cher ami du beau jeu, bonjour,
samedi en demi-teinte pour nos joueurs lucensois. Comme tu le sais assurément, ils rencontraient Valeyres-sous-Montagny, sur leurs terres, présentement premier de groupe et en pleine bourre.
… mademoiselle, j’ai des mots très durs à écrire à l’instant, il faudrait que vous me mettiez d’urgence un alcool fort, voire très fort, pour me donner du courage. Non, je pensais plutôt à un double 51 arrosé de pomme à 45 degré et de deux glaçons, cela devrait faire l’affaire. Oui, je suis sûr. J’appelle cela un pomme 51, ça revigorerait même un mort …
comme je te l’ai fait remarquer dans mon excellent propos d’avant match, à lire sur cet excellent site bien sûr, Lucens a eu l’outrecuidance de battre Valeyres en 2016 et en 2017. La loi des séries est ainsi faite, qu’il faut qu’elles s’interrompent toujours un jour ou l’autre. Celle-ci n’aura duré que deux ans, pour s’achever, tu l’auras certainement compris, ce samedi fatidique.
à sa décharge et pour ne pas trop l’accabler, c’est dans un véritable guet-apens qu’est tombée l’équipe de Lucens. Regardons les faits ensemble, afin de mieux appréhender la fourberie de l’hôte du jour. Malgré un temps quasiment magnifique, Valeyres a forcé son adversaire à jouer dans ses halles sur ses horribles et détestables courts recouverts de moquette bleue. Une surface que plus personne ne pratique à part eux, bien entendu. Ensuite, au vu de la chaleur ambiante, il aurait été de bon ton d’aérer quelques heures l’endroit afin d’éviter une surchauffe de mauvais aloi. Et bien, que nenni, toutes les fenêtres et autres portes ont été soigneusement fermées durant les jours précédant la rencontre afin d’assurer une fournaise totale. En plus, par rapport aux années précédentes, Valeyres s’est permis d’intégrer un nouveau numéro un, fraîchement arrivé au club et de niveau inter-régional, au minimum. Je soupçonne même que ce joueur ait été acheté à grands frais pour offrir la possibilité au club de jouer un promotion cette année. On se souvient que déjà l’année passée, ils avaient lancé dans l’arène un renfort brésilien, d’ailleurs toujours présent cette année. Et pour terminer, last but not least, ils ont, comme par hasard, invité ce jour-là des équipes de dames et leurs supportrices afin de bien déconcentrer nos joueurs, sensibles parmi les sensibles. Pour en avoir été témoin, je peux vous dire que le très mauvais résultat de l’un des membres de notre équipe préférée n’est certainement pas étranger au fait qu’il ait été abordé par l’une de ces spectatrices juste avant son match. Bien entendu, il a refusé ses avances, mais son trouble a été visible tout au long de sa partie.
tu l’auras donc compris, cher ami du beau jeu, les dés étaient bien pipés avant que les joueurs ne foulent cette moquette maudite. Et même s’ils n’ont pas l’habitude de se plaindre, les Lucensois seraient aujourd’hui en droit de le faire sans que personne ne trouve rien à redire.
… mademoiselle, remettez-moi exactement la même chose, je n’ai pas terminé de souffrir aujourd’hui. Je pense que les joueurs vont venir à moi avec un moral au plus bas et je dois boire pour ne pas éponger leurs sentiments négatifs …
comme j’en ai pris l’habitude aujourd’hui, c’est par les vainqueurs que je vais commencer cette série d’interviews. Et c’est avec l’invincible Sébastien que je me lance en premier.
s’il y a un membre de l’équipe qui peut avoir le sourire, malgré le résultat d’ensemble négatif, c’est bien toi Seb. 5 matchs en 3 rencontres, et autant de victoire, tu ne sais plus perdre ma parole !
eh bien mon cher Georges, j’aimerais tout d’abord dire que tu ne devrais pas parler de résultat d’ensemble négatif. Perdre 4 à 3 contre le premier de groupe, qui plus est dans des conditions qui nous étaient nettement désavantageuses, je pense que nous pouvons tout de même nous regarder dans le miroir, sans baisser le regard.
bien sûr, le résultat n’est pas misérable, mais il vous laisse tout de même à 6 points de votre adversaire du jour, ceci prétéritant vos chances de promotion.
effectivement, la première place me semble inaccessible en l’état. Mais il reste 14 points en jeu, et un faux pas de nos adversaires n’est pas complétement impossible. A nous de nous distinguer dans les deux prochaines rencontres en faisant le maximum de points possibles et nous ferons les comptes à la fin du tournoi. Rien n’est encore définitivement inscrit dans la pierre, la balle de match n’a pas encore été jouée.
et sur le fait que tu ne sache plus perdre, un commentaire ?
j’adorerais abonder dans ton sens, mon cher Georges, mais je ne veux pas encore m’emballer. Mon entraînement intensif et individuel porte ses fruits, c’est sûr. Je ne me suis pas détruit le popotin sur une selle trop dure pour être honnête, ni ne me suis coltiner tous ces kilomètres en solitaire pour rien finalement. Pourtant je dois faire attention à ne pas m’enflammer. Mon classement, très faible, me fait aussi rencontrer des joueurs plus faibles que ceux que rencontrent mes partenaires d’équipe. J’ai donc un avantage statistique sérieux sur eux, c’est évident.
tu as quand même gagné un R8 lors de ton tout premier match. C’est beau non ?
ça c’est absolument le top pour ma tête. J’ai gravé cette victoire dans mes gènes et m’en sert pour bousculer mes adversaires aujourd’hui et pour puiser au fond de moi, lorsque le jeu se ressert.
ton adversaire du jour m’a semblé en grande difficulté physique pendant le match, est-ce que tu en as profité ? N’as-tu pas été déconcentré par ces nombreux atermoiements ?
plus jeune, j’ai eu parfois pitié de mes adversaires dans de telles conditions et j’ai perdu mes matchs contre eux. Aujourd’hui, je pars du principe que si tu te présentes sur le court, tu es apte à jouer. Si pendant le match, tu te blesses ou tu as un souci, tu abandonnes. J’ai eu peur pour mon adversaire ce samedi, je le voyais faire une attaque sur le court. Mais je suis resté concentré, j’ai laissé mes sentiments de côtés et j’ai fait le travail comme un tueur, froid et déterminé. Au fond de moi, j’étais Léon, nettoyeur de métier…
cela s’est vu effectivement, notamment par le fait que tu as fait quelques amortis qu’il n’a pas même essayé d’aller chercher. C’était tout à fait perfide de ta part.
je ne devrais pas le dire, afin de ne pas donner des clés à mes futurs adversaires, mais je ne sais pas faire les amortis. Je n’utilise donc jamais ou quasiment jamais cette arme. C’est là que je me dis que je deviens un peu meilleurs chaque sortie : voyant la peine que mon adversaire avait à bouger, j’ai placé un ou deux amortis afin de bien le dégoûter et finalement de ne lui laisser aucun espoir sur l’issue du match. Plus tôt dans ma jeune carrière, je n’aurais même pas pensé à cette tactique. Oui je pense devenir perfide avec le temps.
tu gagnes en deux set secs et tu enchaînes avec le double, c’était une surprise ?
durant les derniers jeux de mon simple, j’ai vu Laurent et deux joueurs de Valeyres, attendre sur le court d’à côté. D’abord j’ai cru qu’ils voulaient passer derrière moi pour rejoindre le court suivant. Mais quand j’ai vu qu’ils ne passaient pas, je me suis dit qu’ils attendaient Paul pour traverser tous ensembles. Ensuite, le match terminé, je les vois venir vers moi pour prendre possession du court. Je discute avec Laurent tout en rangeant mon matériel, tout heureux d’aller à la douche. Et c’est là que Laurent me retient et me dit que je joue le double. Je ne m’y attendais vraiment pas et je n’étais pas vraiment sûr de pouvoir enchaîner, même si je n’avais pas dépensé beaucoup d’énergie sur le simple.
finalement vous gagnez en deux sets, avec un peu de friction avec vos adversaires.
oui, le match était tendu. De part et d’autre, chacun voulait gagner, cela s’est assez bien ressenti. Il y a dès le début eu une ou deux balles litigieuses et cela a donné le ton pour le reste de la partie. Je suis parti un peu en vrille, quand l’un de nos adversaires a sorti un point de règlement pour nous déstabiliser. On ne me l’avait jamais faite, celle-là. En plus, son comparse a servi tout le match les deux pieds dans le court avant de toucher la balle et nous n’avions rien dit. Certains, lorsqu’ils sentent le match leur échapper, usent d’astuces et de filouteries pour essayer d’empocher des points.
cela a failli marcher, puisque vous perdez trois jeux d’affilé et très rapidement.
c’est le malheur au tennis : si tu perds la tête, tu perds le match.
vous finissez par l’emporter, c’est là l’essentiel, non ?
oui c’est effectivement l’essentiel. Mais j’ai eu peur tout du long, Laurent a relativement mal joué, loin de son niveau habituel. Je ne sais pas si c’était du à son petit claquage, on sait que les anciens footeux sont souvent des chochottes, ou si cela est du à la courte nuit qu’il a eu avant la rencontre, on sait son penchant pour la fête et pour toutes les substances qui vont avec. Toujours est-il qu’il nous a raté des points tout fait et que cela aurait pu nous coûter le match.
définitivement tu as aussi raté des balles faciles qui auraient pu aussi faire pencher le match en votre défaveur, je me trompe ?
pas du tout, mon cher Georges, tu as parfaitement raison. Mais chez moi, c’est normal. J’ai payé ma raquette entière, manche et cadre compris. Il n’y a donc pas de raison que, de temps à autre, je n’utilise pas le cadre pour essayer de donner de nouveau effet à la balle. Cela ne réussit pas tout le temps, mais cela surprend toujours les adversaires. Chez moi c’est donc calculé, chez Laurent c’est de la maladresse ou, pire, de la nonchalance. C’est moins pardonnable quoi.
je pense qu’il va être heureux de lire cela. En tout cas, je te remercie pour ces quelques paroles et vais te laisser aller à la douche, un simple, un double, deux victoires, je crois que tu l’a méritée. Je me réjouis de venir te voir la semaine prochaine, espérons que ta série en cours ne s’arrête pas abruptement.
… mademoiselle, votre terrasse est vraiment accueillante et j’y planterais volontiers ma tente. Seriez-vous tentée pour m’y accompagner ? Non ma proposition n’est pas malhonnête, je suis prêt à régulariser la situation par la suite, si entente et affinité il devait y avoir. Non ? vraiment ? Bon ben tant pis, mettez-moi donc une grande bière blanche, que j’y noie mon chagrin …
Laurent, justement nous parlions de toi à l’instant avec Sébastien.
je sais, j’ai l’habitude d’être le centre d’intérêt de mon entourage. Ma beauté, mon charisme, mon talent et mes exploits sont des thèmes que vous, mes sujets proches, aimez aborder.
oui, bon, gaffe tout de même à pas te frotter la tête contre les bâches… Un premier set très compliqué, à nouveau, puis tu lâches les chiens et tu gagnes facilement ton simple. Serais-tu en mode diesel cette saison ?
mon cher Georges, j’ai effectivement un peu de souci à l’allumage ces derniers temps. Il faut dire aussi que le match a commencé tôt (14h30, note de la rédaction), et que ma nuit fut courte. J’ai donc mis un tout petit peu de temps à me chauffer. Mon adversaire en a profité pour accumuler quelques points faciles. Mais tu as vu, lorsque je me suis enfin réveillé, il n’a plus touché terre.
en effet, ton deuxième set a été un exemple en termes d’efficacité. Et puis, dans le troisième, tu coinces un petit peu.
non, je ne coince pas, je donne une chance à mon valeureux adversaire de jouer un peu plus longtemps. Il semblait avoir beaucoup de plaisir à admirer mon jeu et je ne voulais pas lui ça enlever trop vite.
ah d’accord, rien à voir avec un manque de concentration ou d’implication, non ?
rien en effet, tu vois juste comme toujours, très cher Georges. En plus d’offrir le spectacle de mon jeu à mon adversaire et aux nombreux spectateurs, on parle de plusieurs dizaines unités tout de même, j’en ai profité pour parfaire mon style et mon physique. Je récolterai certainement les fruits de ce petit galop d’entraînement dans les prochaines rencontres. Peut-être alors serai-je capable de gagner en deux sets et ainsi de profiter du 6ème sets plus rapidement.
parlons justement de ce goût pour la fête. Quelqu’un m’a laissé entendre que tu allais à nouveau avoir une fête de famille la semaine prochaine et que tu pourrais avoir un peu la tête dans le c….., le sac ce week-end-là. Ragots, mensonges, vérités ?
je vois que Seb n’a pas pu tenir sa langue. Comme tu le sais Georges, j’ai le sens de la fête, une grande famille et beaucoup d’amis. Il est normal que je donne de mon corps et de mon temps à tous ces admiratrices et parfois teurs qui me le demandent. Or, l’année est trop courte pour consacrer 4 à 5 jours par année qu’au tennis . Je ne peux pas diminuer ma présence aux fêtes que j’organise ou que l’on organise pour moi, ce serait gâcher. Et puis, il faut bien le dire, mon rythme de vie ne prétérite en rien mes résultats sportifs. De plus, et pour terminer le sujet, tu as du faire tes petits calculs, l’année prochaine, sauf intervention des cousins siciliens de Jean-Pierre, nous ne nous bagarrerons pas en deuxième ligue. Donc, tant que nous serons en troisième, je pourrai continuer à mener ma vie dissolue sans risquer grand-chose.
tu as tout de même du jouer sous médicaments le double, suite à un petit claquage. L’abus d’alcool, de substances plus ou moins euphorisantes, ne représente-t-il pas un risque pour tes muscles et autres tendons, à la longue ?
je suis né avec des muscles et des tendons souples. Mon corps, que dis-je ma machine, est huilée et s’auto-entretient parfaitement, même avec les années qui passent. Le petit accros d’aujourd’hui est plus du à cette moquette bleue ridicule et à la chaleur insupportable qu’il faisait dans la halle. J’aurais du boire peut-être un peu plus mais, tout comme toi, je rechigne toujours à boire de l’eau quand elle n’est pas troublée. Mais que mes supportrices n’aient aucune inquiétude, dès la semaine prochaine, je serai de nouveau d’attaque et mon intégrité physique sera à nouveau complète.
quelques mots sur le double que tu gagnes avec Sébastien. Il m’a laissé entendre que tu avais laissé passer quelques balles faciles, que tu aurais du conclure plus sèchement certains points.
il me souffle ce gaillard. J’ai fait quasi tous les points à moi tout seul. C’est simple on aurait dit qu’on avait un tactique précise : je fais les points, il fait les fautes. C’est peu dire que lui en tout cas à pleinement tenu son rôle dans cette tactique. Franchement, il a tellement joué avec le cadre et le manche de sa raquette que je me demande pourquoi il se paie du cordage. Il a même réussi à m’envoyer une balle dans le dos. Combien cela fait de large un court ? Environ 11 mètres, non ? Eh bien moi je devais occuper les deux derniers mètres à droite et il réussit à rater les 9 mètres restants en me la mettant dans le dos. Et puis je tiens à lui rappeler que lorsque l’on smash, la balle est censée rebondir une fois par terre avant de s’envoler dans le ciel. Je ne suis pas sûr que l’on ait retrouvé sa balle, partie entre l’étoile du Berger et la constellation de Cassiopée, sans passer par la case sol…
à part cela, il est invaincu cette saison, tu as perdu un match, est-ce qu’au sein de l’équipe, il y a compétition pour savoir qui gagnera le plus, ou pour certains, perdra le moins de matchs ?
Georges, nous avons passé l’âge pour ces enfantillages. Seul le bien de l’équipe importe à chacun de ses membres. Chaque défaite fait mal à tous, comme chaque victoire enchante chacun. Ceci dit, les séries c’est fait pour s’arrêter et celle de Seb se rapproche dangereusement de la fin. Le problème avec les interclubs, c’est qu’ils ne durent qu’un mois par année. Imagine-toi qu’il reste invaincu cette saison, nous devrions le supporter 11 mois durant, lui et son sourire béat accroché à son visage et moi et ma fiche de résultats entachée du signe de l’infamie, d’une défaite. Je ne sais pas si je pourrais supporter cela.
mmmh, on sent tout de même l’âme du compétiteur affleurer ton discours. Cher Laurent, je vais te laisser rejoindre tes sujets amis collègues pour ce fameux sixième set que tu affectionnes tant. Je te souhaite de bien te reposer la semaine prochaine, afin d’être en forme pour ta fameuse fête de famille et accessoirement pour un ou deux matchs de tennis contre Versoix.
… vous me mettriez un pot de Rosé, mademoiselle s’il-vous-plaît. A force de parler de fêtes et d’apéros, j’aurais presqu’une petite soif …
mon métier de journaliste de terrain est un formidable ascenseur émotionnel : vous passez en quelques minutes de l’ambiance fête de coupe à l’ambiance fond de cours sombre, en rencontrant et les vainqueurs et les perdants du jour. Pas facile tous les jours, cher ami du beau jeu, mais passionnant toujours, tu peux me croire. En parlant de perdant, voici Paul rasant les murs, la mine basse et les bras tombant jusqu’au sol. Paul, cher ami, trois matchs et trois défaites sur trois rencontre, un bilan plus que mitigé et totalement inattendu, je suppose ?
cher Georges, les week-ends se suivent et se répètent un petit peu trop, effectivement. Mais je serais un peu prétentieux de dire qu’un tel bilan était totalement inattendu. Je dois bien avouer que j’ai peut-être un tout petit peu sous-estimé l’impact qu’aurait mon manque de présence aux entraînements hivernaux sur mes résultats globaux dans cette compétition. Plus jeune, mon talent naturel suffisait à faire la différence. Je jouais par-ci, par-là quelques heures au début du printemps et déjà j’étais prêt à pulvériser mes adversaires en matchs officiels. Force est de constater qu’aujourd’hui, avec l’âge et tous ses méfaits réunis, la compétition devient plus difficile.
tu prends un méchant 6 à 0 dans le premier set, est-ce que cela a eu un impact sur ton rendement au deuxième set ?
en fait, j’étais bien vénère après ce score. Dans le privé, je suis chef et je n’ai absolument pas l’habitude que quelqu’un se permette un quelconque geste d’humiliation envers moi. Je suis donc rentré sur le court pour le deuxième set comme un taureau dans l’arène. J’avais envie et j’étais persuadé de pouvoir faire mieux. Et j’ai fait mieux, puisque je lui ai pris deux jeux.
c’est en effet un léger mieux, mais totalement insuffisant pour apercevoir la lumière du fond de ton trou, je suppose tout de même ?
c’est Mofadell Adberrahim qui a dit, je le cite : »la défaite n’est qu’une leçon pour nous enseigner comment réussir », fin de citation. Je vais garder cette sage maxime et la faire mienne pour le futur. Le cruel score du premier set m’aura permis d’apprendre et d’améliorer mon score pour le deuxième set. Que l’on me donne encore l’occasion de m’exprimer et jeu après jeu j’arriverai un jour à gagner un set et, qui sait, plus tard encore un match.
ton optimisme est de bon aloi et fait plaisir à entendre. Pourtant la méthode Coué, Emile de son prénom, a ses propres limites. Il est bon de se motiver et d’arriver à se persuader de sa force, mais un bon entraînement régulier ne serait-il pas plus adéquat ?
j’en ai vraiment pris conscience aujourd’hui et je vais tout faire pour me donner une petite chance de faire de temps à autre quelques minutes de physique et un tantinet de tennis. Mais il ne faut pas rêver, je ne suis pas comme certains dans cette équipe qui finissent à 16 heures 30 tous les jours et qui habitent à quelques petites minutes de leur lieu de travail. Moi je traverse chaque matin et chaque soir la moitié de la grande Suisse pour gagner ma croute. Je subis les retard incessant des trains de la régie fédérale, arrivant le matin en retard au travail, et devant donc rattraper ce temps perdu le soir. Je ne suis pas fonctionnaire qui arrive en retard en croisant ceux qui partent en avance, moi.
je comprends et je compatis, ayant moi aussi de graves soucis avec les horaires dans la vie : je trouve toujours infernal, ces débits de boisson qui ouvrent trop tard le matin et qui ferment trop tôt la nuit, mais ceci est un autre sujet. Paul, quelques mots sur ton éviction d’un double que tu tenais absolument à jouer.
comme pour la rencontre précédente, j’ai certainement payé chèrement le fait d’avoir perdu mon simple. La confiance que pouvait me faire le capitaine est rompue et il préfère se rabattre sur des seconds couteaux comme Sébastien, qui je le rappelle n’est que R9 cette année.
tout de même, il est en pleine bourre, invaincu cette année faut-il le rappeler, semble avoir retrouvé un peu de physique et venais de gagner son simple. Un joueur en pleine confiance comparé à toi qui en manque cruellement, Julien aurait été tout de même kamikaze de ne pas l’utiliser aujourd’hui.
Seb, il a toujours été le chouchou du capitaine, c’est bien connu. Il le favorise tout le temps. Alors bien sûr ses résultats sont bons, bien sûr il a tout gagné cette année, mais tout de même : si on ne me donne pas ma chance, je ne pourrai pas prouver ma vraie valeur et ne pourrai que difficilement progresser. Un capitaine ça se doit de préparer l’avenir. Cette année, c’est foutu pour la montée, il faut donc utiliser les matchs restants pour donner de l’expérience à chacun et assurer un année 2019 plus belle et plus productive que celle-ci.
beaucoup de frustration donc ?
oui, je le dis sans ambages : je n’ai pas joué un double cette année et je revendique ce droit au plus vite.
un dernier mot sur tes résultats : l’année passée ton ratio a été de 50% de matchs gagnés, est-ce que le fait d’avoir cette année 100% de défaites t’empêche d’aller de l’avant et donc de gagner un match en ce moment ?
je suis un roc dans ma tête mon cher Georges, et ce depuis tout petit. Rien ne m’a jamais été donné, tout ce que j’ai acquis, je l’ai fait en payant de ma personne et à la sueur de mon front. Jamais dans l’adversité, je ne me suis laissé aller au découragement, ce n’est donc pas aujourd’hui que cela commencera. Je vais aller m’enivrer à la buvette dès maintenant, dans un sixième set d’anthologie, et demain au réveil, j’aurai tout oublié pour repartir à zéro. Dimanche prochain, si Julien me donne ma chance, je montrerai au monde du tennis que le Paul nouveau est arrivé et que, comme le Beaujolais du même nom, il fera mal partout par où il passera.
ouah, des paroles marquantes pour un combattant motivé, j’adore. Je bâcle termine mes interviews et vient te rejoindre à la buvette pour déguster avec toi et sans modération ce Beaujolais qui te tient tant à cœur. A très, très vite donc Paul et merci pour cet entretien qui, je peux le comprendre, a du être difficile.
… bonjour Patron, tu viens pour faire la tienne ? Non, pour savoir si je veux manger. Non, j’ai pas très faim, mais si tu as un pot de blanc au frais, n’hésite pas à me le livrer, j’en ferai volontiers mon affaire …
Jean-Pierre, malheureux homme, assied-toi près de moi et confie-moi tes déboires du jours.
malheur, malheur, cher Georges, voyez-vous comme la vie est dure avec moi. J’ai cru tenir mon os aujourd’hui, j’aurais du serrer les crocs plus fort, mais par naïveté ou par un trop plein de confiance, j’ai fini pas être débordé par un adversaire, sympathique au demeurant, mais sans réel talent tennistique.
nombreux sont les observateurs qui ont vu de grandes similitudes dans vos jeux respectifs et qui avaient dès le début parié sur un match long et compliqué.
non, sérieusement, rien à voir entre lui et moi. Il a joué à pousse-balle tout le match, ne prenant aucun risque, zéro de chez zéro. Un exemple typique : j’attaque par un coup droit profond que je suis immédiatement au filet, lui, au lieu de tirer un passing me fait un lob, astucieux peut-être, mais sans risque. Cette configuration de jeu, il me l’a servie au moins cent fois durant le match.
c’est bien ce qui a été observé : c’est exactement ton style de jeu, efficace mais tellement frustrant pour l’adversaire. Dans le premier set, tu as pourtant montré une volonté d’accélérer et cela a porté ces fruits. Mais par la suite, tu as donné l’impression de te crisper et tu luis as donné l’espoir dont il avait besoin. Il y a encore eu match, mais la confiance avait changé de côté.
c’est vrai que je me suis épuisé, physiquement et surtout psychologiquement, à force de voir tout revenir, encore et encore, pour paraphraser Francis. Ce mec à trois ou quatre poumons. Vous n’êtes d’ailleurs pas sans savoir que c’est un ancien footballeur professionnel et, qu’à ce titre, il a suivi des entraînements auxquels le commun des mortels n’a pas accès. Je lui ai aussi demandé, lors d’un changement de côté, le genre de produits qu’il prenait pour améliorer ses performances et, sans me dire lesquels, il a admis spontanément y avoir recours.
c’était un gag, Jean-Pierre, une provocation, il n’a pas pris des produits pour te battre aujourd’hui, mais a utilisé ses armes pour te déstabiliser simplement.
j’aimerais en être aussi sûr que vous me paraissez en être convaincu, cher Georges. L’homme aux trois poumons dans le tennis, c’est moi en général. Mon déplacement de chat, ma vista dans les lobs, mes accélérations fulgurantes, tout cela font que je suis redoutable et redouté sur tous les courts que je fréquente. Je ne crois pas que l’on puisse rivaliser sur ce terrain avec moi sans avoir recours à de quelconques aides pharmaceutiques.
laissons ce sujet polémique de côté, si tu le veux bien, il est difficile de tirer des conclusions définitives sans preuve. Raconte-moi plutôt ce qui se passe dans la tête d’un joueur qui tient son match pendant un peu plus d’un set et qui le voit soudain inexorablement lui échapper, cela intéressera sûrement mon cher ami du beau jeu.
je rentre sur le terrain motivé et sûr de mon tennis. Le seul doute qui m’habite à ce moment-là est de savoir si je devrai interrompre la partie pour partir en dépannage sur Lausanne, j’étais de piquet. Je déroule tranquillement mes jeux, m’appliquant à balader mon adversaire de gauche et de droite et même parfois d’avant en arrière. Bref, je suis tout en contrôle à ce moment-là. Pourtant, je dois l’admettre, très vite, un soupçon de doute s’installe lentement dans ma tête. Quoi que je fasse, où que je joue, le gars en face est présent et me renvoie inlassablement la balle. Je varie tant et plus mes coups et toujours la balle me revient. C’est usant pour les jambes et pour la tête.
tu comprends ainsi ce que ressentent tes adversaires, non ?
c’est vrai qu’en général, c’est moi qui applique cette tactique et qui fait courir les autres. Aujourd’hui, c’est moi qui dois faire les efforts et, petit à petit, mon sang froid monte en température et fini par bouillonner. Vous me connaissez bien, Georges, il m’en faut tout de même beaucoup pour disjoncter. Depuis le temps, j’ai appris à mettre le papier alu des chewing-gums Hollywood sur les bons stotzs afin d’éviter la panne de courant. Mais là, ce sont les fils qui ont fini par se toucher et ont provoqué des courts circuits. Sur la fin, je suis resté sans solution et ai fini par me perdre dans les méandres de mon propre esprit. C’était alors terminé, je n’avais plus l’influx suffisant pour m’en sortir.
derrière tu dois enchaîner avec un double, le moral dans les chaussettes sans aucun doute, était-ce vraiment judicieux d’accepter ce défi ?
avec le recul, le pari était osé et risqué, effectivement. Mais tout de même, je pensais pouvoir passer là-dessus et surtout prendre ma revanche sur mon adversaire du simple. Malheureusement, son partenaire était très, mais alors très fort. Même moi et Julien, ensemble, certainement la meilleure équipe de double que Lucens puisse fournir, nous n’avons rien pu faire. Très agressif, très mobile, il ne nous a laissé aucune chance et a pratiquement gagné le match à lui tout seul.
voilà donc une journée très frustrante pour toi aujourd’hui. Seras-tu capable de surmonter rapidement ta déception et te remobiliser pour aller chercher des points contre Versoix ?
voyez-vous, Georges, j’ai une semaine pour nettoyer le disque dur dans ma tête. Dimanche prochain, j’aurai oublié jusqu’au fait que j’ai joué ce samedi. Je me présenterai comme un homme neuf, vierge de toutes pensées négatives et prêt à remettre mon talent et ma science tennistique au service de l’équipe. Les Genevois vont connaître mon vrai visage de guerrier et ils devraient ne pas s’en remettre.
fantastique discours que voilà et je me réjouis de voir ce visage et les résultats qui vont avec. Je te laisse rejoindre tes camarades au bar, il serait dommage de rater le premier verre.
… mademoiselle, ils ne vous ont pas encore vidé la cave, non ? Parce que j’aimerais aussi en profiter un peu, tout de même. Non, je n’ai malheureusement pas encore terminé, mais mettez-moi un double 51 avec deux glaçons, cela me permettra de patienter un peu …
Julien, merci d’avoir accepté, pour une fois, de passer en dernier. Ce n’est pas une habitude à prendre évidemment, cela signifierait que tu serais perdant à chaque fois, ce que je ne te souhaite absolument pas. 6 matchs, 2 victoires en 3 rencontres, le bilan est maigre, non ?
Il faut regarder les choses en face, Georges, l’entraînement hivernale auquel je me suis soumis avant la compétition n’aura pas été suffisant. Les années passent aussi sur moi et je ne peux plus me permettre de laisser et le physique, et la technique de côté sans en payer les conséquences.
c’est le constat que j’ai effectivement fait pour plusieurs membres de l’équipe. Je constate aussi que le niveau des compétitions augmente et que chaque équipe cherche à engager de bons joueurs pour faire la différence. Ton adversaire du jour en est l’exemple type : non-présent à Valeyres ces deux dernières années, il apparaît cette année et est un vrai apport pour le niveau général de son équipe.
c’est certainement le joueur le plus fort que j’aie rencontré depuis trois ans en effet. Je ne lui ai pas trouvé de point faible. Pourtant, lorsque j’ai vu que je ne pouvais pas lui proposer un défi physique, il y répondait trop facilement, lorsque j’ai vu que je ne pouvais pas lui proposer un défi technique, la sienne étant sans faille, j’ai essayé d’user de toute ma science tennistique pour le troubler dans sa marche en avant. Rien à faire, là aussi, il m’a surclassé. Un mur, un roc, une péninsule, il était tout à la fois et moi je me suis perdu dans l’océan.
dur en effet de résister et de garder la foi, tellement la différence était flagrante. Peut-être que sur terre battue, tu aurais trouvé la solution.
bien sûr que leur horrible moquette bleue, si particulière, ne m’a pas aidée. Cette saison, je suis un tout petit peu plus lourd que les saisons précédentes, quelques minuscules grammes, mais cela se ressent un peu sur mes déplacements et ma réactivité. Cette moquette qui accélère les balles, ce n’est évidemment pas un cadeau à me faire dans une telle situation. La terre m’aurait aidée et je pense que j’aurais pu mieux surmonter l’obstacle. Je pense d’ailleurs que, en fin tacticien, le capitaine de Valeyres avait bien préparé son coup. C’est malheureusement de bonne guerre, même si je trouve un petit peu petit de nous avoir joué ce coup là.
serais-tu pour une uniformisation des surfaces de jeux pendant les interclubs ?
il y a énormément de discussion actuellement au niveau des règles du tennis pour le futur. Les matchs doivent être raccourcis afin de garder le public présent. C’est bien d’y réfléchir, mais il faut bien entendu faire attention à ne pas faire n’importe quoi. Il ne me paraît pas possible d’obliger les clubs à avoir une surface plutôt qu’une autre, donc je ne voterais pas pour une uniformisation. Par contre, je voterais sans aucun problème pour l’interdiction de la moquette de Valeyres, ça c’est sûr. Je pense qu’il n’y a qu’eux qui ont une telle installation et je subodore qu’un marchand de tapis influent devait habiter la commune lors du choix, désastreux, de la surface de leurs halles.
à propos de nouveau règlement, je ne t’ai pas entendu sur le no-ad, cette nouvelle façon de compter les points en éliminant la phase égalité et avantage à 40 partout. Un commentaire ?
je déteste le foot, tu dois le savoir Georges. Mais ce que je déteste encore plus à côté du foot, c’est quand un match se gagne aux pénaltys. Tu engages 22 bonhommes pendant 90 minutes sur un champ d’herbe, tu les faits courir et suer 2 fois 15 minutes de plus en cas d’égalité et tu finis par une loterie ridicule : c’est déjà pas sérieux pour le foot, mais alors pour le tennis… Cette règle no-ad, s’apparente pour moi à un vrai pénalty et je ne l’aime pas. En plus, elle crée tout de suite des inimitiés profondes entre les adversaires.
euh, inimitié, cher ami du beau jeu, pour toi qui n’est peut-être pas aussi cultivé que la moyenne, c’est le contraire d’amitié. Qu’entends-tu par là, en quoi crée-t-elle plus de problème que les autres règles ?
lorsque tu arrives à égalité, le prochain point donnera le jeu à son vainqueur, jusque-là c’est dur, mais c’est bon. Le problème est que le receveur doit choisir le côté sur lequel le serveur doit servir. C’est donner à son adversaire le droit de dire, moi je ne t’aime pas, sert sur mon partenaire ou vice-et-versa. Du coup, pendant le sixième set, il en ressort des tensions malsaines et contreproductive concernant l’ambiance générale.
en effet, vu comme cela, c’est vrai que cela ne le fait pas. Quelques mots sur le double que tu perds avec Jean-Pierre ?
franchement, je nous donnais toutes les chances de gagner. Ma science alliée à la vista de JP, nous aurions du être invincibles. Mais il était écrit qu’aujourd’hui le goût de la victoire nous fuirait. Nous avons pourtant vraiment tout fait pour mettre en difficulté nos adversaires, mais cela n’a, pour une fois, pas suffit. Une journée noire pour moi et JP et pour le tennis lucensois qui malheureusement devra sans doute végéter encore une année supplémentaire dans cette maudite troisième ligue.
ce n’est pas encore acté, mais il est vrai qu’il faudrait un petit miracle pour passer l’épaule cette année. Des regrets à ce niveau-là ?
ce serait intéressant de vivre une fois au moins la montée et une saison à un niveau supérieur. Ce serait une expérience enrichissante pour chacun, même si elle pourrait aussi être douloureuse. Mais bon, je pense que certains membres de mon équipe ne sont pas encore prêts techniquement, psychiquement et physiquement pour viser la promotion. La bonne nouvelle, c’est que je sais maintenant sur quelles lignes nous allons devoir travailler ces prochains mois. Je vais établir un programme en 15 points et le communiquerai à chacun, c’est seulement ainsi que chacun progressera et tirera l’équipe vers le haut.
eh bien Julien, une fois ce beau programme écrit, je te propose de venir nous le présenter, à moi et à mon cher ami du beau jeu, cela sera sans doute très instructif. En attendant je te laisse aller noyer ton chagrin avec le reste de l’équipe et te dis à dimanche prochain à Lucens avec un moral tout neuf.
… mademoiselle, vous auriez un téléphone ici ? Oui, je dois passer quelques coups de fil, non, non en national. OK, je serai aussi bref que possible. En plus, comme il commence à faire vraiment soif, je vais raccourcir au maximum, les absents ayant toujours tort, je ne vais pas allonger plus que de nécessaire non plus. Oui, volontiers, mais un double hein, et deux glaçons …
allo, Jean-Luc, alors quoi des soucis physiques t’empêche de profiter de cette saison ?
en effet, Georges, c’est la poisse. J’ai beaucoup donné cet hiver pour me trouver en forme le printemps venu et patatras : le dos qui se bloque. C’est la poisse, je te dis.
c’est clairement pas de chance. Un seul match joué en trois rencontre, qui plus est un double et de plus perdu, voilà un bilan très maigre pour un membre influent de ton équipe.
c’est dommage effectivement. Je suis passé aux Alpettes la semaine passée pour y faire un plein d’énergie. Le dos devrait être rétabli pour dimanche prochain et avec les ondes positives que je vais emmener avec moi, je vais casser la baraque. Les Genevois n’auront pas fait le déplacement pour rien, c’est moi qui te le dis.
voilà un discours conquérant que j’aime entendre. Tu as vu la situation de l’équipe, elle n’est pas extraordinairement flamboyante. Un commentaire là-dessus ?
en même temps, cela ne fera tomber personne de l’armoire que de constater cela. Si j’avais été là, nous aurions aujourd’hui certainement 4 points supplémentaires et notre situation serait tout à fait enviable. Moi j’aime la position du chasseur, dans le dos des autres. Mais là, malheureusement, la cassure est faite et il n’y a que rarement de miracle pour le tennis à Lucens. Nous serons certainement encore en troisième ligue l’année prochaine. A voir les résultats cette année, je ne suis de tout façon plus très convaincu que nous soyons assez forts pour la deuxième ligue.
c’est tout à fait discutable en effet. Que faire pour améliorer vos chances de montées, tu as des idées ?
facile, je vois deux points sur lesquels nous devons travailler : la technique et le physique. Regarde-moi, j’ai fait un immense effort sur mon physique. Je me lève presque deux heures plus tôt que normalement depuis des mois et de mois. Je cours, je fais du vélo d’appartement, des abdos, du cardio, du gainage et regarde-moi : fit et affuté comme jamais. Je suis la preuve qu’avec un minimum de volonté, tout est possible. En plus, j’ai travaillé tout l’hiver intensivement ma technique. A Granges, avec les autres, mais aussi individuellement avec des coaches expérimentés et efficaces. Le résultat est là, je suis au sommet de ma forme et de mon art. Et je vais le prouver dimanche. Les Genevois n’auront pas fait le déplacement pour rien, je te le redis.
j’en ai l’oreille qui chauffe, tellement je te sens enthousiaste. Concernant l’implication de chacun dans l’équipe, un commentaire ?
cette saison, il semble en effet que mes petits camarades ne soient pas très présents pour les rencontres, en tout cas certains. Malheureusement, je ne peux pas trop faire de bruit sur ce sujet, je ne suis pas le meilleur exemple à suivre.
faute avouée, faute un tout petit peu pardonnée. Bon Jean-Luc, je te laisse, j’ai justement encore plusieurs absents à contacter. On se voit dimanche et je me réjouis de voir tes paroles devenir des actes.
… un demi de Rosé serait le bienvenu à cet instant précis, mademoiselle. Je crois qu’il est temps de me mettre dans l’ambiance de l’après-match …
Serge ? Salut, comment vas-tu ?
très bien mon cher Georges, en pleine forme. Je suis au bord d’une piscine au soleil, un cocktail tout frais à la main et ma Coralie négligemment étendue à côté de moi. Le paradis quoi !
pas trop de remords de ne pas aider tes petits camarades dans leur campagne 2018 ?
bien sûr que j’ai vaguement eu un remord, c’était juste avant de recevoir le cocktail… mais en même temps étendu au soleil, là tout de suite, je dis un moment de honte est si vite passé.
est-ce que ce break te sert à reprendre tes esprits, afin de repartir d’un pied plus sûr pour la prochaine rencontre ?
tu as tout compris, mon cher Georges. J’étais dans une mauvaise phase depuis le début de la saison. Mon karma laissait nettement à désirer. Ce petit séjour au soleil, au bord d’une magnifique piscine avec de magnifiques cocktails et ma magnifique femme, va me faire retrouver mes esprits et je vais revenir conquérant contre Versoix. Ces Genevois n’ont qu’à bien se tenir, le Serge nouveau va arriver.
magnifique, on te sent tout requinqué et prêt au combat.
c’est exactement cela et ce sera une véritable boucherie, tu verras mon cher Georges.
comme c’est devenu la tradition, tu feras une paella dimanche. N’as-tu pas un peu peur de surcharger ton programme, avec au moins un match et l’obligation de préparer le repas.
tout n’est question d’organisation. Comme mon classement est excellent, je vais demander à Julien de me faire jouer très tôt dans la journée. Une fois mon match bouclé, évidemment sur un score rapide, je me lance dans la préparation du repas. Pas de souci, no stress comme tu le vois.
Superbe, me voilà rassuré. Eh bien, Serge, je te laisse te prélasser encore dans ton paradis vacancier et te souhaite un retour gagnant dans la compétition.
… oui, bon je ne pouvais pas savoir qu’il était à l’étranger, vous n’aurez qu’à me facturer le surplus, pas de souci, c’est la boîte qui paie. En attendant, mettez-moi donc un pomme 51, je dois fêter la presque fin de mon interview. Oui le dernier devrait vraiment être en Suisse, ne vous faîtes donc pas tant de tracas …
allo, Gérald, mon ami, où donc te caches-tu ?
eh bien, cher Georges, j’accompagne comme d’habitude mes filles dans leur activité gymnique. Je suis quelque part au fin fond du cul du monde, je veux dire en Suisse allemande. Dire que si elle avait fait danse comme des filles normales, je serais à Lausanne ou au pire à Montreux peut-être, c’est pas trop de chance, non plus.
en effet, les trajets auraient moindre et plus courts. Revenons à notre sujet principal, le tennis. Une saison noire pour l’instant pour toi. Un match en double, perdu et puis le néant. C’est triste, non ?
difficile de te donner tort, cher Georges. Mes activités professionnelles et privées font que malheureusement cette année est difficile pour le tennis. En même temps, comme mon entraînement hivernale a été pas mal tronqué, je garde ainsi mon palmarès en simple vierge de toute défaite. Je crains qu’en jouant, je ne sois que perdant.
espères-tu ainsi garder ton matricule R8 ?
non ça c’est réglé depuis longtemps. J’ai payé les cousins siciliens de Jean-Pierre en avance afin qu’ils rendent visite aux fonctionnaires de Swiss Tennis, juste avant le calcul des licences cette automne. Il ne devrait donc pas y avoir de problème de ce côté-là.
alors tu pourrais jouer l’esprit libéré sans pression ?
oui, mais non ! je crois déjà t’avoir expliqué, il y a longtemps, l’exemple que je dois être pour mes compétitrices de filles. En jouant et en perdant, je perdrais toute la crédibilité que j’ai mis tant d’années à construire. Là, j’utilise l’excuse de ma sur-occupation pour cacher mes déficits physiques et techniques. Hop, ni vu ni connu, je les embrouille.
pas très fair-play ta technique, tout de même.
cher Georges, il faut ce qu’il faut dans l’éducation. Elles deviennent grandes mes gamines et cela vient toujours plus difficile de les bluffer. Je ruse donc de plus en plus et cela paie encore pour l’instant.
mais vis-à-vis de tes amis du tennis, c’est pas très cool, toutes ces absences.
mes collègues de tennis, veux-tu dire. Moi je trouve pas cela vraiment crasse. En ne venant pas, je libère une place en simple et en double pour quelqu’un. Moi tu le sais, la compétition j’ai beaucoup donné plus jeune, je sais donc ce que c’est. Il y a par contre quelques collègues qui ont un vrai besoin de s’aguerrir. Je leur en donne ainsi l’occasion.
vu comme cela, effectivement c’est beaucoup plus positif. J’ai cru comprendre que tu poussais ton côté altruiste jusqu’au bout en n’étant à nouveau pas présent dimanche prochain.
gros week-end gymnique, la semaine prochaine, gros week-end gymnique. Donc impossible pour moi de venir soutenir l’équipe et participer à la rencontre. J’en suis particulièrement désolé parce que je crois savoir que Serge fera la paella et qu’en bon épicurien que je suis, j’aurais volontiers pris part au sixième set.
en effet, te voilà fort marri. Mais bon, comme pour le fait de ne pas jouer, quelqu’un profitera certainement avec beaucoup de plaisir de ta part. Eh bien Gérald, je te laisse tout à tes filles et à leurs exercices compliqués et te souhaite de trouver le temps de participer à la dernière rencontre à Aigle.
… mademoiselle, je vous rends votre téléphone contre un pomme 51, je viens de terminer ces interviews et cette fois je peux commencer à fêter dignement cela …
Cher ami du beau jeu, une fois de plus ton journaliste préféré a décortiqué avec les membres de ton équipe préférée, le déroulement de cette journée. J’espère t’avoir donné les clés nécessaires qui t’auront permis de comprendre le pourquoi du comment des victoires, peu nombreuses, et des défaites, trop nombreuses, des différents intervenants.
Dimanche prochain, Lucens reçoit Versoix sur ses terres et sur sa terre. Je crois fermement que chaque joueur est conscient que sa responsabilité personnelle est engagée concernant la qualité du jeu qu’il proposera ainsi que sur le résultat qu’il apportera. Après avoir laissé quelques plumes, ici-même à Valeyres, ils devront tous faire face à leurs nombreux supporters qui demandent des comptes et des résultats. Pas d’excuse, pas d’atermoiement, il reste un infime espoir de jouer la montée, les 7 points sont donc un strict minimum.
Acta est fabula, regardons le futur et qu’il soit rayonnant pour notre belle équipe de bras cassés vainqueurs.
Georges Boissabierre, pour 1664 Farniente Corporation, Mai 2018, Valeyres-sous-Montagny

