le bilan de la saison 2018

cher ami du beau jeu, bonjour,

« I have a dream », disait un certain Martin L. K. il y a quelques années de cela. Moi aussi, j’ai fait un rêve. Dans ce rêve, j’ai vu Lucens sur la plus haute marche du podium de son groupe. Dans ce rêve, j’ai vu Lucens promu dans une ligue supérieure. Dans ce rêve, j’ai vu des joueurs talentueux jouer sous les couleurs de Lucens. Dans ce rêve j’ai vu ces joueurs couverts de victoires et de gloire. Dans ce rêve… mais… tu le sais déjà, cher ami du beau jeu, ce rêve n’est pas devenu réalité. Mon réveil a été brutal, violent, cruel. Toutes les belles images, toutes les bonnes sensations se sont évaporées d’un coup, d’un seul, et je me suis retrouvé dans la dure réalité du quotidien : Lucens, notre équipe de cœur, restera en troisième ligue encore un soir, encore une heure, encore une larme de tristesse, encore une saison…

« ich bin ein Berliner », disait le resté très inconnu John Fitzgerald K. au pied de son avion. Moi je ne suis pas une boule de Berlin, je suis un Lucensois ! Dans mon cœur, dans mes trippes, et le rêve de voir mon équipe briller au firmament du tennis régional, s’est à nouveau brisé, cette année, sur la dure réalité des chiffres. Le rêve de grandeur et d’excellence s’est à nouveau évanoui devant ce mur d’insuccès, bâti juste pour gâcher mes espérances, nos espérances.

« tear down this wall », comme disait un vague cow-boy d’opérette, Ronald R., il n’y a pas si longtemps de cela. Abattez ce mur, que nous voyions enfin l’horizon, libéré, délivré de toute entrave. Repoussez les limites, vers l’infini et au-delà, afin de m’offrir du bonheur et de la félicité. Non, ne croyez pas amis joueurs, que votre rôle s’arrête à courir derrière des balles jaunes, blanches, jaunes et vertes, jaunes et rouges ou encore tout simplement vertes. Si c’était cela, quelques chiens feraient largement mieux l’affaire que vous. Non, sachez amis joueurs que votre rôle consiste aussi à donner de l’espoir, de l’espérance à toute une région. Il n’y a dans la Broye que peu de raisons de s’enthousiasmer, de s’enflammer. Peu de clubs, peu de sportifs, peu d’activités donnent des résultats probants et décisifs pour que les gens du cru puissent espérer sortir de leur marasme quotidien. Au fond des Corons de la Broye, le soleil ne brille que peu et le moral du peuple ne tient que par de brèves mais intenses illuminations. Noël et ses luminaires, la Fête Nationale et ses feux d’artifices, cela est bien peu pour aiguayer l’ambiance maussade du lieu. Cela rend la qualité de vos résultats, amis joueurs, d’autant plus importante et essentielle.

« j’accuse » écrivait un scribouillard de bas étage, Victor H., à la une d’un journal. J’accuse moi aussi, je vous accuse, amis joueurs, de ne pas avoir compris votre vrai rôle et l’importance politique de celui-ci. Vous dépensez sans compter les deniers publics, sans apporter en retour votre obole, votre offrande sous forme d’un résultat cohérent, marquant, significatif. Votre public, et moi le premier, se désespère et souffre le martyr, depuis maintenant trois longues saisons. Comme la peste noire et le choléra, vos manquements ravagent le territoire faisant le vide autour de vous.

« c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir » a dit le prisonnier Nelson M. en sortant de sa geôle. Qu’êtes-vous réellement prêt à faire pour amener le club qui vous soutient et vous nourri vers les sommets. Regarder vos différents parcours, c’est répondre à la question. Où est passée votre fierté, qu’avez-vous fait de votre égo, pour accepter de végéter au fond de cette basse ligue, comme l’eau croupie au fond de son puits.

« ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays » a aussi dit le très regretté et très inconnu John Fitzgerald K., peu de temps avant que son pays ne s’occupe définitivement de lui. Ne demandez pas ce que le club peut faire pour vous, mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour le club. Faites au moins un peu semblant de chercher des solutions à votre manque chronique de résultat. Essayez au moins de chercher des moyens de correction à votre stagnation crasse. Pensez large, ne laissez aucune idée sur le bas-côté du chemin. Pensez cousins de Sicile, pensez corruption, pensez moyen de pression, en un mot comme en cent : pensez peu, mais pensez bien.

« je vous promet du sang, des larmes, de la transpiration et de la fatigue » a dit au seuil de la guerre un insignifiant ministre anglais, Winston C. devant son peuple. Je vous promets du sang, des larmes, de la transpiration et de la fatigue… moi aussi. Car sans le sang, les larmes, la transpiration et la fatigue, il n’y aura pas de salut. Il n’y aura pas de rédemption. Vous pensiez qu’il suffisait de se présenter sur la terre ocre, de crapahuter un peu de gauche et de droite, de caresser légèrement ces jolies balles jaunes pour obtenir gloire et honneur. Non messieurs, ce serait trop simple, trop élémentaire. Je vous promets du sang, des larmes, de la transpiration et de la fatigue… mais je vous promets aussi que ce sang, ces larmes, cette transpiration et cette fatigue, vous apporterons la reconnaissance, la gratitude de tous vos supporters, et de vos supportrices, et de moi le premier.

« je vous ai compris » disait le grand dégingandé Charles de G. en reposant le pied sur sa terre natale. Moi aussi, je vous ai compris dans vos revendications, dans vos lamentations. Oui, je sais, les terrains changeants, les adversaires peu engageants, les balles volantes, les vents violents, tous ces paramètres se sont ligués encore cette année contre vous. Oui, tout n’est pas de votre faute. Oui les infrastructures déficientes, les instances dirigeantes exigeantes et le public nombreusement absent ne favorise aucunement vos ambitions, vos appétences.

« yes we can » a dit le très sombre Barack O. pendant qu’il battait sa campagne. Oui, nous le pouvons, voilà ce que je crie, la nuit dans mon délire, lorsque je rêve de vos victoires, de vos exploits. Oui, nous le pouvons, voilà ce que vous devez crier dans vos têtes, à chaque entraînement, à chaque match, à chaque fois que vous aurez une raquette dans votre main. C’est seulement si vous en êtes convaincu que vous serez capable d’atteindre le firmament, le zénith, votre Walhalla. C’est seulement en visant la lune que vous aurez une chance d’atteindre les étoiles. Et c’est seulement une fois les étoiles atteintes que le club se dotera, enfin, d’une buvette digne de vos résultats : une buvette fournie, accueillante et gouleyante, dans laquelle j’aurai enfin plaisir à venir vous accompagner et surtout m’y abreuver y chercher l’inspiration.

cher ami du beau jeu, la saison 2018 est morte et bien morte. Il n’est pas bon de ressasser le passé, mais toi et moi ne pouvons décemment pas accepter de tourner la page sans avoir un semblant d’explication sur cette bérézina, cette débandade, ce fiasco qu’a été le résultat de Lucens. J’ai donc convoqué tous les joueurs dans une buvette d’alpage valaisanne, en terrain neutre et éloigné des échecs de chacun, afin de leur laisser libre un esprit qu’ils ont sans doute du mal à reprendre.

… ce sont les valaisannes que j’aime, que j’aime, ce sont les valaisannes : oh pardon mademoiselle, je vous reluquais ruminais quelques pensées philosophiques en vous regardant venir. Comment ? ça s’est entendu ? Vous me faites un peu perdre mes moyens, je dois bien l’admettre. Qu’est-ce que vous avez l’habitude de servir à vos meilleures clients, les habitués du coin, pas les touristes, hein ? Du Fendant du Valais, en litre ! Bon, ben je vais me plier aux traditions locales, mettez m’en donc une pleine bouteille et un verre, ce sera parfait. Oui, ici sur la terrasse, près du bétail, j’adore regarder ces ruminants ruminer, cela me tranquillise …

Julien, toujours le premier à monter au front en assumant pleinement ton rôle de capitaine, c’est bien, très bien. Alors, le peuple, et surtout moi, demandons des réponses nettes et précises. Pas de faux-semblant, pas de chemin de traverse, que des lignes directes, ce sera le leitmotiv du jour. Ma première question est la suivante : à quand cette nouvelle buvette à Lucens ?

mon cher Georges, tout d’abord un grand merci pour nous avoir fait venir tout en haut de cette montagne, dans ce magnifique alpage d’où la vue serait splendide s’il n’y avait pas tous ces nuages qui cachent les sommets avoisinants. Comme tu me l’as demandé, ou plutôt comme tu l’as exigé, je vais te répondre directement, et sans chercher à biaiser : c’est pour bientôt.

mais encore, cher Julien, ce n’est pas très bien défini dans le temps, bientôt.

et bien, Georges, tu n’es pas sans savoir que nous avons extrêmement bien placé notre Président dans les instances politiques et décisionnelles de notre belle commune et que son influence va grandissante de mois en mois. Un premier projet a été refusé sans que sa responsabilité ne puisse être mise en cause. La présentation du deuxième projet a été repoussée aux calanques grecques sans qu’il n’ait eu son mot à dire. Par contre, il est très clair qu’une fois le deuxième projet refusé, le troisième projet refusé, le quatrième projet refusé, le cinquième sera le bon. Il faut donc compter deux ou trois ans pour le ficelage de sa présentation devant le conseil, plus deux ou trois ans pour l’adapter aux desideratas de chaque conseiller et conseillère, disons en tout entre 6 et 8 ans de délai. Mais la bonne nouvelle, pour toi, c’est que la mise en service de la buvette devrait être, elle, extrêmement plus rapide. Certains stratèges politiques planchent sur une solution intermédiaire, consistant à apporter un ou deux frigo-box au début de chaque rencontre. Si les conseillers et conseillères ne butent pas trop sur la couleur des dits frigo-box, je pense qu’avant 10 ans, notre club aura, grâce à cette solution moderne et innovatrice, une buvette digne des plus grands clubs de nos belles régions.

voilà, voilà… Je ne suis pas sûr que cette solution apporte vraiment du vin à mon moulin. Il va encore falloir que je me trouve un système personnel pour pouvoir m’abreuver en quantité et en qualité suffisante. Je connais trop bien votre penchant pour la bière sans alcool, dans ce club. Merci Julien, je n’ai pas d’autre question.

vraiment, je m’en sors bien pour ce coup-ci.

je plaisante bien entendu Julien, tu ne croyais tout de même pas échapper à mes questions sur les différents échecs de cette humiliante saison. Commençons donc par le début : les entraînements hivernaux. Bernard et sa femme, tenanciers et meilleurs clients de la très fournie buvette du tennis de Granges-Marnand, m’ont servi de rapporteurs pour cet hiver, occupé ailleurs que j’étais. Et pour rapporter, ils m’ont rapporté. Notamment le fait qu’ils n’avaient pas eu la chance de te voir fréquemment le vendredi.

je concède en effet mon manque d’assiduité aux entraînements hivernaux du vendredi. J’ai comme excuse un changement de poste de travail ainsi qu’une famille nombreuse et chronophage.

Par contre, et cela va sûrement te ravir, je te confirme que ton rôle de modèle et d’exemple en tant qu’entraîneur, a été pris très, très au sérieux par nombre de tes joueurs, puisqu’ils ont aussi séché à qui mieux mieux les vendredis, les uns après les autres. C’est évidement pénalisant pour les résultats, non ?

oui, sans doute. Que puis-je rétorqué à cela. Que j’ai créé de toute pièce cette équipe bout de bois senior, parce que je pensais qu’ils seraient plus sérieux et motivés que les juniors dont je m’occupe aussi. Je me suis trompé, c’est vrai. Je constate aujourd’hui qu’ils ne sont pas plus indépendants de moi les uns que les autres. Je constate que si je ne suis pas là, ils font tous autant de bêtises les uns que les autres. Je suis déçu, mais déçu, tu ne peux pas savoir. Pourtant, quand je serai KO, descendu de mon plateau de phono, poussé en bas par des plus beaux, des plus forts que moi, qu’est-ce qu’ils feront alors, dans cette petite mort, je te le demande ? Sera-ce la disparition de l’équipe, de mon œuvre ? Je ne peux le croire, mais je peux le craindre.

quelles sont les mesures que tu te proposes de prendre pour que tes gars soient motivés à s’entraîner pour faire enfin des résultats ?

j’ai proposé, à mon Président, l’organisation d’un séjour façon camp d’entraînement en Sibérie orientale pour endurcir tout le groupe durant ce mois de juin. J’avais pris quelques renseignements auprès d’un autre Président, d’un petit club de foot, militant dans les tréfonds d’une petite ligue pro à Sion. Il m’a assuré que les résultats étaient fabuleux. Manque de bol, il n’y a plus un hôtel de libre, les gars de là-bas organisaient déjà des rencontres internationales et sans grand intérêt avec quelques malheureux footeux. Y’avait une épéclée d’équipes d’un peu tous les pays du monde, ils ne pouvaient vraiment pas nous héberger en plus. Du coup, j’avais une solution de replis, à Londres, où j’avais déniché un petit hôtel tout confort et pas trop cher pour début juillet. Mais là aussi, cela n’a pas pu se faire, les courts attenants étaient tous pris durant la quinzaine. Y’avait environ 128 joueurs qui se sont organisés un petit tournoi ridicule et insignifiant, ils ne voulaient pas nous prêter ne serait-ce qu’un seul court.

et donc, tu n’as rien d’autre à proposer ?

si bien sûr, nous allons faire des entraînements tous les mercredis, chez nous, sur nos installations, à condition qu’il n’y ait pas d’orage, le Président n’a pas encore débloqué les fonds pour une bulle. Je pense que si chacun y met du sien, cela devrait être constructif et productif.

ok, je n’ai pas le sentiment que cela sera suffisant pour amener tout le monde au bon niveau. Surtout s’il n’y a pas de sanction en cas d’absence. Pourrais-tu me commenter ce qui vous a manqué cette saison, pour jouer les premiers rôles ?

tout d’abord, tout n’a pas été aussi catastrophique que tu veux bien le décrire. Serge a marqué son premier point après trois ans d’attente, masel tov ! comme quoi tout peut arriver dans ce monde de brutes. Ensuite, Seb a gagné tous ses matchs après son année 2017 noire et misérable. Et, pour terminer, nous finissons tout de même troisième d’un groupe relevé. Ce sont là des choses auxquelles nous devons nous accrocher et dont nous pouvons être fiers. Maintenant, il est clair qu’ils nous manquent de-ci, de-là, quelques points. C’est difficile d’analyser en détail où nous aurions pu grappiller les miettes qui nous manquent pour passer l’épaule. Paul n’a pas tenu son rang de renfort c’est sûr, son nombre de défaites l’attestent, mais Serge, malgré son point gagné, non plus ; lui aussi a aligné les défaites cette saison. Moi-même j’ai perdu un ou deux matchs que je n’aurais jamais du perdre, ce sont des exemples pris au hasard dans une longue et pénible liste. Et puis, il y a les absences, tellement d’absences. Gérald que l’on n’a pratiquement jamais vu, Jean-Luc qui part festoyer au Portugal au plus mauvais moment ou encore Laurent qui prend des vacances avant la fin de la saison. Le manque de résultat additionné aux absences, c’est à coup sûr des facteurs aggravants pour la qualité de notre score global.

il y a en effet certainement une relation de causes à effets. Tu dis que tu as perdu quelques points en route, toi aussi. C’est tout à ton honneur de reconnaître cela, sachant ton caractère de gagneur. Comment as-tu pris ces défaites successives et répétées : bien-bien, bien ou pas très bien ?

je crois pouvoir dire que je m’en suis bien sorti, cette année, au niveau psychologique. Je n’ai du ajouter que deux séances à ma séance hebdomadaire habituelle chez mon psy. Il m’a trouvé très zen en regard à mes résultats poussifs. Je ne lui ai brisé que 3 chaises, 18 vases et 5 cadres pour photo par semaine. J’ai donc été tout en retenue, même si la séance du lundi était la plus rude pour son mobilier. Fabienne m’a aussi trouvé très modéré, mais a tout de même éloigné les enfants les trois premières heures après ma rentrée de chaque rencontre. On n’est jamais trop prudent, hein ?

oui, c’est vrai. Cela n’est pas inquiétant pour toi que ta famille doive prendre des précautions pour éviter des réactions trop vives de ta part lorsque tu perds un match ?

non, c’est la norme chez nous, on est tous un peu à vif après le sport. Mais rien de grave, quelque prozac et un peu de repos dans notre chambre de contention toute neuve et plus rien n’y paraît par la suite : aucun souci.

ok, tant que cela est bien vécu par toute la famille, rien à redire pour personne. Comment vois-tu la préparation de la saison prochaine et le déroulement de celle-ci ?

la montée en ligue supérieur c’est un peu comme la Suisse championne du monde en football : une chimère. Je crois qu’il me faut accepter que je n’aie pas encore les bons joueurs avec moi. Je vais donc prendre mon mal en patience et m’appliquer à former correctement la relève afin d’assurer des jours meilleurs à Lucens. Je pense qu’à l’inauguration du nouveau complexe sportif de Lucens et, donc, de nos nouveaux courts, dans 25-30 ans, j’aurai des équipiers dignes de mon talent et, qu’ensemble, nous ferons de grandes choses.

vu comme cela… Tu es tout de même conscient que tu auras environ huitante ans ?

oui, c’est vrai, mais j’aurai travaillé mon tennis et mon physique toutes ces années et je serai fit de chez fit pour mettre une trempe à tous mes adversaires. Eux aussi auront vieillis, non ?

pas sûr que tu rencontres les mêmes adversaires qu’aujourd’hui, non… Mais je ne vais pas t’expliquer le concept maintenant, cela risquerait de prendre un temps fou. Mon cher Julien, que me reste-t-il à te souhaiter pour les mois qui viennent ?

un peu plus de temps pour ma famille, pour mes activités extra-professionnelles et beaucoup de succès dans les matchs « amicaux » que je ne manquerai pas de faire. Je compte beaucoup me refaire un moral tout neuf en mettant une trempe à chacun des membres de mon équipe afin d’assoir, à nouveau, mon autorité. Il serait grand temps qu’ils me reprennent un peu au sérieux, cela m’assurerait des entraînements hivernaux efficaces et productifs.

C’est donc tout le malheur que je te souhaite et me réjouis déjà de rendre visite à Bernard et sa femme, à la buvette de Granges afin de pouvoir suivre vos progrès que tout le monde espère grands.

… ce sont les valaisannes que j’aime, ce sont les valaisannes, en effet mademoiselle, je parlais de vous. Mais qu’en bien, je vous rassure. Le Fendant que vous m’avez servi tantôt, il pique un peu tout de même. Vous n’auriez pas quelque chose de plus soyeux ? Une petite quoi ? Arvine ? Jamais entendu parler, ça se boit ? Bon, écoutez, je suis ouvert à tout, moi, donc allons-y pour une bouteille. Non, je garde le même verre, merci …

Gérald, très cher, merci d’avoir pris sur ton précieux temps pour me rejoindre dans ce magnifique alpage, je sais que cela n’a pas du être facile. Gagnons donc du temps en allant droit dans le vif du sujet. Un seul match, en double, et une défaite, cette saison, voici un palmarès tout à fait décevant pour un compétiteur émérite comme toi ?

je serais gonflé de te dire le contraire, mon cher Georges, en effet. Même dans mes pires années de basket, je n’ai jamais vécu cela.

tu avais annoncé tes absences les samedis et cruel manque de chance, énormément de rencontres se sont passées le samedi. En plus les rares matchs qui se sont passés le dimanche, tu étais finalement aussi absent.

je pourrais presque croire que c’est à dessein que toutes ces rencontres ont été planifiées sur les quelques peu de jours durant lesquels je ne pouvais pas être présent. Il faut dire que mes résultats de l’année passée ont certainement effarouché mes adversaires. Ils ont certainement établi des tactiques anti-Gégé et cela a fonctionné à merveille : je n’ai pas pu jouer et nous ne nous sommes pas qualifiés pour la suite de la compétition.

au regard de ta présence aux différents entraînements, hivernaux et même estivaux, penses-tu vraiment que tu aurais pu faire la différence, cette saison ?

clairement ! Mon expérience de la haute compétition, mon talent naturel et mon besoin de montrer à ma progéniture un exemple positif, m’auraient transcendé et auraient fait de moi un vainqueur en puissance. J’aurais ramené tous les points des matchs auxquels j’aurais pu participer.

pourtant le seul match que tu as joué, tu l’as perdu. Les faits contredisent assez fortement tes paroles ?

ne nous arrêtons pas à ce genre de détail, mon cher Georges. Ce match était une erreur dans le programme, le grain de sable dans la belle mécanique que je suis. Il n’est pas dans mes habitudes de rejeter la faute sur les autres, mais il me faut tout de même te faire remarquer que nous étions censés être deux sur le court, ce jour-là. Pourtant, je me suis senti bien seul, abandonné par un partenaire loin de son rendement habituel et prompt à lâcher l’affaire sitôt que le vent a tourné en faveur de nos adversaires. Seul, j’aurais peut-être pu, su tourner le match, mais à trois contre un, mes chances étaient très limitées.

Julien a admis avoir été un peu en dessous cette année, mais de là à lui mettre toute la faute sur le dos, il y a un pas que je n’aurais osé franchir. Je te laisse assumer tes paroles. Toi qui te veux un exemple pour tes enfants, ne devrais-tu pas aussi leur inculquer les valeurs de l’entraînement, de la préparation, en participant beaucoup plus assidument l’hiver, mais aussi le reste de la saison, aux différentes rencontres organisées par Julien ou moins organisées par d’autres membres du TC Lucens ?

dans le sport de haute compétition, ce n’est pas les moyens qui comptent mais le résultat. Regarde Petkovic et son équipe de foot : il sait qu’en rencontrant le Brésil, il devait absolument se méfier de Neymar. Il choisi le bûcheron de son équipe, lui met les chaussures à tricounis adéquates et résultat ? Le gamin des favelas touche le ballon, mais beaucoup plus souvent la pelouse avec le nez et la Suisse emporte un point. Crois-tu vraiment, mon cher Georges, que c’est les entraînements, la répétition des efforts qui a permis ce résultat ? Ne soyons pas naïfs, c’est un moyen spécifique mis en œuvre au bon moment qui ramène ce point, c’est tout. C’est cela que j’inculque à mes filles en particulier. Tu veux gagner à coup sûr, met un grand coup dans le genou de tes adversaires, discrètement mais fermement, et la médaille sera à toi. Pour rappel, cette tactique m’a été suggérée, il y a quelques petites années, par Seb en personne. Regardes ses résultats cette année, et tu comprendras qui a raison.

oups, Gérald, je ne te connaissais pas cette facette-là. Es-tu sûr que tu as vraiment toute ta tête ? Que sont devenues les valeurs de fair-play et beau jeu, dans tout cela ?

y’en a assez de toujours finir à la deuxième place, maintenant. Moi je dis que si tu n’as pas les moyens techniques, physiques ou psychologiques suffisants pour devenir un ou une championne, il faut mettre en œuvre des tactiques saines et constructives pour tout de même y arriver. J’ai d’ailleurs souscrit un abonnement famille auprès des cousins siciliens de Jean-Pierre, qui m’ont garanti le succès, pour moi et mes enfants, même en cas d’absence dans les compétitions. De plus, j’ai commandé à JP des produits améliorants sensiblement nos performances, pour des fois que nous soyons, moi ou mes enfants, présents dans l’une ou l’autre des journées de compétition. Il obtient de très bons produits, depuis qu’il participe au petit commerce du Junior de Valeyres.

tu me parles de dopage là, mon Gérald, c’est strictement interdit dans toutes les compétitions, en tout cas en Suisse. Tu le sais ça ?

dopage, dopage, tout de suite les grands mots. Les cousins, ce n’est pas du dopage, ça, ou alors juste un peu de dopage « technologique », comme les vélos électriques quoi. Ce n’est pas plus grave que cela. Regarde Cancellara dans le tour des Flandres : tout le monde sait qu’il avait un moteur sur son vélo, mais il n’a pas été disqualifié. C’est ça l’effet cousins siciliens : tu peux te permettre des choses que ceux qui n’ont pas d’accointances avec eux, ne peuvent pas se permettre. Cancellara, c’est d’origine sicilienne, c’est bien connu. Pour ce qui est des produits de Junior, je t’assure que tout est à base de produits naturels. Ils sont juste retraités, conditionnés et envoyés, sans plus de chichi que cela.

Tout cela me paraît tout de même à la limite extrême de la légalité. Surtout, tu n’enseignes pas l’éthique à tes enfants ainsi. Toi qui es RH, tu devrais être un garant de l’éthique, son plus grand défenseur.

c’est tout à fait juste dans le fond. Mais si je veux aller au bout de mes rêves, tout au bout de mes rêves, ou la raison s’achève, je me dois de prendre des mesures énergiques et efficaces. Le temps presse, il est un peu court, le temps qu’il me reste au plus haut niveau n’est que minutes et jours, vois-tu.

ne dis pas cela, mon cher Gérald, certains de vos adversaires ont plus de septante ans et tiennent encore parfois la dragée haute à des gamins comme toi. Tu pourrais en faire de même, avec un peu de volonté et d’entraînement.

c’est pour cela que j’utilise ces quelques astuces, pour durer encore un peu. Tant qu’il y aura des cousins et des bons produits sur le marché, je continuerai à effrayer mes adversaires et à leur voler des points. C’est aussi facile que cela.

je ne suis pas sûr que, sur la durée, cela ne va pas se remarquer. Mais bon, c’est à toi de voir. Je ne dois donc pas te souhaiter de bons entraînements ces prochaines semaines, cela te sera inutile. Qu’as-tu donc besoin pour la suite ?

je souhaite trouver un peu de temps pour moi, en dehors de mon boulot et des différents accompagnements de mes enfants dans leurs activités de plus en plus prenantes. M’assoir sur un banc, cinq minutes avec moi et regarder les gens tant qu’il y en a…

cela s’apparente à de la méditation. Elle te ferait certainement beaucoup de bien, pour réfléchir à tes erreurs passées et futures. Et bien, cher Gérald, je ne veux pas te voler plus de temps que cela, peut-être devrais-tu t’assoir au bord du champ, devant nous, et regarder les vaches ruminer, il y en a… Ce serait un bon début.

… ce sont les valaisannes que j’aime, ce sont, ah mademoiselle, vous répondez de plus en plus vite à mes appels, pourtant bien discrets. J’ai cru voir en entrant, des bières valaisannes garnir votre frigo. Cela fait bien longtemps que je n’ai goûté à cette divine spécialité de votre beau canton. Mettez m’en deux grandes, j’ai justement une toute petite soif …

Laurent, merci aussi à toi d’avoir bien voulu rater une fête et écourter tes vacances pour répondre à ma convocation. Ce n’est pas très facile de fixer une date à laquelle tu n’es pas déjà occupé. Une saison franchement en demi-teinte cette année, avec seulement deux simples joués et trois doubles, quatre victoires pour une défaite. Un bilan juste satisfaisant pour un grand compétiteur comme toi, je me trompe ?

je ne dirais pas cela, Georges. Comme j’ai été bien occupé ce printemps, il a fallu que je fasse des choix. J’ai donc participé aux maximums de rencontres possibles et ai tout donné pour optimiser les résultats. Une défaite pour 5 matchs, sans être extraordinaire, n’a pas de quoi me faire rougir. Certains ont fait beaucoup moins bien.

bien sûr que certains ont fait moins bien, mais quand on sait le peu de point qu’il vous a manqué pour avoir le droit de rêver à la ligue supérieur, on est en droit de se demander, pour chaque point perdu, s’il n’était pas possible de faire mieux. As-tu un commentaire à faire sur votre classement de cette année ?

franchement, avec le niveau de l’équipe cette année, on s’en sort bien. Quand j’ai vu le peu d’implication que pratiquement toute l’équipe à mis dans les entraînements, je me suis quand même posé des questions quand à ma participation. Je m’attendais à ce que l’on finisse dans les confins du classement et cela aurait fait une tache noire sur mon palmarès personnel. J’ai tout de même une réputation de vainqueur à tenir et je ne suis pas prêt à la mettre en jeu pour une équipe de bras cassés et de papoulons.

selon toi, c’est donc bien le manque d’entraînement qui vous fait perdre les points si précieux ?

c’est certain, mes partenaires n’ont pas le talent nécessaire pour se permettre de faire l’école buissonnière pendant l’hiver. C’est bien joli de vouloir faire du ski, de la raquette ou du patin à la place du tennis, les vendredis. Mais il ne faut pas rêver, sans mon talent naturel et inné, l’entraînement devient indispensable. C’est donc en toute logique que la plupart sont revenus sans point pratiquement chaque samedi ou dimanche.

cela doit être frustrant de se dire que vous allez jouer à nouveau dans une ligue indigne de vos ambitions, non ?

oui… et non, finalement. Avec le temps, avec le temps va tout s’en va, les ambitions, les illusions, tout s’en va. Je relativise aujourd’hui beaucoup plus qu’il y a trente ans. Je n’ai plus autant besoin de gloire et de notoriété. Je me concentre sur moi, ma personne et mes proches, laissant les ondes négatives créées par les boulets qui m’entourent, me glisser sur la peau. Ainsi, je ne suis plus autant touché par des résultats calamiteux. Je regarde tout cela avec beaucoup de recul.

est-ce à dire que tu as abandonné tout espoir de promotion ?

franchement, Georges, il nous faut, tous les deux, être réaliste. Quel avenir a cette équipe avec ses membres actuels. Tu crois vraiment qu’elle a assez de caractère pour réussir l’année prochaine ou les suivantes ce qu’elle n’a pas réussi ces trois dernières années ? Sérieux, tu y crois toi ?

à vrai dire, j’ai aussi mes petits doutes, mais je m’accroche encore à mes illusions ?

c’est exactement le mot que nous devons utiliser : illusion. C’est une illusion de croire que les membres de l’équipe seront un jour capable de passer un cap, de franchir la péninsule pour atteindre le niveau supérieur. C’est une illusion de croire que les membres de l’équipe seront un jour capable de fournir les efforts nécessaires pour surpasser leurs adversaires. C’est une illusion de croire que, parce que nous y étions presque à chaque fois, nous aurons une chance de plus l’année prochaine. C’est une illusion de croire que nos adversaires nous offrirons un jour la promotion. C’est juste une illusion, à peine une sensation.

un discours bien noir que je n’ai pas l’habitude d’entendre dans ta bouche. Aurais-tu perdu ton optimisme légendaire ?

non je suis toujours à fond dans la vie, pour toutes mes autres activités. Les fêtes de famille, les baptêmes, les mariages, les barmitsvas, les boums et les surboums, pour tout cela je suis toujours à fond. Mais les interclubs avec Lucens… comment dire… cela restera un grand vide dans mon CV.

difficile donc de te demander ce que tu souhaites pour la saison prochaine.

non, c’est au contraire très facile. Je souhaite beaucoup de mouvements, de la dance, et de la joie. Les jeunes qui m’entourent devraient commencer à se marier gentiment, cela nous promet une saison fantastique avec, qui sait, plusieurs fêtes par week-end.

mais pour le tennis ?

ne t’inquiète donc pas, cher Georges, je serai présent comme cette année. Moi je suis toujours motivé lorsqu’il s’agit de me montrer. L’avantage avec des coéquipiers comme j’ai, c’est que l’on me remarque plus facilement. La concurrence est trop faible…

eh bien je suis content de savoir que l’équipe pourra encore compter sur toi la saison prochaine et j’espère que nous te verrons un peu cet hiver aussi, pour les entraînements à Granges. En attendant passe un bel été festif et orgiaque.

… ce sont les Valaisannes que j’aime, que j’aime, ce sont les… eh oui, je suis encore là, mademoiselle. Votre meilleur client, fidèle au poste… fidèle au bar, fidèle en amour, comme on dit chez moi… réfléchissez bien à cela. Et puis notre union potentielle apporterait un peu de sang neuf dans ce canton très consanguin tout de même. Dites-moi, ce vin en litre, il vient de chez Giroud ? Oui, il me semblait aussi qu’il avait un fumet d’Afrique du Nord. Mettez-moi tout de même encore une bouteille de Fendant. Bien frais, il fait illusion …

salut Jean-Luc, bienvenu dans ton deuxième chez toi. Tu es presqu’à la maison quand tu es en Valais ?

en effet, très cher Georges, de par mon mariage, j’ai certaines accointances avec cette magnifique région. J’y viens très régulièrement voir la famille et les amis. J’y apporte aussi un peu de culture et d’éducation : le fond des vallées n’est pas encore toujours très sociabilisé. Il faut dire, pour les excuser, que cela ne fait pas si longtemps qu’ils y reçoivent les nouvelles du monde par l’intermédiaire de la télé ou des journaux. Il n’y a encore pas si longtemps de cela, il n’avait que le Nouvelliste pour s’instruire, c’est te dire…

avec ton caractère bien trempé et celui des autochtones qui ne l’est pas moins, cela doit faire parfois des étincelles, non ?

penses-tu, jamais un mot plus haut que l’autre. Même s’ils ne sont civilisés que depuis peu de temps, les gens du coin sont accueillants et respectueux de la parole de l’étranger. Ils sont toujours avides d’apprendre et je leur sers souvent de lien avec le reste du monde. Aussi, lorsque l’on se rencontre, j’amène mes arguments et ils écoutent. Je prends les plus dissipés parfois en aparté, dans les arrières salles pour affiner les détails. Même s’ils ont la tête dure, ils finissent toujours par capituler revenir à la raison.

super, je suis très content d’entendre cela. Te connaissant, j’avais un peu peur que tu ne sois mal perçu et que ta belle personne ne soit pas jugée à sa juste valeur. Revenons un peu à cette saison et aux résultats peu reluisants y attenant. As-tu un commentaire à me faire ?

je dirais que, personnellement, moi j’ai fait une saison moitié-moitié. 4 matchs joués, 2 simples gagnés, 2 doubles perdus, cela me prouve une fois de plus que je ne peux compter que sur moi dans la vie. C’est toujours la même rengaine : quand je suis mon propre maître, je suis au top, mais sitôt que je dois m’adjoindre un boulet, je suis freiné dans mon élan.

en plus, tu ne t’es pas gêné cette année pour critiquer ton entraîneur qui, selon toi, t’a un peu relégué au rôle de second couteau.

définitivement, j’ai toujours été poussé vers l’arrière. Moi je m’voyais déjà en haut de l’affiche, en dix fois plus gros mon nom s’étalait, et paf, j’ai joué tous mes matchs sur des courts de seconde zone, j’ai joué tous mes matchs contre des adversaires de seconde zone. J’ai vraiment eu l’impression d’être un membre de l’équipe de seconde zone. J’ai besoin de plus et je mérite plus. J’ai fait des efforts que personne dans l’équipe n’a faits, pour me mettre au niveau des tout meilleurs. Résultat, je suis mis à l’écart, je suis quasiment désavoué. Ce n’est pas juste et je m’en suis entretenu avec mon capitaine. On s’est rencontré entre quatre yeux, dans les vestiaires. L’entrevue a été courte, mais percutante. Julien a été très frappé par mes arguments, je sais être très persuasif quand cela est nécessaire…

du coup, il a tenu compte de tes reproches ?

oui, il n’avait que ça à faire, et j’ai pu jouer en numéro deux le dernier match contre Aigle. Ceci-dit, j’ai quand même du me taper le court numéro deux. Bon, je te l’accorde, l’entraineuse des juniors présente sur le troisième court a un peu égayé ma journée.

ferme la bouche quand tu penses à elle, tu baves un peu… de manière générale, comment juges-tu la performance globale de l’équipe, cette saison ?

franchement, c’est un peu difficile de parler de performance quand on sait qu’au final nous restons dans cette maudite troisième ligue. Je le dis depuis le début, mais c’est encore plus vrai maintenant que je tiens la forme de ma vie : nous devons absolument aller nous battre une ligue plus haut, au minimum. A vaincre sans péril, la victoire n’a pas de saveur.

si l’on regarde les résultats, vaincre sans péril est un bien grand mot, non ?

je suis franchement persuadé que si nous rencontrions des adversaires plus performants, chaque membre de l’équipe serait plus impliqué quand à son rendement personnel. Si tu sais que la prochaine rencontre sera contre un papy de plus de 70 ans, c’est difficile de s’impliquer dans une préparation correcte et efficace. Certains se présentent donc avec une motivation au ras des chaussettes et se font surprendre pendant leur match et finissent par le perdre. Si ces mêmes joueurs avaient la pression d’un adversaire à leur hauteur, ils auraient une toute autre approche des matchs et seraient automatiquement plus performants.

prétends-tu que l’équipe aurait de meilleurs résultats en deuxième ligue ?

ne me fais pas dire ce que je n’ai pas dit, hein. Evidement que nous prendrions des tôles en deuxième ligue, en tout cas la plupart d’entre nous. Mais la qualité du jeu serait bien meilleur et le potentiel de progression de chacun multiplié de manière exponentielle par rapport à aujourd’hui. Ils me le disent assez aux Alpettes, lorsque je m’y rends pour des séminaires de remise en forme : si tu veux être performant, il te faut fréquenter des gens performants. C’est pour ça que cet hiver j’ai beaucoup joué avec un pote, ancien R5. J’ai beaucoup appris sur moi et sur mon tennis en le fréquentant. Et c’est donc pour cela aussi que j’aimerais que nous montions en deuxième ligue.

tu le dis toi-même, certains risquent de se prendre des scores très secs là-haut. Ne serait-ce pas dangereux pour l’ambiance dans l’équipe de finir dernier du groupe avec quelques misérables points ?

ce n’est jamais très agréable de ne pas jouer les premiers rôles, c’est vrai. Mais cela fait aussi parti du dur apprentissage de la vie que de prendre quelques roustes de temps à autre. Cela remet les idées en place et ce ne serait pas un mal pour certains, c’est moi qui te le dis. Ce qui ne tue pas, rend plus fort, a dit Nietzsche pendant un séjour aux Alpettes… ou ailleurs, je ne sais plus très bien. Mais cette maxime est parfaitement vraie. Comme l’a très bien aussi résumé notre Stan national : déjà essayé, déjà échoué, peu importe, essaie encore, échoue encore, échoue mieux. C’est comme cela que tu progresses et que tu fais de meilleurs résultats sur la durée.

tout cela est évidement juste pour toi, un homme de caractère fort et de physique impressionnant. Il y a dans l’équipe des petits minets, des poids plumes et dans la tête et dans le physique. Ce n’est pas sûr qu’il puisse suivre une telle philosophie.

qu’à cela ne tienne, je connais une bonne adresse pour toute aide psychologique. Pour le physique, par contre, ils devront trouver des solutions tout seuls, ce n’est pas de ma faute s’ils n’ont pas mangé leur soupe comme gamin. Plus sérieusement, je pense que même un peu secoué, ils apprendraient et progresseraient mieux en perdant contre de bons joueurs qu’en perdant contre de mauvais joueurs. Je crois vraiment que nous devons donner un coup de collier l’année prochaine pour passer à l’étage supérieur.

l’excellente nouvelle c’est que tu repars pour un quatrième tour en inscrivant tes ambitions pour la saison prochaine. C’est magnifique et je pense que je dois te souhaiter plein succès, donc.

oui, je ne veux pas abandonner sur un échec. Je vais continuer à m’entrainer comme une bête en espérant être une source d’inspiration pour les autres. Mon but c’est d’être encore plus fit la saison prochaine que cette saison et de gagner tous les matchs auxquels je prendrai part. Je dois aussi dire que j’espère être promu R7 pour 2019, cela me permettra de ne pas toujours être celui qui doit se contenter des courts annexes et des adversaires de second plan.

eh bien, Jean-Luc, je te laisse partir sur ces belles ambitions. Je crois savoir que tu rejoins tes proches au fond d’une profonde vallée de ce beau Valais : ils seront certainement très content de recevoir des nouvelles d’ici et d’ailleurs. Je te dis : « à la saison prochaine ».

ce sont les valaisannes que j’aime, que j’aime… Aaaah mon charme opère, vous répondez immédiatement à mon appel à présent. Comment ? Ce sont les autres clients qui se plaignent que je chante faux… Bande d’incultes, ils ne connaissent pas le jazz moderne, certainement des Anniviards… Ils viennent de Lausanne… ouais, bon, des culs de Vaudois, comme vous dites ici… En attendant, moi je suis assez pour que vous me serviez votre bonne bière du Valais, non seulement une, pour l’instant …

Serge, mon ami, assied-toi et regarde-moi ce paysage. Oui, d’accord c’est brumeux, mais qu’est-ce que cela doit être beau quand le soleil brille. Alors, raconte-moi, quel effet cela te fait d’avoir marqué ton tout premier point dans cette compétition ?

c’est vraiment un sentiment unique, mon cher Georges. Cela fait maintenant tellement longtemps que j’attendais cela, que je ne vais surtout pas bouder mon plaisir. C’est juste dommage que la saison soit terminée, j’aurais aimé pouvoir profiter de ce nouvel élan pour confirmer derrière directement.

en effet, cela aurait été magnifique de pouvoir y ajouter un deuxième point avant la fin de la saison. Ce n’est pas pour remuer le couteau dans la plaie mais il te faut tout de même commenter le reste de ta compétition qui est malheureusement moins glorieuse.

Oui bon, 5 matchs joués, 4 défaites de rang, ce n’est effectivement pas très folichon. J’ai, comme les deux saisons précédentes, eu du retard à l’allumage. J’ai fait un entraînement hivernal correct et je trouve que mon jeu a très bien évolué. Malheureusement, il a fallu attendre le dernier match pour que je réussisse à concrétiser mes progrès. Cela se passe aussi beaucoup dans la tête : tous les grands champions le disent. Si tu ne gagnes pas, tu doutes, et si tu doutes tu fais les mauvais choix et tu perds les points importants. C’est ce qui m’est arrivé, en gros, avant mon dernier match.

Cela prouve tout de même que tu es sur le bon chemin. Comment vois-tu l’évolution de l’équipe, en général ?

certains joueurs ont fait de réels progrès, Jean-Luc en est un exemple flagrant. Dans l’ensemble, nous avons une équipe qui peut jouer la gagne et la promotion. Mais je crois tout de même que certains d’entre nous n’ont pas leur place en deuxième ligue. Personnellement, j’aurais besoin de confirmer mes progrès et ma victoire, et je suis très content de pouvoir, la saison prochaine encore, militer en troisième ligue. Cela sera plus facile. Mais j’espère, comme les autres, avoir une fois la chance de tester la ligue supérieure.

avec ton point gagné, tes ambitions prennent l’ascenseur, c’est bien. Je te pose aussi la question que j’ai posée à Jean-Luc : ne crois-tu pas que jouer en deuxième ligue risque d’être démotivant si les résultats ne suivent pas ?

bof, cher Georges, moi j’ai joué 11 matchs ces trois dernières saisons et je n’en ai gagné qu’un. Tu comprendras qu’au niveau mauvais résultats je suis assez blindé. En perdant contre plus fort que moi, je frustre aussi moins que quand j’ai l’impression qu’il eut été possible de gagner. Je suis donc prêt à prendre le risque. Je crois pouvoir parler au nom de mes petits camarades, on a assez tous envie de tester nos aptitudes vers le haut. En plus, rien n’est écrit dans la pierre, il n’est pas impossible que certains se révèlent beaucoup plus fort qu’ils ne l’ont démontré jusqu’ici, moi par exemple.

on peut bien sûr rêver, cela ne coûte rien. Qu’est-ce que tu as prévu, personnellement pour t’offrir la possibilité d’avancer encore plus dans ton tennis ?

d’abord, je me suis remis à faire du physique, par la pratique du vélo. Je vais au travail presque tous les jours avec ma bicyclette. J’ai constaté, après bien quelques remarques de ma Coralie, que mes nombreuses vacances à travers le monde avaient arrondi légèrement mes formes. Ensuite, je vais sur les courts à Lucens, très régulièrement, travailler ma technique. J’emmagasine ainsi de l’expérience et de la confiance. Cet hiver, je suivrai les entraînements le plus intensivement possible. Je devrais ainsi me retrouver, au printemps 2019, dans une forme exceptionnelle et avec un moral au top, afin de confirmer mon renouveau et mon point lors de ce tout dernier match à Aigle.

c’est magnifique de te voir motivé comme cela et de voir ta foi en toi. Il va falloir évidement faire très attention aux blessures qui ne t’ont pas épargnées ses dernières années.

je travaille en effet à cela. Mes fasciites à répétition ont clairement ralenti ma progression. Qui sait où j’en serais aujourd’hui, si j’avais eu toutes mes capacités physiques. Je ne veux plus de frein dans mon évolution à cause de pépin de santé. Je fais donc attention à bien alterner mes périodes d’entraînement, le matin et le soir en me rendant au boulot ou encore le soir sur les courts de Lucens, avec mes périodes de repos, la journée pendant le travail. En continuant à garder cette bonne alternance, je devrais être épargné par les soucis physiques.

fantastique, je te sens vraiment beaucoup plus sûr de toi. Ton point t’a ouvert une voie que tu te dois de suivre.

c’est vrai que j’ai ressenti comme un déclic lorsque j’ai serré la main de mes adversaires, à la fin du match. J’ai enfin compris ce que doivent ressentir les champions lorsqu’ils soulèvent la coupe. C’est une sensation que je veux absolument encore avoir et je vais travailler pour cela. Fini les excès alimentaires et alcoolisés, ou alors je compenserai par encore plus d’activité physique. Mais surtout, je vais travailler ma force mentale. Jean-Luc m’a donné son adresse aux Alpettes et je vais certainement y faire un tour pour me forger un mental d’acier pour être ainsi capable de surmonter le stress des matchs et la peur de perdre. Ce n’est qu’avec cet outil supplémentaire que je pourrai réellement prétendre aux titres.

mais où est donc passé le petit Serge, tout introverti et timide. Tu es clairement plus fort et plus volontaire depuis la fin de cette saison et cela devrait effectivement t’apporter des points la saison prochaine. Est-ce que le fait d’avoir un matricule R8, participe aussi à ce renouveau ?

c’est sûr que cela a été agréable de ne plus être le dernier de la couvée. Le regard de mes adversaires a changé complètement. J’y ai vu beaucoup plus de crainte et de respect. C’était agréable, je dois bien l’avouer. Maintenant, le matricule n’est rien si les résultats ne suivent pas. J’espère que Swiss Tennis tiendra compte de mes progrès et me laissera mon R8 pour la prochaine saison. Je saurai leur prouver en retour qu’ils auront eu raison et alliant mon classement à mes résultats.

super Serge, je te souhaite donc ceci, mais aurais-tu d’autres souhaits à réaliser jusqu’au printemps prochain ?

la santé, l’amour et le succès… je ne vois pas plus important pour l’instant. Je travaille ces trois facteurs pour rester au top et j’ai confiance. En plus, je me souhaite aussi toujours autant de vacances durant l’année. J’ai déjà bien profité, mais il reste encore tant de choses à faire, tant de régions à voir. Et puis, avec ce rythme effréné que je m’impose au niveau entraînement, les journées de travail ne suffisent presque plus pour me reposer, je dois donc absolument me ménager des îlots de calme et rien de tel que des vacances pour cela.

je constate que la vie est belle pour toi, tant mieux, après toutes tes galères physiques, il était temps que tu puisses enfin reprendre le dessus. Tu peux quitter cette table tranquillement et je te conseille de profiter encore de ce lieu idyllique pour te ressourcer encore un peu, cela participera à ta plénitude et ta sérénité.

ce sont les valaisannes que j’aime, que j’aime, ce sont les valaisannes que j’aime le mieux… euh, bonjour Monsieur, elle est où la jolie mademoiselle qui me servait si agréablement tantôt ? En pause ! Ok, mais elle revient tout à l’heure, ou bien ? Tant mieux, je ne désespère pas de pouvoir la demander en mariage… En attendant, vous seriez bien aimable de me servir un coup de rouge, j’ai besoin de changer de couleur. Un Gamay de chez Giroud ? Ouais, ça me va, mettez m’en une bonne bouteille. Un litre capsulé ? Ecoutez si vous me dites que c’est du bon, ça me va parfaitement …

assied-toi en face, Jean-Pierre, juste le temps de me remplir mon verre et je suis à toi. Alors, raconte-moi, cette saison en tant que co-leader de l’équipe, bonne ou pas bonne pour toi ?

eh bien, voyez-vous cher Georges, avec plus de victoires que de défaites et en ajoutant la manière aux résultats, je suis plutôt content de ma saison. Pas de blessure, pas trop d’énervements provoqués par des adversaires ne respectant pas mes règles, une excellente ambiance dans les troisièmes mi-temps, je ne vois vraiment aucune raison de me plaindre.

tu attrapes le matricule R7 in extremis pour le début de saison, cela a-t-il influencé d’une quelconque manière ton entrée en matière dans la compétition ?

non, absolument pas. R7 ou R9, cela ne change rien et dans ma préparation et dans mon appréhension des matchs. Je garde toujours mon rituel et mes habitudes afin de ne pas me déstabiliser. Je me mets toujours dans un bulle les jours de matchs. Je garde le contrôle et ainsi rien ne peux venir contrarier ma tactique. Je vois trop de coéquipiers autour de moi, faire tout et n’importe quoi avant de rentrer sur le court. A voir leurs résultats, ce n’est absolument pas la bonne attitude à avoir. Moi et mes rites, on maîtrise totalement la situation et cela paie et au niveau des scores et au niveau de mon classement.

en effet, les chiffres ne viennent pas contredire tes paroles. Aurais-tu un commentaire à faire, concernant le rendement de l’équipe et sa non participation au tour de promotion ?

certains de mes coéquipiers devraient vraiment prendre exemple sur moi et accepter de faire un effort tant au niveau de leur préparation mentale qu’au niveau de leur préparation physique ainsi qu’au niveau de leur préparation technique. C’est clair que s’ils ne prennent pas conscience de leurs nombreuses lacunes, nous n’auront jamais aucune chance de jouer au niveau supérieur. J’ai parfois l’impression qu’il manque à certains une motivation, une envie de s’améliorer. Ceux-là ne sont jamais à l’entraînement les vendredis et je ne pense pas qu’ils fassent quelque chose individuellement. Après, ils se plaignent de ne pas avoir de résultats… Ce n’est tout de même pas difficile à comprendre : pour gagner, il faut bien sûr du talent, mais aussi beaucoup de sueur. Ils se moquent de moi parce que je joue encore au foot, n’empêche qu’entre les entraînements et les matchs, je fais des heures de physique qui apportent leurs fruits pendant les interclubs.

c’est sûr que la plupart de tes coéquipiers n’ont pas vraiment idée de tes efforts pour te maintenir au niveau qui est le tien. Du coup, es-tu très déçu de ne pas pouvoir jouer à un niveau supérieur la saison prochaine ?

j’adorerais me mesurer une fois à l’étage supérieur, c’est vrai. Mais je ne voudrais pas non plus que mes ambitions ne prétéritent la bonne ambiance que nous avons au sein de l’équipe. Moi, l’esprit d’équipe, le spirito di squadra comme disent mes cousins siciliens, je le mets au-dessus de tout. Si pour le garder nous devons militer dans la dernière ligue, alors je signe tout de suite. Mais c’est vrai que ce serait bien de toucher, une fois au moins, le top niveau.

vous êtes plusieurs membres de l’équipe à avoir cette frustration. Or il faut bien en convenir, et les résultats de ces trois dernières saisons en attestent, l’équipe n’a pas le niveau pour monter, tout du moins pas encore. Cela pourrait-il te pousser à suivre de nouvelles voies pour avoir la chance de militer à l’échelon supérieur ?

très cher Georges, croyez-moi, je suis Lucensois jusqu’au bout des ongles. J’y ai fait mes écoles, j’y ai fait mes activités extra-scolaires, j’y ai appris les choses de la vie, je n’ai pas d’attaches aussi fortes avec aucune autre région du monde. Il n’y a donc aucune raison pour que je cherche ailleurs. Oui je regrette de ne pas avoir des coéquipiers aussi bons que moi, mais le tennis reste avant tout un sport individuel. Lorsque je joue, je joue pour moi, pour gagner mon match, pour améliorer mon classement, en un mot comme en cent, pour ma gloire personnelle. Et puis, j’ai trop de travail, je dois trop m’occuper de mes gamins, de ma famille, pour avoir le temps d’aller m’entraîner au diable vert, et pour devoir faire plus de matchs dans l’année. Donc non, croyez-moi cher Georges, je n’ai pas pour ambition d’aller voir ailleurs.

je suis très heureux d’entendre cela, cher Jean-Pierre, d’autant plus que je pense que l’équipe a vraiment besoin de talent comme toi. L’intersaison est longue en Interclub, comment vas-tu occuper ton temps jusqu’au printemps prochain ?

cet été, je vais offrir du temps à mes partenaires sur les courts afin qu’il puisse constater ce qu’est le tennis de haut niveau. Ils pourront ainsi se faire une idée assez précise des efforts à fournir pour vaguement espérer atteindre un palier supérieur. Cela donnera peut-être des envies à certains et ils s’appliqueront un peu plus durant les entraînements hivernaux. Je vais bien sûr prendre de belles vacances aussi : c’est important pour la cohésion familiale et cela fait partie des routines indispensables à mon bien-être. Je ne sais pas encore où je vais partir, mais il se pourrait bien que j’aille voir mes cousins en Sicile. Je leur dois bien ça, après tous les services qu’ils m’ont rendus ces dernières années. A partir de l’automne, je vais bien entendu prendre part à nos désormais célèbres entraînements à Granges. J’espère vraiment y voir tout le monde, afin d’avoir une préparation optimale pour la compétition 2019. Je me réjouis déjà aussi de la période de Noël. Je vais à nouveau sortir la moitié de mes décorations extérieures afin d’illuminer le quartier…

ah, seulement la moitié, pourquoi ?

la commune de Lucens m’a prévenue que, vu que la centrale nucléaire n’était pas en fonction, ils n’arriveraient pas me fournir assez de courant pour la totalité. De plus, même si ma maison est immense, je ne saurais pas où tout accrocher et cela ferait peut-être un peu too much, fin troppo si vous voyez ce que je veux dire.

tout roule donc pour toi, cher Jean-Pierre, je te souhaite donc un bel été, automne et hiver et me réjouis de te retrouver, en pleine forme, au début de la saison 2019.

… ce sont les valaisannes que… ah, mademoiselle enfin de retour, vous m’avez manqué. Ce n’est pas réciproque ? Pas encore, mais cela ne saurait tarder croyez-moi. Me rencontrer, c’est m’adopter, c’est sûr… Vous ne voulez vraiment pas que je fasse de vous une honnête femme en devenant une Boissabierre ? Non, je ne me moque pas de vous… Du temps pour réfléchir ? Pas de souci, très chère, la vie m’a appris à être très patient… Par contre je prendrais bien encore un litre de ce fameux Gamay et là je suis très impatient d’en boire le premier verre …

Paul, mon Paulo, prend place près de moi. Alors raconte, une saison difficile cette année, encore, vrai ou faux ?

au niveau du nombre de matchs, je suis particulièrement content. J’ai joué 7 matchs et je n’en espérais pas tant, rapport à ma préparation tronquée par une opération et la maladie.

un vrai sujet de satisfaction en effet. Malheureusement, les résultats n’ont pas suivi ?

ce constat malheureux et particulièrement cruel, est tout à fait correct. 6 défaites pour 1 seule victoire, le bilan est loin d’être satisfaisant. Mon âme de compétiteur est touchée profondément, et l’intersaison sera juste assez longue pour digérer ce fiasco. Mais je me dois de rester tout de même positif : l’hiver 2017-2018 ne m’aura rien épargné et les entraînements auxquels j’ai pu prendre part n’auront de loin pas été suffisant pour compenser mes malheurs. Je suis persuadé qu’avec un peu plus de chance, j’aurais un bilan sérieusement plus encourageant. Malgré mon peu de physique, mon peu de technique et mon mental déficient, j’ai été plusieurs foi à un tout petit, minuscule doigt de passer l’épaule et de remporter le match.

le constat est fait par plusieurs de tes coéquipiers : avec un peu plus de présence aux entraînements, chacun aurait fait de sérieux progrès. Cela aurait été tout bénéfice pour le résultat global de l’équipe.

j’ai déjà exprimé plusieurs fois le fait que, sans parler de la malchance de ma blessure et de ma santé déficiente, j’avais, moi contrairement à d’autres, un métier qui ne me permettait pas d’être toujours à disposition de l’équipe pour les entraînements. Il est trop facile pour les fonctionnaires qui finissent à 16 heures leur travail, de se présenter frais et dispo à 19 heures à Granges. Moi, je ne peux me permettre de claquer la porte du bureau à heure fixe et malheureusement le vendredi encore moins que les autres jours.

ah bon, qu’est-ce qui fait du vendredi un jour différent ?

c’est en général le jour de la semaine, où l’on fait les apéros. Anniversaire, mariage, décès de belle-mère, naissance de neveu, tout est prétexte à déboucher quelques bouteilles justes avant de sauter dans le train à 15 heures 30. Du coup, de midi à 15 heures 30 c’est la fête, et glou et glou, avec les petits fours, l’après-midi est bien chargée.

oui mais si tu prends le train si tôt dans l’après-midi, tu aurais largement le temps d’être présent aux entraînements, non ?

au niveau timing, pas de souci, tu as raison. Non, le problème c’est que j’ai tendance à ne plus tenir debout et à sentir un peu trop l’alcool. Ce n’est pas du meilleur effet vis-à-vis des collègues sur le court qui croient toujours que mes absences sont dues à un trop plein de travail. Je risquerais trop de perdre du crédit à leurs yeux, je crains des réactions un peu négatives et disproportionnées. Ils ne peuvent pas comprendre ce que cela signifie de travailler dans une grande entreprise nationale. Les contraintes sont énormes et inévitables. En plus, je dois avouer que je ne suis pas le dernier pour amener des bouteilles : j’invente même parfois des prétextes. Il ne faut pas oublier que pour mes collègues, je suis le Suisse Romand du groupe et qu’un Welche ça se doit de faire la fête, plus que de travailler.

parle-moi un peu du résultat de l’équipe. Est-ce une déception pour toi que de ne pas pouvoir jouer les promotions, une fois de plus ?

franchement ? pas du tout. Personnellement, je sais que je n’ai pas encore le niveau et donc prendre des tôles en troisième ligue à la place de les prendre en deuxième, cela me va aussi. Non, moi ce que je préfère dans cette compétition, c’est le sixième set. Juste après la douche, quand je m’assois pour déguster le rouge que j’ai amené ou que la bière coule à flot, je suis dans mon élément. Qu’importe le résultat de mon match ou celui de l’équipe, j’oublie tout à partir du moment où la compétition est terminée. En même temps, je comprends que certains aient envie de voir plus haut. Mais, je dis attention, attention… plus dure sera la chute si la marche est trop haute.

tu fais donc parti de ceux qui pensent que la deuxième ligue serait trop difficile pour vous ?

dans mon métier, en dehors des apéros, je suis un spécialiste des analyses. Je fais tous les jours des statistiques, des power points, des briefings, des workshops, donc je sais parfaitement différencier le positif du négatif, les rêves de la réalité. Le positif dans l’équipe, c’est l’ambiance, on est une bande de potes et on s’entend finalement bien. Le négatif, c’est le niveau moyen du groupe. En trois ans d’existence, nous n’avons jamais accroché la première place, c’est tout de même un signe non négligeable. Alors oui, certains peuvent rêver de promotion, de gloire et de beauté, mais la réalité est tout autre : nous sommes une excellente équipe… une excellente équipe de milieu de classement et de sixième set. Là, on est au top, à notre place. Plus haut… je n’y crois pas. Et comme je l’ai dit plus tôt : personnellement, prendre des tôles ici ou ailleurs peu m’importe, mais ceux qui, de temps à autre et par hasard, gagnent un match maintenant, comment réagiront-ils en perdant tout en deuxième ligue. Leur moral risque d’en prendre un sacré coup.

c’est en effet le dilemme de tout cela. Je rejoins ton opinion : vous devez d’abord améliorer votre niveau général avant de voir plus haut. Personnellement, que vas-tu entreprendre pour hausser tes capacités ?

cet été, je fais un vrai break. Je vais aller au bord d’un lac à l’eau verte immaculée, je porterai mon bonnet fétiche et je me ressourcerai afin d’éviter un hiver catastrophique comme le dernier. Pas de tennis, j’ai déjà assez donné ce printemps. Cet hiver, je mettrai l’accent sur la récupération en ne participant pas plus que cela aux entraînements, tout en gardant un rythme soutenu dans les apéros professionnels. Je devrais me présenter en pleine forme pour la saison 2019, en tout cas pour les sixièmes sets.

ah oui, quand même, tu places la barre très haute. Cher Paulo, il ne me reste qu’à te souhaiter plein succès dans ton programme et à te rappeler que s’il te manque un buveur joueur pour tes apéros, je joue dans les plus hautes catégories.

… ce sont les valaisannes que j’aime, que j’aime, ce sont… ah, belle demoiselle, qui se presse dans l’allée, votre démarche me donne des ailes… vous vous rendez compte que mes entretiens touchent gentiment à leur fin… vous devriez prendre une décision concernant ma demande en mariage, je suis toujours disposé à faire de vous une femme respectable… un peu de temps, encore… c’est déjà pas un nom, c’est pas mal… en attendant, je reprendrais volontiers un de vos fameux litre de Fendant, cela calmera mon impatience …

last but not least, Sébastien… Les derniers seront les premiers, voici une maxime qui te colle bien à la peau, aujourd’hui, non ?

merci Georges, en effet, après ma saison 2017 catastrophique, me retrouver devant, sous les feux de la rampe, cela change.

8 matchs pour autant de victoires, pas un seul set concédé, c’est un raz-de-marée, un triomphe absolu…

j’ai en effet profité des nombreuses absences et autres défections dans l’équipe, pour faire le plein de matchs. Avec, je dois le dire en toute modestie, effectivement énormément de succès. Je suis très content de ma saison, c’est clair. Mais je dois aussi relativiser un tout petit peu : en jouant numéro 5, j’ai aussi joué les boiteux chez nos adversaires, les laissés pour compte. Mais bon, je ne boude tout de même pas mon plaisir.

des résultats qui devraient te faire faire un bon au classement individuel. On ouvre les paris : R8 ou R7 ?

franchement, Georges, ce classement est relativement difficile à comprendre et il ne faut pas y attacher trop d’importance. J’espère toutefois un matricule R8, c’est vrai, juste pour pouvoir jouer un petit peu plus devant et d’avoir des matchs plus sexy. Maintenant R7, j’ai vu ce que cela a donnée la saison passée. Je ne tiens pas à me mettre plus de pression que cela. R8, ce serait vraiment déjà bien.

au niveau de l’équipe, on sent quelques frustrations du fait de la non montée en ligue supérieure. Quel est ton point de vue sur la question ?

la première saison que nous avons jouée, en regardant le niveau de jeu que nous affichions, j’ai cru que nous monterions facilement en deuxième ligue. Nous avons une équipe « jeune » par rapport à beaucoup de nos adversaires et avons de très bons éléments. Après trois saisons, le bilan est effectivement maigre et décevant. Mais force est de constater que nous avons sans doute pris trop à la légère beaucoup de paramètres pour espérer mieux nous profiler vers le haut : les entraînements techniques et physiques, la présence aux rencontres, l’implication dans le jeu, et cætera, et cætera. Sur les trois saisons, nous ne sommes pas ridicules, et de loin, mais il nous manque à chaque fois quelques points pour faire le grand saut. C’est dans le détail que se cache le diable et c’est exactement là que nous devons apprendre à faire la différence. Nous avons aussi certainement sous-estimé notre manque d’expérience dans la compétition. Il nous manque de la roublardise, un peu de fourberie pour grappiller les quelques points qui nous empêchent de passer l’épaule.

que préconiserais-tu pour passer le cap ?

oh les remèdes sont simples et connus de tous : du sérieux à l’entraînement, du sérieux dans son hygiène de vie et de la présence et de la rigueur durant les matchs. Nous devons absolument garder le rythme de juillet à avril, afin d’être performant les mois de mai et juin, en jouant très régulièrement. Le tennis c’est pas inné, on ne l’a pas dans le sang, il faut travailler et encore travailler. En ne jouant qu’une petite dizaine de fois pendant l’intersaison, certains n’ont aucune chance d’être à niveau le jour J. Et puis, manquer les entraînements est une chose, mais si en plus c’est pour faire des apéros ou des teufs d’enfer et alcoolisées… C’est clairement un problème chez certains : le peu de physique qu’ils ont encore est pulvérisé par leurs nombreuses sorties nocturnes et arrosées, ils devraient enfin se rendre compte qu’ils n’ont plus 20 ans. A cela s’ajoute toute la naïveté possible pour la plupart d’entre nous pendant les matchs et on a le triptyque parfait pour continuer à militer en troisième ligue encore de longue année. Nous avons souvent à faire à de vieux roublards, des crocodiles de la compétition habitués à pourrir les matchs pour grappiller des jeux et des sets. Nous, on arrive ivre de beau jeu, si ce n’est d’alcool fort, voulant montrer nos muscles et notre talent, ne pensant qu’à livrer le match parfait et finissant par le perdre sur les détails. Comme dans la Couleur de l’Argent, il faut savoir ruser pour ramasser les points.

au vu de la mentalité de certains d’entre vous, cela sera difficile de changer les choses. Y’a-t-il un traitement au problème ?

à chaque problème sa solution : nous n’avons pas réussi avec nos propres moyens jusqu’à aujourd’hui, il serait temps de sortir l’artillerie lourde. Jean-Pierre a quelques cousins en Sicile, tu le sais maintenant, capables de nous apporter un soutien logistique important et je pense que nous devrions les faire intervenir massivement pour la saison 2019. En plus, il a fait connaissance par hasard d’un Junior, fournisseur de bonbon à performances : c’est aussi une piste que nous devrions certainement creuser.

aïe, voilà des paroles que je n’aime pas entendre. Ne vois-tu vraiment aucun autre moyen ?

mmmh, attend que je réfléchisse… Non, vraiment, même en cherchant bien, je n’en vois aucun. C’est le seul et unique moyen si nous voulons voir, dans la configuration actuelle, la ligue supérieure. Il faut éliminer le problème, les joueurs problèmes un par un, gagnant ainsi par forfait faute de combattant chaque rencontre. Il existe des moyens discrets et efficaces aujourd’hui : poisons Novitchok, pistolets silencieux, freins de voiture défectueux, armes de destruction massives… plein de moyens, vraiment…

en même temps, et je te pose la question, est-ce vraiment utile de grimper d’un échelon, si c’est pour redescendre immédiatement. J’ai entendu dire que la marche était importante entre les deux niveaux, non ?

c’est en effet ce que ceux qui y ont goûté, nous ont rapporté. Ce ne sont plus des R9, R8 ou R7 que nous rencontrerions, mais aussi des R6 voir des R5. Maintenant, avec les cousins, tout resterait possible aussi à ce niveau. Rien ne peut être écarté avec ces moyens-là, un maintien voir une promotion en première ligue serait même envisageable…

oui, bon, laissons cela de côté pour l’instant, ce n’est encore que de la musique d’avenir. Il coulera encore beaucoup d’eau sous les ponts avant le début de la prochaine saison, quel est ton programme durant ce long temps d’inactivité ?

j’ai malheureusement un sérieux problème de tendinite au tendon d’Achille actuellement et doit donc un peu lever le pied sur les entraînements. Je vais essayer de soigner cela afin de revenir au plus vite. Repos et fêtes alcoolisées apéros grosses bouffes relaxation au programme, principalement. Ensuite je pars vers l’Afrique pour les vacances, juste avant le début des entraînements hivernaux. J’espère y voir d’impressionnants animaux, tels que des lions, des éléphants ou encore des hyènes. Leurs comportements et leurs façons de vivre seront des inspirations pour moi et m’apporteront certainement de la force pour la suite. Ce sera un peu mon stage en altitude, quoi… Ensuite, la routine s’installera à nouveau avec les vendredis à Granges et de temps à autre un peu de rab le dimanche, je pense.

l’étude de comportement des animaux africains pour progresser au tennis, on ne me l’avait encore jamais faite celle-là… Ton programme me semble peu chargé par rapport à tes besoins, mais bon, je te laisse seul juge. Merci Sébastien, si tu veux travailler un peu ton physique, profite de descendre à pied dans la vallée, cela te fera le plus grand bien.

… ce sont les valaisannes… parfait timing ma chère, vous arrivez à point ma bouteille est vide… non, la petite sœur peut rester au frais, mettez-moi plutôt deux bonnes bières d’ici, oui des grandes, il me faut de l’inspiration pour boucler mon article… eh oui, malheureusement, vous avez bien entendu, j’ai terminé mes interviews, il ne vous reste que quelques instants pour me dire oui …

chers amis du beau jeu, une forme de résignation s’est installée dans cette équipe chère à notre cœur. Oui, les joueurs aimeraient bien tâter de la ligue supérieure, mais peu sont enclin à mettre en œuvre les efforts nécessaires à ce niveau. Tout au bord de la falaise, d’aucuns hésitent encore à faire le pas en avant nécessaire au grand saut. Tu l’as lu comme je l’ai écrit, l’équipe de Lucens n’a pas encore trouvé les ressources nécessaires pour bousculer une hiérarchie trop bien établie dans ce beau sport qu’est le tennis en Suisse. Trouveront-ils les ingrédients indispensables pour, en 2019, franchir le cap et nous offrir la joie de la fête d’une promotion arrosée ? Seront-ils assez conséquents avec leurs actes pour que nous puissions nous rincer nos gosiers à leur santé ? Nous le saurons lors de la prochaine compétition.

Quand à moi, je vais, une fois de plus, m’isoler dans mon nid d’aigle, afin de bien profiter de faire la fête récupérer des efforts fournis pour te tenir informé au plus proche de l’actualité brûlante qu’est la vie trépidante de cette équipe de Lucens. Cette longue intersaison me permettra de renouveler ma cave mettre mes affaires en ordre et de me saouler de dépit préparer la saison prochaine afin d’être encore plus performant pour toi, cher ami lecteur. Je vais aussi profiter de ce temps libre, pour réfléchir à des moyens vraiment rapides et efficaces pour améliorer de manière radicale la désormais tristement célèbre buvette du club de Lucens…

… ce sont les Valaisannes que j’aime, que j’aime, ce sont les valaisannes que j’aime le mieux. Ah patron, où qu’elle est ta jolie sommelière ? Partie… sans me donner réponse, ni ne me dire au revoir… Drôles de manières tout de même, après tout le mal que je me suis donné pour lui faire comprendre la belle vie que je pourrais lui offrir… Bon ben, il ne me reste plus qu’à t’acheter trois bouteille d’Abricotine à l’emporter, je devrais les avoir finies avant d’atteindre le bas de la vallée : il paraît qu’elle s’exporte très mal… Hein, ah oui, tu as raison, j’ai aussi l’addition à payer …

Georges Boissabierre, pour 1664 Farniente Corporation, juillet 2018, un alpage valaisan

 

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