gérald. Tu penses pouvoir passer devant eux, sans que cela frotte un peu aux entournures ?

comme dit plus tôt, à moi de sortir le grand jeu pour le convaincre, le Julien. Vu mon niveau, actuellement encore bien caché je te le rappelle, je ne vois aucune difficulté. Ensuite, une fois la décision de Julien communiquée, ils se conduiront comme les moutons qu’ils sont : ils suivront les ordres. Et à moi la vie de vedette de l’équipe, à moi la gloire des victoires.

cela semble si facile vu comme cela. Et supposons que tu n’arrives pas à exprimer ton talent, réellement ?

ce n’est pas un scénario acceptable. J’ai été engagé pour hausser le niveau de cette équipe et j’atteindrai ce but. Il n’y a aucune alternative. Je graverai mon nom sur le Wall of Fame du tc Lucens, c’est moi qui te le dit.

jusqu’ici, le Wall of Fame n’existe pas, mais il serait peut-être temps de le créer, c’est une bonne idée. Eh bien, mon Paulo, merci pour ta franchise durant notre rencontre. Je te souhaite de réussir ton défi. Nous verrons de toute façon le résultat dès ce printemps, rendez-vous nous est donc donné à partir du mois d’avril.

… eh, je suis déjà au fond de la bouteille. On papote, on papote et il fait vite soif dans ce local surchauffé. Heureusement, il y a de la bière au frais …

Jean-Luc, tout sourire et très décontracté vient vers moi. Eh bien, mon cher Jean-Luc, on sent que tu rayonnes aujourd’hui. Cela a-t-il un rapport avec ta saison magnifique ?

C’est certain, mon cher Georges. J’ai relativement raté mes matchs l’année dernière. Mais mes différents séjours aux Alpettes durant l’inter-saison, m’ont amener force et caractère. Le gourou Romanens me l’avait prédit : suis les préceptes et tu gagneras. J’ai consommé l’ail des ours et le romarin du bas du Moléson, j’ai couru tant que j’ai pu et voilà le résultat : une saison magnifique.

C’est vrai qu’au niveau personnel, difficile de faire beaucoup mieux.

En fait ma défaite initiale à Vufflens me reste un peu en travers de la gorge. La rencontre est arrivée un peu tôt, je n’avais pas encore atteint le sommet de mon karma. Mais au vu des résultats globaux ce jour-là, je relativise.

C’est vrai et j’en ai déjà discuté avec certains de tes compagnons d’équipe, cette première rencontre à Vufflens a ressemblé à la Berezina. Une explication peut-être ?

D’aucuns parlent de problème climatique, surfacique ou tactique, moi je dirais qu’à vouloir se présenter plus grand que l’on est, on récolte les beignes que l’on mérite. Franchement, je crois qu’il nous fallait une rencontre comme celle-là, pour remettre l’église au milieu du village et nous permettre de nous recentrer sur l’essentiel. C’est ce qu’à fait pratiquement toute l’équipe et au vu des résultats suivants, cela a été réussi.

Tu dis pratiquement toute l’équipe, cela signifie que tout le monde n’a pas compris le message ?

Pas besoin d’être un grand analyste sportif pour voir qui n’a pas suivi le mouvement. Il y a dans notre équipe, 1 ou 2 joueurs qui pensent que leur petit niveau est suffisant pour gagner leur match. Ils y ont cru jusqu’à la fin de la compétition, mais doivent bien se rendre à l’évidence maintenant, cela n’a, et de loin, pas été suffisant. J’espère qu’ils sont bien conscient, mais j’en doute fort, qu’à cause de leur suffisance, toute l’équipe doit se coltiner une saison de plus en 3ème ligue avec des adversaires du troisième âge limite impotents. Personnellement, et au vu des efforts que j’ai fourni pour me mettre à niveau, je l’ai un peu saumâtre.

Tu es très dur dans ton discours. L’année passée, tu faisais parti des moins bons, ils pourraient aussi te reprocher cela, non ?

Georges, j’ai muri et je ne suis plus le même homme aujourd’hui. Pourtant, je suis encore capable de t’expliquer mon point de vue entre quatre yeux et au fond d’un vestiaire si cela t’est nécessaire… Ceci étant dit, je ne suis pas celui qui regarde derrière. Ce qui s’est passé en 2016, c’est passé. Aujourd’hui, je constate que beaucoup ont fait des efforts et des sacrifices pour se mettre à niveau et d’autres pas.

Mais cela aussi est maintenant du passé. Ne devrais-tu pas tendre la main à ces malheureux afin de pouvoir construire l’avenir dans l’harmonie et l’allégresse ?

Avant de passer dans l’avenir, j’aimerais rester encore un instant dans le présent. Si je les croise, mes deux gaillards, je vais effectivement leur tendre la main, je peux te l’assurer. Et si c’est des bons chrétiens, ils devraient même me tendre l’autre joue…

Ah non, je ne pensais pas à une main tendue pareille, mais plutôt à celle de la solidarité et du partage dans les joies et les peines.

Pas de souci, une fois qu’ils auront pris la main tendue là où elle fait mal, je passerai au futur et nous parlerons alors de solidarité et de partage. Je me propose même de leur organiser un petit séminaire survie et sueur, aux Alpettes avec Gourou Gremion, le spécialiste des remises en forme et en question. Je suis presque sûr qu’ils ne sauront pas refuser cette invitation et leurs résultats ne pourront qu’en bénéficier.

Voilà qui mérite en tout cas réflexion de leur part. Après cette belle saison, qu’elle sont tes objectifs pour la saison prochaine ?

Je veux une place tout devant. Je pense que le capitaine devrait sanctionner lourdement l’inconséquence des deux guignols et ne les faisant jouer que des doubles. Du coup, je prends la place de numéro deux, et même un si le capitaine devait ne pas vouloir jouer. Ce qui a pour conséquence que je joue les meilleures adversaires et que, comme je gagne, je me retrouve avec un matricule R7 au minimum à la sortie de la saison 2018. Je tiens à faire un petit aparté à ce sujet : comment est-il possible, après les résultats fantastiques que j’ai réalisé cette année, que je ne sois toujours que R8. Je suis assez persuadé que Swisstennis a soit oublié de me prendre en compte dans leurs calculs, soit est de mèche avec une institution concurrente à celle des Alpettes et que donc ils ont décidé de me défavoriser. Je suis à deux doigts de convoquer maître Collard, afin qu’il dépose un protêt officiel dans les instances supérieurs du tennis mondial afin de rétablir la justice.

En même temps, cher Jean-Luc, le classement c’est pas le plus important, non ?

Parle pour toi, Georges. Moi je suis chef d’entreprise et je me dois de vendre mon image en plus de mes services pour survivre. Établir une campagne marketing sur ma personne avec un matricule R7, changerait énormément de chose. J’attirerais certainement plus l’attention et aurait ainsi des retombées économiques plus substantielles. Regarde le footballeur portugais Ronaldo : depuis qu’il affiche partout l’acronyme CR7, il gagne des millions en droit d’image. Imagine JLD7 sur toutes mes publicités, ça aurait de la gueule non ?

En effet, cela en jetterait… Cher Jean-Luc, il te faudra attendre l’automne 2018 pour profiter de cela, si tout va bien et ce que je te souhaite bien entendu. Un grand merci pour avoir pris le temps de répondre à mes questions et à très bientôt.

voici Serge, le regard noir et la mine défaite, qui arrive, traînant toujours son spleen autant que ses pieds endoloris. Serge, une saison blanche ou presque. Un set lors de la première rencontre et crac, un talon qui lâche à nouveau. On sent chez toi beaucoup de rancœur et de frustration, je me trompe ?

non Georges, tu as raison. J’avais à cœur de réussir un truc cette saison, gagner un match ou même un petit set par exemple, et paf, patatras, plic plac poum, tous mes espoirs réduits à néant. C’est désolant et bien triste.

tu es en convalescence depuis ce jour fatidique. Où en es-tu à l’instant où on se parle ?

comme je te l’ai annoncé lors de notre dernière rencontre, j’ai abandonné la fréquentation des facultés de médecine, elles ne sont occupées que par des charlatans. Je vois régulièrement un naturo-biolo-écolojojopathe sur les Alpettes. C’est Jean-Luc qui m’a refilé l’adresse. Je dois bien avouer que je ne vois aucune amélioration pour l’instant, mais il paraît qu’il faut du temps. En fait, je suis mesquin, parce que quand même il y a un soupçon de mieux : à chaque fois que je redescends de cet alpage, j’ai une nette lourdeur de moins au niveau de la fesse droite, celle dans laquelle je mets mon portemonnaie. C’est très bon pour soulager mon mal de talon.

tu as ainsi bon espoir de pouvoir rejouer bientôt, donc ?

j’ai la volonté absolue de m’y remettre le plus tôt possible cet été. Je t’annonce même en primeur : j’ai trouvé un prof assez jeune et désespéré pour accepter de me donner des cours. Je crois savoir qu’il croule sous les dettes et c’est pour cela qu’il veut bien prendre le risque d’essayer de m’apprendre à maîtriser le tennis.

en quoi est-ce un risque ?

il n’a pas encore inscrit son nom dans les tabelles des moniteurs de tennis. S’il n’obtient pas de résultat avec moi, il risque de se faire de la mauvaise pub.

à l’inverse, s’il réussit à améliorer ton jeu, il sera un héros, enfin un bon professeur de tennis et reconnu comme tel.

nous n’en sommes évidemment pas encore là. Mais j’ai bon espoir qu’il m’apporte les bases pour passer devant certains de mes camarades d’équipe. Je n’ai pas l’habitude d’être le dernier de la classe et les sarcasmes que j’entends dans mon dos, commencent à me peser sérieusement. Mon but pour la prochaine saison est de gagner un match, mais je me projette déjà plus loin. Je gagnerai deux ou trois matchs par année à partir de 2019, j’en fais le serment.

comment juges-tu les performances de tes copains de club cette année ?

que cela soit définitivement clair pour toi et tes lecteurs : mes copains, ils sont pas dans ce club. J’ai des partenaires d’entraînement dans ce club et c’est tout. Il faut pas croire, mais en tennis, c’est chacun pour sa gueule. Tu joues pas pour être gentil avec des copains, mais pour fracasser le type qui se trouve de l’autre côté du filet. Point. Ceci étant dit, ils ont complétement raté le coche. Les matchs perdus à Vufflens et à Lausanne sont symptomatiques d’un mal-être général au sein de l’équipe. Ils ont, durant ces deux rencontres, manqué singulièrement de cohésion et d’esprit de corps. Je n’ai pas vu les matchs, mais les résultats parlent pour eux. Pas un simple de gagné à Vufflens, un double de perdu à Lausanne, le double étant notre force dans le club et enfin dans les deux rencontres deux R7 qui perdent leur match… Pas besoin d’être fin psychologue pour comprendre qu’ils ont besoin d’aide. Je vais d’ailleurs en parler avec Jean-Luc et proposer au groupe un passage collectif sur les Alpettes. Rien que le fait de devoir y monter à pied, fera du bien à l’un ou à l’autre, physiquement s’entend.

ils finissent tout de même 2ème ex-aequo du groupe, c’est un joli classement, non ?

est-ce là toute l’ambition du groupe ? J’ai entendu les dirigeants du club. Ils ont communiqué leurs visions et je ne crois pas que deuxième ex-aequo faisait parti de leurs plans. Franchement, je vais me dépêcher de me mettre à niveau et là nous atteindrons, ensemble, les objectifs fixés.

wouaw, tu es au top de la motivation. Ton discours m’a presque arraché une larme. Tu devrais faire le discours d’avant-match dans les vestiaires : je suis sûr que tu gonflerais à bloc le moral de tes partenaires. Merci Serge pour tes belles paroles pleines de promesses. Je te souhaite de retrouver la santé, de trouver ton tennis avec ton coach et de nous retrouver le printemps prochain pour suivre tes exploits futurs.

… le stock de bière diminue aussi dangereusement. Heureusement, je suis bientôt au bout de ces interviews interminables …

Gérald, tu viens de faire une saison un chouïa meilleure que la dernière. Que penses-tu de ton bilan personnel ?

je dois avouer que le dossier que je rends cette année est presque plaisant. Trois victoires pour une seule défaite, je ne dois pas rougir. Bien sûr, j’espérais encore mieux, mais je garde ainsi un challenge pour la saison prochaine.

que penses-tu du résultat d’ensemble de l’équipe ?

il y a deux rigolos qui fanfaronnent un peu moins, c’est déjà ça de pris. Ensuite, on rate la première marche de peu, en parti d’ailleurs à cause des deux guignols précités. C’est peut-être une erreur de casting, le recrutement a été léger dernièrement. Les gloires locales vieillissent, les résultats s’en ressentent. Ce n’est pas à cause des charges sociales que les entreprises licencient les vieux, mais bien à cause de leur improductivité qui augmentent avec l’âge, il faut que cela soit dit. Pourquoi en serait-il autrement dans le sport. Mais bon, c’est une année de perdue dans notre conquête de grands titres, mais nous allons remettre l’ouvrage sur le métier. Chacun a acquis un peu d’expérience en plus. Si certains sont capables d’autocritique, nous ne pouvons que progresser. Un peu de concentration durant les compétitions, un peu de sérieux à l’entraînement nous feront franchir le cap nécessaire à nos ambitions.

tu critiques le manque de sérieux et de présence aux entraînements, tu n’est pourtant pas le plus assidu. N’est-ce pas un peu léger de ta part ?

vois-tu, mon cher Georges, en ce moment, je me concentre sur le mental et la tactique. Cela ne signifie pas que je laisse de côté la technique. Ce n’est pas parce que l’on ne me voit pas sur les terrains que je ne travaille pas. Je participe actuellement à un stage très pointu qui devrait me donner des avantages fantastiques sur mes adversaires futures.

ah bon ? Tu peux nous en dire plus ?

bien entendu. C’est un système révolutionnaire et à l’avant-garde qui consiste à visualiser les mouvements et les situations de jeu. Je travaille avec un coach ukrainien ou parfois son remplaçant nigérian. Ils m’amènent dans un état catalytique et me mettent en situation. Je sors de ces séances complètement boosté et je me sens de plus en plus fort. Bientôt, je serai à nouveau sur les courts et, ils me l’ont promis, invincible. Je ne te le cache pas, cela me coûte les deux bras, mais cela va en valoir la peine.

houlà, tu es sûr de ton coups, vraiment ?

oui, oui, je ressens déjà les effets bénéfiques de cette technique.

toi qui n’est pas un féru du travail physique, tu n’as pas peur que cette façon de se préparer ne suffise pas à te former une condition physique ?

aucun souci pour moi. Ma nouvelle technique et mon mental en béton, feront que le physique passera au second plan. Je n’aurai plus besoin de courir, ce seront mes adversaires qui feront les efforts pendant que je les regarderai s’épuiser sous la force et la vitesse de mes coups. Aucun doute, c’est mes coaches qui me le disent à chaque séance, je vais faire des dégâts la saison prochaine.

Eh bien, voilà un optimisme qui fait plaisir à entendre. La saison prochaine, la concurrence sera rude, chacun des membres de l’équipe ayant fait des progrès notoire. Es-tu certain de pouvoir jouer en ne prenant pas part assez régulièrement aux entraînements ?

Il faut être très clair, Georges : le capitaine n’a pas fait tout juste cette année par rapport au choix des joueurs sur le terrain, on est d’accord la dessus. Comme tout le monde, il aura appris de ses erreurs. Je vais me présenter à un ou deux entraînements juste avant les compétitions et, lorsqu’il m’aura vu jouer, il sera obligé d’admettre qu’il devra me mettre sur le terrain. C’est pas plus compliqué que cela. En tout cas, moi en tant qu’excellent meneur d’homme et formateur d’équipe, c’est comme cela que je fonctionnerais. Comme c’est un mec intelligent, il n’y a pas de raison qu’il fasse autrement.

Vu comme cela, c’est évident que tu as toute tes chances. En tout cas je te souhaite bon courage pour le persuader et beaucoup de succès et pour ta nouvelle formation et pour tes matchs futurs.

… hop, hop, hop, une bonne golée et j’attaque le final …

Et voici le dernier des mousquetaires, Jean-Pierrre. Alors JiPi, cette année tu as été de tous les combats, tu es le membre de l’équipe qui a le plus joué et celui qui compte le plus de victoire. Aurais-tu un commentaire sur tes belles performances ?

Le travail de fond a payé, tout simplement, Georges. Pendant que d’autres refusent de faire les efforts nécessaires à la victoire, moi je travaille assidument et consciencieusement, tissant ma toile pour enfermer mes adversaires dans mes pièges et les amener dans la spirale de la défaite.

En effet, on peut dire que tu as trouvé le bon équilibre pour tes entraînements ?

Mes entraînements ? Non, cela n’a rien à voir. Si tu étais plus présent au bord des terrains, tu aurais remarqué que je n’étais pas souvent là. J’ai autre chose à faire qu’à perdre mon temps en faisant des exercices cent fois rabâchés.

Mais alors que signifie ton travail assidu et consciencieux ?

J’ai d’abord fait un gros travail de mise en page pour les photos. Ensuite, j’ai rédigé les textes explicatifs : c’est important, et en tant que journaliste tu dois comprendre cela, de trouver les bons mots, ceux qui interpellent le lecteur. Ensuite, j’ai dû faire un gros travail de recherche pour trouver les adresses de mes futurs adversaires afin de pouvoir leur faire parvenir mon dossier. Et en dernier lieu, il a fallu convaincre Julien qu’il me fasse jouer contre ceux que j’avais choisis, sinon tous mes efforts auraient été vains et réduits à néant.

J’ai du mal à comprendre : de quel dossier tu me parles ?

Mais de la plaquette de l’entreprise de travaux généraux et surtout en grande profondeur de mes cousins siciliens. À ma demande, ils m’ont fait parvenir des photos de leurs réalisations les plus représentatives, surtout celles qui concernent leurs concurrents directs ou les empêcheurs de tourner en rond divers qu’ils croisent ici et là. Vois-tu Georges, après ma saison 2016 catastrophique, j’ai compris qu’il me serait difficile, surtout en raison de mon caractère impétueux, de gagner des matchs à la régulière. Comme je ne suis pas le gars qui trouve que perdre est acceptable, il a fallu que j’adapte ma tactique. D’où l’idée de la plaquette. Mes adversaires qui ont eu un visuel assez précis du genre de travaux dont sont capables les cousins, ont très vite compris où était leur intérêt.

Ah ces fameux cousins siciliens, décidément ils te sont précieux. Mais c’est quand même un peu limite comme procédé, non ?

À chacun sa solution pour mener son œuvre à bon port. Regardes les résultats de l’équipe et dis-moi qui à raison.

Vu comme cela, c’est en effet probant. Tes scores parlent pour toi. Mais pourquoi ne pas en faire profiter toute l’équipe ? Si tous vos adversaires avaient reçu ce dossier, vous auriez gagné tout vos matchs, non ?

C’est en effet une option que j’ai discuté avec les siciliens. Il y avait plusieurs problèmes logistiques qui se seraient posés. Premièrement, en partant de l’hypothèse que tous nos adversaires aient cru à du bluff et n’auraient pas réagi positivement aux menaces suggestions que nous leur faisions, mes cousins n’auraient pas eu assez de main-d’œuvre disponible pour effectuer les travaux. Comme ils veulent rester discrets, ils ne peuvent pas non plus s’agrandir démesurément. Et engager des intérimaires pour ce genre de travaux est toujours délicat : personne ne peut garantir la qualité du résultat. Deuxièmement, la recherche des adresses de nos adversaires prend beaucoup de temps. Comme nous ne connaissons les équipes que nous allons rencontrer que quelques semaines avant la compétition, il me serait difficile de récolter les données de tout le monde. Enfin, troisièmement, la disparition potentielle et simultanée d’équipes entières pourrait mettre le doute à un fonctionnaire un peu trop zélé de Swisstennis. Il faut savoir resté discret dans ce genre de campagne.

D’accord, je vois que ton esprit d’analyse a fonctionné en plein. Même s’ils n’ont pas pu bénéficier de ton soutien, disons, logistique, certains de tes collègues ont eu des résultats très probants. Je dirais même que l’équipe s’en est relativement bien sortie, en moyenne. Qu’en penses-tu ?

Le mot qui ressort assez bien dans ta question, c’est en moyenne. Moi je dis qu’il est fini le temps d’avoir des résultats dans la moyenne. Il est fini le temps durant lequel il est normal de finir presque premier. Je pense que si chacun était enfin conscient de ses responsabilités au sein de l’équipe et que chacun était enfin capable de mettre au point sa propre stratégie personnelle et efficace pour la gagne, comme je l’ai fait moi-même, le tc Lucens serait une équipe gagnante, mais surtout crainte et redoutée. C’est très joli d’avoir un joli chiffre derrière le R, encore faut-il savoir le faire fructifier. Il est inutile de venir rouler des mécaniques sur les courts d’ici et de Navarre avec un joli matricule, si c’est pour se faire laminer par le premier péquin venu.

Ah voilà des attaques ciblées et personnelles, ou je ne m’y connais pas. Veux-tu développer un peu ?

Loin de moi de vouloir polémiquer sur ces classements, au demeurant tout à fait aléatoires et injustes. Je dis simplement que ceux qui ont eu la chance, ou les moyens financiers, pour obtenir un meilleur classement que les autres, auraient au moins dû avoir la décence d’amener leurs points pour le bénéfice de l’équipe. Je ne vise personne en particulier, mais les deux principaux intéressés se reconnaîtront sans aucun doute. En espérant qu’ils aient appris quelques choses pour la saison prochaine. Je pense qu’ils doivent quand même se rendre compte qu’à cause d’eux, nous allons devoir, une année de plus, nous coltiner cette ligue où il est plus important de fêter le 6ème set que de se battre pour gagner. Mes ambitions, et par là celles de mes cousins, sont beaucoup plus grandes que cela. Nous voulons nous battre au sommet de la pyramide afin de toucher des marchés plus importants.

Eh bien, voilà, comme d’habitude le bilan de la saison, permet à certains de régler quelques comptes. Je constate, mon cher JiPi, que tu ne déroges pas à cette bonne tradition. J’adôôôre, cela va faire de l’audience et mettre certainement beaucoup d’ambiance ces prochaines semaines dans les vestiaires. Merci donc, Jean-Pierre, pour ces belles paroles et un conseil : contrôles bien tes freins avant de rouler ces prochaines semaines, tu ne t’es certainement pas fait que des copains aujourd’hui.

Cher ami lecteur, la saison 2017 est cette fois définitivement bouclée. Le tc Lucens n’a objectivement pas été loin de créer la surprise, il s’en est fallu de peu. Tu l’auras constaté en lisant cette magnifique interview : chacun des membres ne doute pas de ses qualités, de ses chances de succès et de son futur proche glorieux. La saison 2018 promet donc de grands exploits et nous serions tous déçus si l’équipe ne faisait pas encore mieux que cette année. Je te laisse méditer sur les chances réelles qu’auront chacun d’eux d’offrir au club de Lucens de nouvelles lignes dans son livre d’or, livre encore à créer d’ailleurs. Je te donne donc rendez-vous au printemps prochain et vive le sport.

… voilà, ça c’est fait. Je vais aller me trouver une gargote bien sympathique, il commence à faire sérieusement soif ici …

Georges Boissabierre pour 1664 Farniente Corporation, juillet 2017, Lucens

 

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