Cher ami du beau jeu, bonjour,
ce dimanche, Lucens a fait le job… pour rien, ou presque… Avec leur magnifique victoire fleuve, 6 à 1 contre Versoix, les joueurs ont de quoi être satisfaits et heureux. Pourtant, il doit leur rester un goût amer et désagréable : ils ne seront, cette année encore, pas premier de groupe et doivent espérer un miracle pour être deuxième après la dernière rencontre le week-end prochain.
les Lucensois pourront regretter longtemps leur mise en route poussive dans cette compétition et les points égarés de-ci, de-là sur le chemin de la gloire. Amis bras cassés joueurs, la victoire se joue sur des détails et c’est justement sur les détails que vous avez pêché. Faute d’avoir été capables de le comprendre, faute d’avoir pris les mesures nécessaires assez tôt, vous voilà à nouveau, presque, condamné à végéter dans cette 3ème ligue, la dernière, celle des recalés. Chocolat vous avez été, chocolat vous allez être à nouveau.
… ce qu’il y a de bien à Lucens, c’est que rien ne change : la qualité de la buvette est aussi stagnante que celle de l’équipe qui la représente. J’avais prévu un ravitaillement d’enfer pour compenser, malheureusement, dans le stress d’un réveil aussi tardif que brutal, j’ai oublié de confirmer à mon fournisseur. Du coup, me voilà perdu au milieu du désert de la soif, sans puits dans lequel je pourrais me ressourcer. Et puis, plutôt boire du sable que l’infâme bière sans alcool qui croupit au fond de la cave …
le club, par l’intermédiaire de son prétentieux ambitieux président, avait promis à ses nombreux supporters des changements, des renforts et des investissements, aussi en boissons dignes de ce nom, devant amener des résultats et donc une promotion rapide. Force est de constater que les courts sont toujours les mêmes, que les joueurs sont toujours les mêmes et que le résultat est toujours le même : un classement honorable, mais inutile et surtout, comble des combles une buvette déplorable.
passons sur ce triste sujet, pour l’instant, pour nous consacrer à l’interview des joueurs pour la rencontre du jour. Peut-être laisseront-ils un commentaire qui nous éclairera sur leur sentiment quand à la décrépitude de leur club et de leurs ambitions.
… allo, le Bar de la Belle Maison, ici Georges Boissabierre. Comment, ça encore ? T’es dur, là patron, cela fait presqu’un mois que je n’ai pas appelé. Tu livres toujours pas ? Oui, je sais, je te pose toujours la même question, mais peut-être que je crois encore suffisamment aux miracles pour croire qu’un jour tu répondras oui. Sérieusement, là c’est une urgence, tu ferais pas une exception ? Non, toujours pas. Eh ben, ton esprit commerçant est exactement comme la buvette du TC Lucens : sous-développé …
à tout seigneur, tout honneur, je vais commencer aujourd’hui par LE perdant du jour. Celui à cause de qui, potentiellement, Lucens devra l’insigne honneur de militer encore et toujours en dernière ligue l’année prochaine. Je veux bien entendu parler de Paul.
Paul, bienvenu à la barre table des interviews, prend place et jure de dire toute la vérité, rien que la vérité. Mais non, reste, je déconne bien sûr. Tout de même, Julien lorsqu’il t’a présenté à l’équipe, a parlé de renfort, de celui qui amènerait le petit plus qui ferait la différence dans le groupe. Aujourd’hui, tu perds ton simple et donc enlèves un point à ton équipe, au moment où elle en a le plus besoin. Ton commentaire là-dessus ?
mon cher Georges, il n’est pas bon de jeter les gens à la vindicte populaire en général, mais quand il s’agit de moi en particulier c’est encore pire. Lucens, tu t’en doutes, n’a pas perdu sa promotion aujourd’hui, mais bien au court des trois premières rencontres. Un club, une équipe qui vise le haut du panier, ne peut se permettre d’égarer des points comme elle l’a fait depuis le début de la saison. Je prétends qu’il y a un vrai souci de cohérence dans la façon d’appréhender les rencontres. Rien n’est fait pour favoriser le bien-être et, par conséquent, la performance individuelle de chaque joueur. Ce qui est valable pour tous les joueurs, l’est malheureusement aussi pour moi.
un discours très dur et plein de sous-entendus, pourrais-tu être plus précis ?
lorsque Julien est venu me débaucher du club dans lequel j’étais à l’époque, et dans lequel mes performances étaient hors normes, il m’avait promis monts et merveilles, devant me permettre d’augmenter encore mon niveau et mes résultats. Je ne suis pas venu pour l’argent, contrairement à ce que certains essayent de faire croire, mais bien pour le challenge sportif. J’ai quitté un club où, entre les installations Wellness, les masseuses mises à disposition des joueurs avant et après les matchs, les kinés soignant les bobos, le personnel attentif à la qualité des courts et bien entendu la qualité d’accueil de la buvette, tout était organisé pour décharger l’esprit et le corps des joueurs des tracas du quotidien. On m’avait promis de trouver encore plus dans mon nouveau club et force est de constater que les belles promesses n’ont pas été tenues. Du coup, l’adaptation à ces nouvelles conditions quasi sibériennes, fait que mes résultats se font encore un peu attendre.
évidement, je veux bien te croire, il y a eu tromperie sur la marchandise. Mais parlons un peu du match d’aujourd’hui qui, je le rappelle, fait perdre un point à ton équipe. Tu commences très bien, plein d’allant, de vista et de ta fourberie habituelle. Et puis, tout d’un coup, tu bloques sans raison apparente. As-tu un alibi une explication à nous fournir ?
il y a certainement un tas d’explications à ma contre-performance d’aujourd’hui. La première est à mettre sur le compte de la désuétude du club. Comme je te l’ai expliqué, rien n’est fait, ici, pour favoriser les résultats de tout un chacun. La deuxième est que mon adversaire a remarqué après la fin du premier set que j’étais gaucher. Comme d’habitude, j’avais réussi à le lui cacher en servant de la main droite puis en reprenant les échanges de la gauche. Manque de chance, quelqu’un a du lui faire la remarque et il a changé de jeu pour les deux derniers sets. Ça m’a nettement desservi. Enfin, la troisième c’est que ma chérie est arrivée. J’ai été totalement subjugué et obnubilé par sa présence et je me suis liquéfié, totalement déconcentré.
de là à ce que tu dises que c’est de sa faute, il n’y a qu’un pas. Le fait d’avoir joué sans casquette sous un soleil de plomb, n’y est bien entendu pour rien ?
alors là, c’est clair que non. Le soleil est mon ami. Je pourrais jouer des heures en plein cagnard que cela ne changerait rien, absolument rien. La preuve, je mets une casquette à partir de la moitié du deuxième set et le score a été en s’empirant.
le mal était peut-être déjà fait. Bon passons ce triste épisode du simple, je ne voudrais pas remuer le couteau dans la plaie. A peine sorti de ce match, tu dois retourner sur le court pour faire un double avec Seb. Y’a eu bisbille entre lui et Jean-Luc, tu peux m’expliquer ?
les deux voulaient gagner avec moi. Les deux croyaient que Julien les avait désignés pour avoir l’honneur de m’accompagner vers la victoire. Mais comme le règlement interdit à une équipe de mettre trois de ses joueurs en même temps sur le court, il a fallu se départager à chi-fou-mi et c’est Seb qui a gagné. Jean-Luc était furax.
cela s’est entendu en effet. Pour une fois que tu as le droit de jouer un double, tu le gagnes. Une grande satisfaction pour toi, sans doute ?
tu peux le dire en effet. Depuis le début de la saison, je dis et redis à Julien, fais-moi jouer un double et je te ramènerai le point. Là, enfin, il m’écoute et hop, un point. Ce n’est quand même pas compliqué, non ?
en effet, dommage que ton capitaine ne t’ait pas plus utilisé, Lucens jouerait certainement les premiers rôles du groupe.
j’espère que Julien te lira et qu’il tiendra compte de ton avis de connaisseur, d’expert dans le futur.
en même temps, tes adversaires du jour ne semblaient pas très doués pour l’un et peu impliqué pour l’autre, cela a sûrement eu un rôle prépondérant dans la victoire.
le rôle prépondérant dans cette victoire, c’est moi qui l’ai tenu. J’ai pu étaler toute ma classe et ma technique durant les deux sets et j’ai ainsi empêché mes adversaires de croire en leurs chances. Du coup, doué ou impliqué, pas d’importance, ils n’avaient aucune chance. D’ailleurs même Sébastien m’a, la plupart du temps, regardé jouer. J’en ai moi-même oublié ma défaite, mon insolation potentielle et ma fatigue pour me regarder jouer tellement j’étais beau.
quand même… te voilà subitement très imbu de toi et de ta technique… Bon que peut-on te souhaiter pour la rencontre d’Aigle, samedi prochain ?
je vais éclater mes adversaires. Aujourd’hui je n’ai pas réussi à camoufler ma gauchitude, là-bas je jouerai tout de la main droite, cela devrait extrêmement perturber mes adversaires et me rapporter deux points et peut-être même plus. Si je pousse ma fourberie suffisamment loin, je devrais même réussir à jouer plus de 2 matchs et donc rapporter encore plus de points à l’équipe.
avec toi, on peut effectivement s’attendre à tout. Et bien Paul, je te souhaite plein succès dans ton plan d’attaque et me réjouis d’en faire l’analyse samedi soir. c’est fou comme les joueurs de tennis sont sûrs de leur fait et ont du mal à faire une vraie autocritique.
… Le café du Poids ? Dites, un aller-retour jusqu’au tennis de Lucens avec une grosse caisse de bières fraîche, vous faites ? Non ? Mais je paie. Quand même pas. Non je n’arriverai pas à venir personnellement, j’ai encore un peu de travail là sur place que je ne peux pas déléguer. Envoyer quelqu’un à ma place ? On voit bien que vous ne connaissez pas ceux qui m’entourent. Je ne suis pas sûr qu’une seule bouteille à la fois, ils arriveraient à la ramener sans la casser …
Jean-Luc, assied-toi et entrons tout de suite dans le vif du sujet. Un match probant et une victoire nette pour ton retour, c’est magnifique, non ?
en effet, mon cher Georges, je suis tout à fait satisfait du déroulement de la partie. J’ai rapidement su prendre mon adversaire à la gorge et une fois mes crocs serrés, je ne lui ai plus lâché l’os. Deux sets secs, il ne me fallait rien de plus pour passer ma rage.
une rage due à ton mal de dos qui s’est réveillé cette saison et qui t’a empêché de réellement performer pour l’équipe cette saison.
non pas du tout, Georges. La rage m’est venue, la moutarde m’est montée au nez, le piment m’a piqué la langue et le gravier m’a raclé les bords de l’anus, parce qu’une fois de plus j’ai été relégué sur un court annexe, loin de tout le public, m’empêchant ainsi de montrer mon savoir faire et mes qualités. C’est définitivement toujours les mêmes qui profitent des honneurs et de la bonne visibilité, et moi qui me trouve caché aux yeux du monde. Je suis la face cachée de la lune.
à pardon, je n’avais pas compris cela. Mais dis-moi, le court numéro 2 de Lucens n’est tout de même pas si éloigné ni caché que cela ?
pour quelqu’un qui ne joue pas au tennis, cela semble un détail. Mais tous les joueurs, les vrais le savent : pas mis en lumière, le joueur n’exprime jamais tout son potentiel. Et cela le frustre. De plus, le numéro 2 à Lucens, il est en plein vent, il prend directement la fumée de la fibre, il ramasse tous les cailloux expulsés par les trains qui passent, il est celui à côté duquel tous les chiens du canton vont faire leurs besoins, il est celui d’où l’on entend les ragots des mamies qui se promènent. Et puis, le pire : il est celui qui m’a vu, jeune joueur, prendre ma plus grande branlée tennistique et ce devant ma Françoise. En un mot, il est le court de l’infamie.
évidemment, quand tu auras tout expliqué, je comprends mieux maintenant. Pourtant, c’était il y a longtemps, ce douloureux souvenir devrait être estompé depuis.
certaine blessure ne se referme jamais. Surtout, ma chérie ne se prive pas de me la rappeler lorsqu’elle en ressent le besoin. J’ai fait des séjours prolongés aux Alpettes pour soigner cette gangrène qui me ronge, mais mes différents gourous conseillers là-haut, n’ont pas trouvé de solution pour m’aider. J’ai besoin de ne pas me retrouver sur ce court, afin de ne pas rouvrir les plaies.
reconnaît au moins que la rage accumulée t’a permise de faire un match plein.
oui, mais non, tout de même. La faiblesse de mon adversaire ne laissait aucun doute sur le résultat de la rencontre. Sauf, peut-être, au public tellement éloigné qu’il ne devait même pas apercevoir la balle et donc pas pouvoir suivre le résultat du match, point par point. Quant tu joues là-bas, tu te croirais sur le court 18 à Roland-Garros. Enfin, je dois te laisser le fait que pour un match de reprise, je n’ai au moins pas eu besoin de mettre mon dos tout neuf à contribution. J’ai soigné la manière, même si personne ne l’a vu, en gardant mon intégrité physique intacte.
ça c’est le nouveau Jean-Luc que j’aime : il regarde enfin le verre à moitié plein, plutôt que déjà vide. Ceci dit, même très éloigné, on t’a vu t’accrocher avec Sébastien au sujet du double, tu peux m’expliquer ?
c’est de la même veine, cher Georges : on a attendu presque toute la journée que Paul finisse son simple, enfin je dois dire perdre son simple, pour que les doubles commencent. Moi, mon simple il ne m’a pas fatigué et après le repos du à l’attente en plus, je pétais le feu. Comme je savais que la paella de Serge n’était pas prête, je me suis dit qu’un petit double ferait passer le temps. Mais quand j’arrive sur le court, je vois Seb arriver et qui veut prendre ma place. Je dis non, non, non, c’était à moi de le jouer ce double.
il n’avait pas joué de la journée, c’était donc normal qu’il joue au moins ce double ?
mais moi j’en avais aussi envie, et une fois de plus j’ai du baster. Du coup, j’étais vraiment vénère et suis allé prendre ma douche. Mais franchement, il aurait pas fallu qu’il le perde ce match, il m’aurait entendu.
on t’a vu boudeur, mais ça va mieux maintenant ?
oui, c’est pas mon genre de grogner trop longtemps. Mais sache, et tu peux l’écrire, je n’oublie jamais rien et je tiens mon livre de comptes. J’ai fait mes doléances à Julien et il aura intérêt à tenir compte de celles-ci dés la prochaine rencontre, sinon je pourrais devoir sévir et sans l’aide des cousins siciliens de Jean-Pierre. Je m’en chargerai tout seul, comme au bon vieux temps.
houlà, je pense que Julien en tiendra compte, c’est sûr, surtout avec de tels arguments. La prochaine rencontre se passera à Aigle, tout près d’Yvorne et de leurs excellents vins au passage, je ne connais pas encore la configuration des courts, mais s’ils ont un central, ta place sera certainement toute trouvée.
c’est bien clair que je supporterai pas une humiliation de plus. Si mes camarades de jeu ne trouvent rien à redire quand au fait de se trouver sur des voies de garage pour jouer, libre à eux, moi je veux de la lumière et de la visibilité. On ne sait jamais, si un sélectionneur devait se trouver dans le public, il pourrait avoir envie de m’engager dans un club prestigieux. Je n’ai jamais prétendu finir ma carrière dans ce club de bras cassés joueurs sans talents ambitions réelles.
à ouais, maintenant tout est clair, tu aimerais préparer ton avenir en te montrant mieux, je comprends. Eh bien, cher Jean-Luc, je te souhaite plein de succès dans tes diverses « postulations » et surtout de ramener les deux points de tes matchs le week-end prochain.
… oui, bonjour, Georges Boissabierre journaliste émérite, présentement au bord de la syncope faute de pouvoir m’abreuver correctement. Je suis bien au restaurant de l’Hôtel de Ville, oui ? Super alors je suis à la bonne adresse. Vous devez absolument, et c’est une question de vie ou de mort, organiser la livraison d’une caisse de bière, de deux bouteilles de Ricard ainsi que de deux litres de rouges au Tennis de Lucens. Non, merci, mais l’eau pour le Ricard, j’ai déjà. Comment ? Non je ne plaisante pas, attendez, écoutez-moi. Zut il a raccroché …
vient vers moi Jean-Pierre, t’aurais pas un truc fort à me donner à boire, non. Tant pis. Magnifique victoire aujourd’hui et qui plus est sur un R7, c’est bon pour le moral, oui ?
c’est en effet un sentiment agréable, cher Georges, vous avez raison. Je constate que, dans des conditions normales de jeux, je suis capable de rivaliser avec n’importe quel adversaire. Si nous rencontrions tout le temps toutes les équipes à Lucens, je ne compterais certainement aucune défaite à mon riche palmarès.
tu fais sans doute référence à tes défaites sur moquette à Valeyres, lors de la dernière rencontre. Elles te sont restées en travers de la gorge apparemment.
difficile de faire autrement. Voyez-vous, Georges, j’ai les arguments nécessaires pour défendre mes chances correctement dans des conditions usuelles. Par contre, lorsque l’adversaire triche, je frustre, je fulmine, je m’énerve et finis par perdre tout ou partie de mes moyens. Difficile dans ces cas là de gagner mes matchs.
je te rappelle tout de même que la moquette est une surface autorisée par Swiss Tennis et que tes adversaires ne trichent donc pas en te forçant à y jouer. Mais parles-moi plutôt de ton résultat d’aujourd’hui.
pendant que nous faisions l’échauffement, j’ai senti que mon adversaire pouvait être un coriace. Je me suis dit : » mon petit JP, il va falloir ruser, pour le mettre à genoux ». J’ai donc appliqué à la lettre la tactique que cela impliquait : renvoyer, renvoyer et renvoyer encore, en ne faisant pas de faute, tout en ne prenant pas de risque. Tu l’as vu toi-même, je n’ai jamais dérogé à cette règle et j’ai gagné.
c’est vrai que le pauvre s’est épuisé à chercher à te déborder, mais n’y est pratiquement jamais arrivé. Ton style de jeu est redoutable, qui est-ce qui t’a appris à le développer ?
Je suis un autodidacte, voyez-vous cher Georges. Depuis tout petit, je regarde les grands matchs et les grands joueurs. D’abord à la télé, puis sur le net, les images ont imprégné mon style. De tous, j’ai pris un peu pour me façonner. Mon déplacement c’est un peu de Michael Chang, de Mats Wilander et Victor Pecci. Un peu chat, un peu libellule, je survole la surface de jeu sans presque jamais la toucher. Mon coup droit vient d’un mélange d’Henrik Sundstrom, de Rod Laver et de Sébastien Grosjean. La pureté dans le geste, l’efficacité dans la finition. Mon revers lui est un pur mélange de Bjorn Borg, Jim Courrier et de Guillermo Vilas. De la terre tu viens, à la terre tu resteras disait Vilas. Quand à ma volée c’est facile, je me suis inspiré de Stefan Edberg, de Pete Sampras et de John Newcomb. Ce que les grands ont fait, je ne peux le défaire.
force est de constater que tes visionnages ont porté leurs fruits effectivement. Et le service, tu as aussi des inspirateurs ?
par taquinerie, je pourrais dire à nouveau Chang, mais ce serait méchant pour Yvan le Terrible, Yvan Lendl. Non, là j’ai développé ma propre technique : un peu de force, un peu de fourberie font parfaitement l’affaire pour mettre mes adversaires dans le plus grand des désarrois.
en tout cas, tu as fait forte impression aujourd’hui dans tous les domaines et je t’en félicite. Quelles sont tes ambitions pour la semaine prochaine ?
si je veux monter R6 cette année encore, il faut impérativement que je mette une trempe à au moins un R7. Je vais donc viser un score très sec et un adversaire bien classé. J’aimerais éviter de devoir activer la clause cousins de Sicile à l’automne, si possible. Je trouverais plaisant de pouvoir la garder sous le bras pour la prochaine saison. Si je l’utilise trop souvent, cela pourrait finir par se remarquer et cela ferait mauvais genre dans mon palmarès. D’autant plus que je prends maintenant des risques en utilisant les produits que mon ami Junior m’a fait parvenir cette semaine. C’est super efficace, je dois bien l’avouer, et je comprends maintenant mieux comment il a réussi à courir comme un lapin pendant trois sets lors de notre dernière rencontre.
aïe, tu te rends compte que ce n’est pas très légal ce que tu me dis là ?
voyez-vous Georges, j’ai constaté que les autres le faisaient et qu’ils gagnaient ainsi un nombre de matchs incalculables. Je pense que ce ne serait pas juste que moi je n’en profite pas aussi. Si Junior le peux, je le peux, entre anciens footeux ont se comprend. De plus, je l’ai mis en contact avec mes cousins et ils vont lui donner l’occasion d’accélérer son commerce en lui ouvrant des marchés jusque-là inaccessibles et lui me donnera l’occasion de bénéficier de gros rabais en contrepartie. Tout le monde sera ainsi satisfait et je ne vois pas le mal. Cela va aussi certainement m’aider grandement à passer le palier nécessaire à mon futur matricule R6, voir R5.
cher Jean-Pierre, je te souhaite vraiment d’atteindre tes objectifs, mais surtout de ne pas subir de contrôles trop intrusifs : tu risquerais d’avoir mal à l’arrière-train. En attendant, je me réjouis de te retrouver sur le terrain à Aigle et de suivre la hausse de tes performances quelque soit le moyen pour les atteindre.
… dis-moi, petit, t’aurais pas quelques minutes à perdre pour gagner 10 francs. Il s’agirait de courir rapidement jusqu’à l’hôtel de la Gare pour acheter quelques bouteilles de blanc. Oui, tu dis à la patronne le même qu’elle met à disposition pour les sonneurs de Diane de l’Ascension. Elle saura lequel. Tiens voici 50 francs pour le vin et la moitié d’un billet de 10. Tu auras l’autre moitié lorsque tu m’auras amené le vin …
salut Julien, merci de t’assoir près de moi et de répondre à mes questions qui seront, à n’en pas douter, très pertinentes. Alors, capitaine, heureux de cette victoire je suppose ?
oui, ce serait être gourmant que de ne pas être satisfait. Malheureusement, je dois nuancer le propos par rapport aux ambitions que j’avais en début de saison : cette victoire est aussi belle qu’elle risque d’être inutile.
rien n’est encore définitivement joué, Valeyres pourrait très bien gagner largement contre Morges et si vous faites de même contre Aigle, la promotion est encore possible.
je suis un matheux, mon cher Georges, et effectivement de ce point de vue là, tout est encore possible. Il faudrait pourtant un concours de circonstances miraculeux pour que nous chipions la deuxième place à Morges. Ce club est pétri d’ambitions et je ne crois pas qu’il se laisse dévoré tout cru, qui plus est pas le club surprise de cette année.
gardons espoir, j’irai même à l’église une fois cette semaine, boire le vin de messe brûler un cierge, peut-être que cela vous aidera. Parlons un peu de ton match du jour. Une jolie performance contre un R7, cela va te faire du bien et à ton moral et à ton classement, je me trompe ?
non, c’est vrai que la défaite à Valeyres m’a un peu déstabilisé, il jouait bien le gars. Perdre aujourd’hui aurait évidement été très négatif et m’aurait certainement déçu. Je me suis donc extrêmement concentré avant le match, encore dans les vestiaires. J’ai visualisé, un peu à la manière d’un descendeur, mes classiques. J’ai intériorisé ma force et ai évacué le stress par un long passage aux toilettes. Lorsque je me suis présenté sur le court, j’étais prêt au combat.
de combat il n’y a pourtant pas eu, ton adversaire n’a pas fait illusion.
c’est sûr qu’il n’avait pas les moyens de contrecarrer mes ambitions. Tout de même, il s’agissait de rester méfiant. Ce genre de joueur a l’air de rien, mais il est souvent capable de fulgurances subites et destructrices si tu n’es pas concentré. Je me suis donc appliqué à lui botter les fesses point après point, sans lui laisser le temps de respirer. J’y ai mis toute ma science du tennis et cela à parfaitement fonctionné.
il a été effectivement débordé de partout. Tu n’étais donc pas trop fatigué et tu enchaînes avec le double et comme partenaire, Laurent.
je n’avais jamais joué avec lui depuis que l’équipe existe. J’ai pensé que cela lui ferait du bien de pouvoir recevoir quelques conseils et autres encouragement en direct sur le court, il en a tout de même bien besoin. Je dois dire qu’il m’a surpris en bien : pour un gars de son niveau et malgré toutes les lacunes qu’il a dans sa technique, il s’en est bien sorti.
c’est aussi un bon moyen pour lui redonner un peu de confiance, après sa descente au classement ?
oui c’est important de soutenir les membres de l’équipe qui sont dans le doute et la douleur. D’ailleurs je voulais faire le deuxième double avec Seb pour cette raison, malheureusement nos adversaires du jour connaissaient le règlement qui interdit formellement à un joueur de jouer plus de deux matchs par rencontre, même si c’est pour des raisons humanitaires.
exercice réussi pour Laurent donc ?
parfaitement, je l’ai tellement bien remis sur les rails, son moral est tellement remonté qu’il part en vacances dès samedi prochain pour profiter de cette embellie dans sa vie bien triste. Bon, moi cela ne m’arrange pas du tout, je perds ainsi un atout pour la prochaine rencontre. Mais, vu son état passé, c’était urgent de le laisser partir.
c’est à ce point-là ? Pour quelles raisons ?
tu n’es donc pas au courant, Georges, un journaliste comme toi, je m’étonne. Non seulement Laurent est descendu de R7 à R8 au classement, ce qui était déjà le premier coup dur de l’année, mais en plus sa fille chérie a subitement décidé de couper le cordon ombilicale en partant pour un grand et long voyage au travers du Monde et elle ne lui a même pas proposé de venir avec elle. Tu dois connaître l’attachement qu’à Laurent à sa famille et surtout aux immenses fêtes qu’ils font tous ensembles : c’est donc pour lui un déchirement total et son moral était, ces derniers temps, dans ses chaussettes.
pourtant, il devait bien s’attendre à ce que cela se passe un jour, l’oiseau finit toujours par quitter son nid.
je crois savoir qu’il trouve que c’est encore un peu tôt, même si elle doit bientôt avoir au moins 30 ans, si ce n’est plus. Mais bon, c’est pas tout. Non, à cela s’ajoute son propre déracinement futur. Après 53 ans de vie aux Clonsels, quartier mal famé de Lucens, sa tendre et chère a réussi à le forcer à partir, à enfin quitter ce ghetto pour un lieu plus adéquat à son épanouissement personnel. Ils déménagent, pour couronner le tout, dans le canton de Fribourg.
aïe, je comprends en effet qu’il soit au fond du trou, chez les dzos, qu’elle idée. J’entends dans ton discours, qu’un capitaine doit vraiment savoir tout faire : expliquer à des bras cassés joueurs comment jouer, les soutenir pendant les matchs, les remonter après les matchs et suivre leur vie privée afin de pouvoir anticiper et réagir, au besoin, tout cela dans le but de les garder performants. C’est un boulot à plein temps ma parole.
masel tov, enfin quelqu’un qui ouvre les yeux sur le travail que je dois fournir. Tu croyais quoi, mon cher Georges, le capitaine il est là que pour récolter la gloire, les pépettes et les pépées ? Même si c’est vrai que souvent il ramasse les trois, il doit aussi parfois, pas trop souvent, mais parfois tout de même, retrousser ses manches et mettre les mains dans le cambouis. Si je n’ai plus de vie sexuelle familiale depuis trois ans, c’est pas pour rien non plus.
ah oui, je vois, hem, je préfère ne pas trop m’étendre sur ce sujet. Une dernière question, avant de te laisser partir chercher les fruits de ta gloire du jour, samedi à Aigle tu ne seras pas présent, tout comme Gérald et donc, Laurent. Qu’attends-tu de tes joueurs ?
mais simplement la victoire et surtout fleuve. Qui que ce soit qui joue, quel que soit l’adversaire, nous devons remplir l’escarcelle de points. Au minimum 6, mais 7 serait encore mieux, afin de n’avoir aucun regret quel que soit le score de la rencontre entre Valeyres et Morges. Je veux, j’exige, que tous mes joueurs soient à fond, concentrés et ambitieux. Nous voulons tous les points. Nous voulons massacrer Aigle. Une fois la victoire acquise, les cousins siciliens de Jean-Pierre s’occuperont de Morges et de ses velléités de montée. Mais, pour que cela vaille la peine de les envoyer, nos glorieux cinq conquérants ne devront pas avoir le petit bras et devront faire du petit bois de leurs adversaires. Ei valitettavasti, comme dit un ami finnois, tel devra être le sentiment à la fin de cette journée de samedi.
super, j’ai vraiment un bon sentiment pour la promotion. Ce d’autant plus que si elle devait être effective, vous organiseriez une grande fête avec beaucoup d’alcool, ce qui changerait beaucoup de l’ambiance actuelle dans ce club-house. Merci Julien, rejoins vite tes camarades pour déjà fêter la victoire du jour, en attendant mieux.
… en parlant d’alcool voilà le gamin qui revient de la Gare, deux gros sacs au bout des bras. Yepeeee hee mon sevrage semble enfin terminé. Et garçon, c’est quoi ces glaces dans les sacs ? Elles sont où mes bouteilles ? Quoi, la dame elle t’a donné ça ! 50 balles de glaces, ils vont m’entendre à l’Hôtel de la Gare. Non, je te donne pas l’autre moitié du billet, tu n’as pas rempli ta part de contrat …
voilà le dernier des vainqueurs de simple, Sébastien, prend place. T’aurais pas une bouteille de quelque chose qui aurait plus de 0 degré dans ton sac, non ? Tant pis, parlons de toi alors. Quatrième rencontre et toujours invaincu, c’est sensationnel ?
mon cher Georges, je ne serais pas crédible si je disais le contraire. Franchement après la saison passée, catastrophique, ça fait du bien.
je comprends parfaitement et on voit sur ton visage la joie qui irradie. Un match plaisant aujourd’hui, assez équilibré.
oui, mon adversaire jouait un bon tennis et ne m’a pas donné les points gratuitement. Il m’a fallu rester concentré d’un bout à l’autre. Je suis très fier d’avoir réussi à le contenir en imposant mes coups. Un bon match, rondement mené.
j’ai entendu dire que ta nuit a été courte, malgré cela tu gagnes ton match, c’est plutôt bon signe ?
c’est sûr que la nuit a été très courte. J’ai participé à la fête cantonale des musiques vaudoises avec l’harmonie de Lucens et il se trouve que nous avons fait troisièmes de notre groupe, déjà, c’est peut-être un signe… Nous avons du coup fait une grande fête qui s’est prolongée jusqu’à très tôt ce matin. Je ne suis pas un habitué mais j’ai pris conseil auprès de Laurent, il connaît bien la maniclette, lui. En suivant ses conseils avisés, je n’ai pas trop été pénalisé durant mon simple.
tu enchaînes avec le double avec Paul et hop, encore une victoire. C’est le top, ou bien ?
je n’avais jamais encore joué avec Paul. Comme les deux dernières sorties, il avait été très frustré de ne pouvoir participer à un double, il avait une grosse envie de prouver ce qu’il vaut et, ma foi, il a parfaitement joué le coup.
Paul m’a d’ailleurs laissé entendre qu’aujourd’hui c’était lui le patron sur le court et que tu n’avais quasiment qu’un rôle de faire valoir. Es-tu d’accord avec cela ?
il est taquin mon Paulo. C’est un peu réducteur comme vision, je dois dire. Je ne veux évidemment pas nier son rôle sur le terrain, mais nous étions tout de même deux pour gagner. De plus, il venait de prendre une trempe en simple et c’était un peu la soupe à la grimace, le moral n’y était pas. Il est un peu gonflé de se mettre en avant pareillement, à mon avis.
l’essentiel étant tout de même d’avoir gagné, on oubliera le reste. Samedi à Aigle, vous jouez pour une éventuelle deuxième place qui ne passera que par un score fleuve. As-tu la pression ?
pour paraphraser Timea Bascinszki, moi la pression je la bois… Non, ce serait trop facile de botter en touche comme cela. Quand je rentre sur un court, en compétition ou en entraînement, j’ai toujours la pression. Mon but c’est de bien faire, au niveau du jeu et du résultat. Donc samedi, à Aigle, j’aurai la même pression que toujours. Mon but maintenant, c’est de ne pas perdre cette saison et rien que cela c’est déjà, pour moi, une immense pression. Mais j’ai confiance en mes moyens du moment et j’ai confiance en l’équipe : nous reviendrons d’Aigle sans regret, ni remord, en vainqueur. Le reste, le tour de promotion, cela n’est plus entre nos mains.
L’équipe se déplacera amputée de Julien, Laurent et Gérald. N’est-ce pas périlleux que de laisser ces trois là pour une partie aussi importante ?
ce serait au capitaine de répondre à cette question, mais franchement, moi je pars confiant. Chacun est parfaitement conscient du rôle qu’il aura à jouer. Si chacun reste concentré sur ses forces et oublie ses faiblesses, nous devrions réussir le résultat espéré.
avec toutes ces victoires, tu devrais retrouver un classement R8 la saison prochaine. Est-ce que cela compte pour toi, le classement ?
c’est une question compliquée à laquelle j’ai du mal à répondre. D’un côté, le classement c’est un chiffre qui, on l’a constaté ces deux dernières saisons, ne veut pas dire grand-chose. Tu peux être bien ou mal classé, mais jouer largement en dessus ou en dessous de ton classement. De l’autre, lorsque dans une équipe, tu es le plus mal classé, et en plus le seul mal classé, tu es sujet à quolibets et autres moqueries. C’est pas toujours agréable.
de l’extérieur, cela n’est pas apparu. Tu as vraiment subit des brimades ?
ce qui se passe dans les vestiaires, doit rester dans les vestiaires, c’est le leitmotiv de l’équipe. Mais c’est évident qu’il n’y a là-bas pas seulement des odeurs de chaussettes mais aussi des discussions, souvent animées. L’esprit de compétition est toujours là, même entre nous, et évidemment personne ne se gène pour secouer, gentiment mais fermement, ses partenaires. Alors tu penses bien que cette année, mes collègues ne m’ont pas raté. C’est pas méchant, mais en changeant de statut, j’espère m’épargner toutes ces petites piques.
comme quoi, la vie en équipe pour des individualités, ce n’est pas toujours facile. Merci Sébastien pour avoir répondu à mes questions. Va rejoindre tes potes pour ce fameux 6ème set, mettez-moi quelques verres de côté, j’ai encore pas terminé.
… je crois tout de même que c’est la première fois que je fais une interview à jeun. C’est super pénible, je dois bien l’avouer. Quel con d’avoir oublié mon ravitaillement personnel. J’ai compris aujourd’hui que je ne peux malheureusement pas compter sur les autres pour l’intendance …
Laurent, tu es le dernier de l’équipe à avoir joué aujourd’hui, assied-toi seulement. Un petit double, largement gagné et puis c’est tout, une journée tranquille, non ?
après la nocée que j’ai faite hier soir, je ne suis pas vraiment fâché de n’avoir pas du sortir le grand jeu et d’avoir du passer des heures sur les courts.
encore une fête, une de plus. Je suis presque jaloux, mais même pas sûr que j’arriverais à tenir ton rythme. Tu as des conseils à me donner ?
il ne faut jamais arrêter, c’est le seul secret. Une fois la machine en route, il ne faut surtout pas la ralentir ou pire la stopper. C’est comme le sport, mais ça tu connais moins bien entendu, au début c’est dur, puis avec l’entraînement, tout devient facile. Mais si tu arrêtes quelques jours ou quelques semaines, tu repars à zéro. Ne jamais arrêter et tu n’as aucun souci.
aujourd’hui, c’était ton dernier match de la saison. Tu pars en vacances dès samedi prochain, alors que l’équipe pourrait éventuellement encore briguer la deuxième place du groupe, synonyme potentiellement de promotion. N’as-tu pas un mauvais sentiment de lâcher tes camarades ?
collègues, pas camarades, la précision est importante. Franchement non. Non, parce que je pense que tous mes collègues sont majeurs et adultes et qu’ils se doivent de prendre leurs responsabilités. Ils doivent comprendre qu’en tant que plus ancien du groupe, je ne serai pas éternel. Un jour peut-être, ils devront faire sans moi. A eux de s’organiser pour gagner des matchs et des rencontres sans moi. En même temps, s’ils devaient se planter, ils arrêteront peut-être de se moquer sans arrêt de mon âge.
allez, ils te taquinent, c’est pas méchant.
Peut-être, mais moi cela me fait du mal. Au fil des ans qui passent mon physique se ternit, mon endurance diminue, mon sex-appeal se barre, mes articulations couinent plus fort, la machine se délabre. Chaque pique envoyée, me rappelle mon triste sort. J’ai tout eu dans ma jeunesse : la beauté, la gloire, les filles, les fêtes et leurs excès, l’argent, tout. Pour eux qui n’ont pas connu cela, c’est pas difficile, pour moi qui suis en train de le perdre, c’est dur, très dur. Alors je leur dis : moquez-vous, moquez-vous, mais faites les points sans moi qui suit, semble-t-il, si vieux à vos yeux.
Julien m’a bien dit que tu traversais une phase un peu difficile, mais à ce point-là, je l’aurais pas cru.
je passe un cap un peu compliqué effectivement, c’est pour cela que je pars en vacances. Une fois ressourcé j’irai beaucoup mieux et je reviendrai plus fort mettre une tannée à mes collègues et à tous ceux qui voudraient se mettre en travers de mon court.
bon, je te laisse rejoindre tes collègues, tu ne dois pas trop tarder ce soir, tu as certainement des bagages à préparer et un peu de sommeil à récupérer. Ce serait bête d’arriver en vacances fatigué.
… un dernier essai, j’avais pas pensé au café du Pont. Bonjour, Georges Boissabierre en direct du Tennis de Lucens. Je suis à la recherche d’une bonne âme qui livrerait un pauvre être déshydraté, vous ne seriez pas de celle-ci ? Oui au club de Tennis, à côté des terrains de foot. Non, malheureusement je ne peux pas venir en personne et n’ai personne trouvé pour y aller. Ah, c’est presque le coup de feu chez vous, vous n’avez ni le temps, ni le personnel. Bon ben j’aurai tout de même essayé …
Serge, mon ami, alors cette paella, elle est prête ?
eh oui, Georges, aujourd’hui j’ai atteint mon but. Ma paella est prête à être servie et me paraît exactement comme je l’aime. Je pense que toute l’équipe et nos hôtes vont se régaler. N’hésite pas à nous rejoindre, il y en a assez.
merci, et crois-moi, je vais y faire honneur. J’espère juste qu’il y aura quelque chose pour l’arroser. Pas trop déçu de n’avoir pas joué aujourd’hui ?
tout de même un peu, je dois bien l’avouer. Mais il est aussi vrai que la paella m’a pris, malgré des aides efficaces, une très grande partie de la journée. Je ne sais pas comment j’aurais pu placer encore un ou deux matchs dans la journée. Nous aurions mangé à 22 heures.
les genevois auraient été un peu à la bourre pour rentrer. Samedi à Aigle tu vas devoir faire au moins un simple et le résultat sera super important pour une éventuelle montée en deuxième ligue. Comment vas-tu gérer cela ?
c’est pas cool de me mettre déjà la pression, Georges. Je ne savais, jusqu’à maintenant, même pas que je devais jouer. Mais bon, je vais faire comme d’habitude : rentrer sur le court en croyant en mes chances. A l’entraînement, j’enchaîne les bons résultats, il faudra bien que ça passe en compétition. Ce serait bien que cela soit à Aigle, dans un match qui compte. En tout cas, comme d’habitude, je vais donner le maximum de mon maximum.
pour l’instant, tes résultats cette saison ne sont pas bons. Une victoire serait une merveilleuse touche finale à la saison et un point d’accroche pour la suite de tes exploits tennistiques.
je sais que j’ai besoin d’une victoire de référence pour m’enlever la guigne qui me poursuit depuis que je fais ces interclubs. Je suis très affecté par mes résultats. Je m’entraîne comme un fou pour être à niveau, mais pendant les matchs, il y a toujours un petit truc qui cloche. Le terrain, la chaleur, l’humidité et parfois même l’adversaire, tout se ligue contre moi pour m’empêcher de gagner. C’est très frustrant. Mais à Aigle, c’est décidé, je pulvérise mon adversaire.
voilà des paroles volontaires et la détermination que je vois dans tes yeux, me fais penser que cette fois ce sera effectivement la bonne. Rejoins tes hôtes, il est grand temps que tu serves ta paella. Je passe encore un coup de fil et je vous rejoins. Ne buvez pas tout surtout.
… j’y pense seulement maintenant, mais si ça se trouve la pizzeria à côté de la Belle Maison, il ne livre pas que des pizzas. Quel con, mais quel con… Allo, bonjour j’aimerais commander une caisse de bière et une caisse de rouge… Mince, c’est un répondeur, ils sont trop occupés pour répondre, ouais évidemment c’est en plein coup de feu. Je suis maudit …
allo Gérald, mon ami, tu sais que j’ai beau essayé de m’en rappeler, mais cela fait tellement longtemps que je ne t’ai pas vu, que j’ai un mal fou à visualiser ton visage. Comment vas-tu ?
tout de même, cher Georges, j’ai une tête qu’on ne peut que difficilement oublier, petit plaisantin. A part cela, je vais bien. Je cours plus que mes gamines, dont cela devrait être l’activité principale, mais tout va bien.
tu ne frustres pas trop de ne pas participer à la belle aventure de tes amis du tennis ?
collègues, je crois te l’avoir déjà précisé, collègues du tennis. Franchement Georges ? Non. En fait, mon taux d’occupation frôle les 480 % actuellement. Tu t’imagines bien que je ne sais pas comment placer encore un ou deux matchs de tennis là-dedans. Et puis au vu de mes nombreuses heures d’entraînement ces derniers temps, je suis conscient que je prendrais des tôles à chaque sortie. Ce ne serait bon ni pour mon égo, ni pour mon aura auprès de mes filles.
toujours la peur de décevoir ta progéniture. Cela ne doit pas être facile de toujours tout planifier en fonction de leurs attentes et de leur regard ?
question d’habitude, Georges, c’est juste une question d’habitude. Lucens a gagné au moins, aujourd’hui.
facilement 6 à 1.
tu vois, même sans moi, ils sont performants. Je n’ai aucun souci, même si mon humour doit leur manquer, ils savent tout de même gagner. De plus, comme je te l’ai dit la dernière fois : si je ne joue pas, il y a un collègue qui est content parce qu’il peut jouer. Je pense par exemple à Sébastien : avec son matricule R9, il ne jouerait pas beaucoup si j’étais présent.
il est tout de même invaincu cette année. Il mérite de jouer en rapportant à chaque rencontre 1 à 2 points, non ?
bien sûr qu’il ramène des points, il ne joue que la dernière brèle de nos adversaires. N’importe qui ramènerait des points dans ces conditions. Il faudrait voir pour pas lui ériger une statue tout de même. C’est con, j’ai vraiment pas le temps de venir samedi, mais si j’avais le temps, je viendrais et prouverais à toute l’équipe, et à toi en même temps, que même sans entraînement, je pulvériserais l’adversaire que Seb devrait rencontrer.
ah, l’âme du compétiteur qui sommeille en toi se réveille gentiment. Peut-être devrais-tu faire le pas et trouver le temps pour revenir au sein de cette équipe pour y faire tes preuves. Mais je ne vais pas gaspiller plus longtemps ton temps précieux, cher Gérald, d’autant plus que j’entends des bruits de bouteilles qui s’entrechoquent. Je meurs littéralement de soif. Merci d’avoir pris ces quelques minutes pour me répondre à mes questions et à très bientôt au bord d’un court ou, encore plus probable, au fond d’un bar.
… que vois-je, derrière cette porte, une caisse de bière et une caisse de rouge, et marquée « réservé pour Georges Boissabierre. C’est pas possible, c’est pour moi et personne ne me l’a dit. Je suis complétement déshydraté depuis ce matin 9 heures et on me laisse mourir de soif alors que l’oasis était à mes pieds. Sabotage, je te le dis, cher ami lecteur, c’est du sabotage. 24 bières juste tièdes et 12 bouteilles de rouge tempérées à 30 degré, c’est juste la dose dont j’aurais eu besoin …
cher ami lecteur, ton club de cœur, tu l’as lu entre les lignes, n’a pas complétement perdu l’espoir de se promouvoir en deuxième ligue à l’issue de la dernière rencontre. Pourtant c’est un peu comme battre Nadal à Roland Garros : tout le monde croit que cela est possible mais, au final, personne n’y arrive. Il me tarde pourtant, tout comme toi sans doute, de suivre les matchs de samedi prochain, le suspens va être intense. En plus, contrairement à la misère de la vallée de la soif Broye, la buvette d’Aigle doit être achalandée avec les bons vins du coin. Je ne mourrai pas de soif là-bas, quel que soit le résultat de la partie.
cher ami lecteur, la saison touche presque à sa fin, mais elle aura été intense et son dénouement va être dramatique. Soit à l’écoute samedi prochain dès 9 heures, la journée sera passionnante.
… dites les gars, c’est lequel qui achète du ravitaillement pour moi et qui oublie de me le dire. C’est pas cool. En tout cas, soyez pas pressés ce soir, je ne part pas avant d’avoir tout terminé …
Georges Boissabierre, pour 1664 Farniente Corporation, Juin 2018, Lucens

