Cher ami du Tennis, salut,
je ne vais pas te le cacher, j’ai frisé la catastrophe en ce printemps pour le moins pluvieux… Quoi de pire, je te le demande, que la buvette du TC Lucens ? Eh bien, pas de buvette du tout, bien sûr ! Je comptais grandement sur le retour des compétitions pour pouvoir, à nouveau, consommer festif et, accessoirement, reporter le déroulement des journées auxquelles je prendrais part… Deux reports, deux compétitions pas jouées en raison de la pluie et j’ai du noyer mon chagrin seul, abandonné de tous. J’en ai fait des cauchemars, des cauchemars et des cauchemars durant cette longue attente, synonyme de lente agonie. Je m’y suis vu boire de l’eau, des litres et des litres d’eau, finissant par m’y noyer : mais tu me connais, moi vivant, jamais je ne mourrai à cause de l’eau…
c’est donc avec une joie non dissimulée que je me suis rendu dans le club de notre cœur pour y suivre, ce dimanche, la première rencontre de la saison pour Lucens qui se frottait au grand club de Founex. J’en ai même oublié la vétusté de la cantine tellement j’étais content…
comme je l’ai dit dans mon commentaire d’avant match, le visiteur militait encore l’année passé en deuxième ligue et peut compter sur un réservoir de 600 membres, c’est dire s’il faisait office d’ogre avant ce déplacement…
oui, mais ça c’était avant. L’ogre a en effet accouché d’un petit moineau… Sans doute démotivés par la saison difficile qu’ils ont vécue, les Founaisans ?, les Founexois ? les joueurs de Founex se sont pris les pieds dans le tapis en terre battue de Lucens pour le plus grand bonheur de l’hôte recevant… Il s’en est fallu de peu pour que Lucens ne mette une bulle au visiteur, de deux matchs en fait… Deux matchs que Lucens n’aurait jamais du perdre et je compte bien sur cet interview pour faire une mise au point avec les joueurs et pour te faire comprendre, cher ami du Tennis, comment ils ont fait pour perdre ces deux points.
… avant cela, je vais vite aller à la voiture pour récupérer la caisse de bières que j’ai laissée au frais dans le coffre, il est temps de profiter d’en boire une ou deux, ou plus …
les bruits des vestiaires se sont estompés, les cris ont cessé et voilà Sébastien qui se présente en premier pour répondre à mes questions aussi perfides que pointues…
Sébastien, honneur aux perdants… Après une année 2018 extraordinaire, voilà un résultat qui tombe bien mal. 2019 ne sera-t-elle point l’année de la confirmation ?
cher Georges, tout d’abord je dois te dire que tu m’as manqué et que j’espère que ton hivernage c’est bien passé… Je ne vais pas éluder ta question et t’y répondre franchement, sans détour, ni langue de bois. Je n’aimerais pas amener un discours de politicien dans cette belle compétition que sont les Interclubs et je vais donc aller droit au but…
oui, si tu pouvais maintenant me répondre par une analyse plus directe, j’ai encore du monde à interviewer et plus beaucoup de bières en réserve.
je comprends, aussi n’irais-je pas par quatre chemins et, comment dirais-je, je vais tirer des lignes droites pour aller au but sans prendre les chemins de traverse… Enfin, oui, je me dois bien de l’admettre, et par souci d’honnêteté il me faut bien convenir que oui, la saison ne commence pas vraiment comme je l’avais espérée…
nous y voilà enfin, merci… Comment expliques-tu ce que je qualifierai encore d’accident ?
un adversaire extrêmement fort, des terrains très lourds, une bise à décorner des moutons, une odeur venant de la Fibre à vous écœurer n’importe quel goret et enfin un chien qui a aboyé quasiment tout le match, je crois que ce sont-là les principaux facteurs m’ayant amené à la défaite.
pour le chien je suis d’accord, mais tes autres arguments ne tiennent pas la route pour l’expert que je suis. Ne devrais-tu pas chercher plus proche de toi et de ton attitude hivernale ? Les bruits de couloir laissent entendre que ton entraînement physique a été déficient, voir négligent, comme souvent… Un commentaire là-dessus ?
n’écoute jamais les bruits de couloir, mon cher Georges, ils ne disent pas toujours la vérité…
mais encore ?
oui, bon, d’accord, j’ai un peu trop longtemps fêté mes huit victoires de la saison passée et j’ai repris la course et le vélo un peu tard c’est vrai.
course et vélo ? Voici des mots qui dans ta bouche sonnent creux…
oui, mais bon, c’est difficile avec les beaux jours qui ne viennent pas. Entre la pluie, la neige, le froid, le vent et la bise, mon vélo a refusé de sortir et je ne me suis pas senti de le forcer. Alors d’accord j’aurais du faire plus attention et me motiver un peu plus. Mais l’entraînement tennistique s’est plutôt bien passé en salle et j’ai cru à ma bonne étoile… Je manque peut-être un peu de pratique en extérieur et je comprends maintenant que je vais certainement prendre cher cette saison.
faute avouée, à moitié pardonnée… Penses-tu pouvoir te reprendre et renouer avec le succès dès ce dimanche à Montchoisi ?
je ne me projette pas encore si loin, et j’ai du mal à faire des pronostiques. Ce serait peut-être bien qu’il pleuve pour que je puisse profiter d’un peu de répit pour me remettre à l’endroit. Mais une chose est sûre, je ne m’avoue pas encore vaincu et vais donner mon meilleur pour aller chercher des victoires.
au moins l’état d’esprit est bon. Je te souhaite de soulever des montagnes pour nous claquer un résultat dés ton prochain match. Avant de te laisser partir, les vestiaires étant particulièrement mal isolé, j’ai cru entendre un début de bagarre tout à l’heure, tout va bien dans l’équipe ?
oui, tout va pour le mieux mon cher Georges. Nous étions simplement heureux de nous retrouver et nous avons un peu chahuté et fêter cette victoire… Jean-Luc est revenu après une pause tennistique et il prend toujours autant de place dans le vestiaire…
et bien, je suis heureux d’entendre cela et te laisse aller profiter de reprendre tes esprits, peut-être en buvant un bon verre.
… moi en tout cas, je me siffle les trois bières qu’il me reste dans la caisse. Il faudra que je trouve une voiture plus grande quand je viens à Lucens, sinon je risque la déshydratation totale …
avec Serge qui vient à moi, c’est encore un perdant qui se présente. Alors Serge, mon cher Serge, tu finis la saison 2018 par une fantastique victoire en double qui semblait à même de te diriger vers les sommets, de te permettre d’atteindre ton Graal, d’obtenir enfin une victoire en simple, mais ce ne sera pas encore pour cette fois.
en effet, cher Georges, on ne peut rien te cacher. Comme d’habitude j’y ai cru du début à la fin, j’ai tout donné, mais cela n’a à nouveau pas suffi…
as-tu une explication à ce manque d’efficacité en match ?
si j’en avais une, j’aurais sans aucun doute la solution, tu le penses bien. Pendant tout l’hiver, en salle, j’ai joué de manière extrêmement concentrée. J’ai entraîné des phases de jeux complexes et j’ai emmagasiné une grande confiance. Aujourd’hui, je rentre sur le court en étant convaincu que je vais gagner le match. J’ai eu en face de moi une victime toute trouvée pour évacuer ma frustration…
visiblement cela n’a pas marché comme tu les pensais…
c’est malheureusement le constat que je dois aussi faire. Je ne suis pas arrivé à trouver la faille dans le jeu très complexe de mon adversaire. J’ai pourtant alterné les balles longues et courtes, les balles lourdes et légères, les angles obtus et aigus, mais rien n’y a fait, il était partout.
on voit sur toi que tu es fit, ce n’est donc pas un problème physique ?
non, j’ai bien travaillé mon cardio, j’ai perdu quelques kilos, contrairement à d’autres, donc je crois être en forme. Le problème est que je ne concrétise pas mes envies. Ce que je veux dans ma tête ne se réalise pas sur le terrain et c’est très frustrant. Du coup, je fais des fautes sur lesquelles s’appuie mon adversaire pour gagner le match.
que vas-tu entreprendre pour inverser la vapeur ?
à chaud, là tout de suite, je n’y ai pas encore réfléchi. Un séjour aux Alpettes, en Italie ou ailleurs en Europe, c’est sûr que cela me ferait du bien. J’annonce donc déjà que, quel que soit le temps, je ne serai pas présent dimanche prochain pour la rencontre à Montchoisi. Je veux me reconcentrer pour revenir plus fort, plus conquérant et enfin exploser mes prochains adversaires.
faire l’impasse sur une rencontre pour gagner les suivantes, voilà qui montre une détermination sans borne. Bravo Serge, je crois en toi et au pouvoir de l’abstention. Avant de te laisser partir, pourrais-tu me commenter l’ambiance du vestiaire : de l’extérieur cela m’a semblé un peu chaud…
Oui, on a effectivement bien chahuté. Enfin moi et Seb, on a été bien chahuté. Mais c’est bon enfant et de bonne guerre. En plus Jean-Luc est revenu et vu son gabarit, les vestiaires ont semblé petits… Mais pas de souci, tout va pour le mieux…
Voilà quelques mots réconfortants. Merci de t’être arrêté en zone presse, malgré ton résultat et à très bientôt pour fêter ta première victoire.
… y’en a vraiment qui doute de rien. Il faut remettre l’ouvrage sur le métier pour améliorer son niveau et pas partir systématiquement en vacances. Dis-moi petit, c’est pas toi qui est chargé du ravitaillement par hasard ? Non… C’est bien dommage parce que là, tout de suite, c’est sec, très sec …
Julien, le capitaine heureux et fière de son équipe. Alors, un top résultat d’équipe, non ?
mon cher Georges, un top résultat d’équipe c’est quand on gagne 7 zéros… Là, on perd deux points qui nous coûteront certainement très cher lors du décompte final. Je ne suis donc pas très heureux en tant que capitaine et je l’ai fait savoir lors de la causerie d’après-match. Certains ont intérêt à remettre très vite en question leurs méthodes d’entraînement ou ils devront s’attendre à chauffer le banc…
c’était donc cette causerie qui a fait tant de bruit dans le vestiaire… Dis donc c’était très animé…
non, le bruit c’est lorsqu’il a fallu retenir Jean-Luc, dont le retour va faire un bien fou au sein de l’équipe. Tu connais son impulsivité, il faut toujours le contrôler d’un peu près pour éviter les débordements.
donc il y a eu bagarre ?
non, tout au plus un peu de chahut, dans la joie et la bonne humeur, tu connais notre bonne entente depuis le temps.
oui, bon, un jour je devrai venir dans les vestiaires pour vraiment comprendre et voir de mon propre visu cette entente si « chaleureuse ». Parlons un peu de ton match si tu le veux bien. Un adversaire de plus de 70 ans et tu te fais tout de même un peu peur en début du deuxième set. Une explication à ce coup de barre ?
j’ai eu un petit coup de moins bien après le premier set gagné facilement. Un peu de désinvolture, un saut de concentration et le chacal a essayé de prendre le large. J’ai oublié un instant que le bonhomme venait de la région de Naples et qu’ils savent utiliser les faiblesses de leurs adversaires pour les terrasser là-bas. Heureusement, j’ai réussi à mettre toute ma science du tennis pour me remettre à l’endroit et l’éclater dans le sprint final.
c’est vrai que subitement il n’a à nouveau plus existé. Un premier match victorieux, cela fait plaisir et cela motive pour la suite qui s’annonce difficile…
oui, il faut bien l’avouer, cette année nos adversaires semblent affutés et fortement armés pour nous créer des problèmes. Mais Founex n’a pas totalement réussi à nous faire déjouer, je reste optimiste sur nos chances face aux autres. Avec un peu de concentration et un surplus de volonté pour certain, nous avons une chance de passer sur ces obstacles.
le bruit courre que certains éléments importants de l’équipe vont faire défection pour une ou plusieurs futures rencontres. Quand est-il et comment pallieras-tu à cela ?
mon cher Georges, je suis un capitaine prévoyant et consciencieux. Il m’appartient de prévenir et d’anticiper les situations les plus délicates. Malheureusement je ne suis pas magicien : que puis-je faire contre l’inconsistance et le manque d’implication de certains, je te le demande ? Il y a dans l’équipe, des joueurs qui se permettent de prendre leurs vacances ou leurs congés en plein milieu de la compétition. C’est parfaitement incompréhensible et tellement décevant… Je n’avais pas dix-huit solutions et j’ai du faire avec les moyens du bord. J’en ai même été réduit à aller rechercher Gérald, qui au passage ne s’est pas entraîner depuis au moins une année, pour que l’on puisse se présenter à 5 dimanche prochain… C’est te dire à quelles extrémités j’en suis réduit…
wouaw, effectivement on sent très bien la solution de repli difficile… N’aurais-tu pas du anticiper ces soucis et prendre des mesures en amont ? Tu es dans la planification, non ?
crois-tu que je me suis tourné les pouces cet hiver ? Penses-tu vraiment que je n’avais pas vu venir ce scénario ? Sais-tu seulement combien d’entraînement hivernal j’ai du manquer pour rencontrer des joueurs renforts potentiels ? Tu n’en as aucune idée.
en effet, je n’étais pas au courant. Mais si tu as rencontré autant de monde, comment se fait-il qu’aucun nouveau joueur ne soit présent dans l’équipe ?
c’est malheureusement très simple : pour attirer les meilleures joueurs, il faut soit de l’argent, beaucoup d’argent, soit des résultats, de très bons résultats… Regarde autour de toi, mon cher Georges, tu constates comme moi le peu de richesse du club. Ce n’est donc pas les moyens financiers qui m’ont aidé. Ensuite, les résultats de ces dernières saisons n’ont pas non plus fonctionné comme facteur de motivation. Même les pires joueurs de la région ont préféré ne pas jouer du tout plutôt que de rejoindre mon équipe… Pourtant j’ai été loin dans mes argumentations, mais rien n’y a fait, personne n’a voulu me suivre.
aïe, cher Julien, je te sens relativement désabusé actuellement. Haut les cœurs… même si l’équipe se présentera un peu diminuée lors des prochaines rencontres, rien n’est perdu. Je te laisse rejoindre tes camarades qui sont en train de prendre l’apéro, les chanceux…
… vite avant le suivant, je vais piquer une bouteille de blanc discrètement, aux frais du club, ils me doivent bien cela finalement …
Laurent, le plus people de nos joueurs, aujourd’hui. Deux fois 6:0 à un ancien journaliste célèbre, tu n’as pas eu les yeux qui brillent devant une célébrité, c’est le moins que l’on puisse dire…
tu me connais, mon cher Georges, je ne suis pas le genre à me laisser impressionner par un adversaire, qu’il soit célèbre ou non. D’ailleurs pour tout te dire et pour rester honnête vis-à-vis de ton lecteur, je ne l’avais même pas reconnu… Il faut dire que je ne lis pas tellement les magazines à potins, ni ne regarde beaucoup la télé.
en tout cas tu as prouvé être en forme. On voit que tu as été plus présent que l’année passée aux entraînements hivernaux…
non, chez moi ce qui compte c’est pas l’entraînement. Si j’y vais, c’est pour que mes fans puissent admirer mon style et mon corps d’athlète. Le reste c’est de la foutaise. Chez moi, c’est le talent naturel et inné qui prime et qui fait la différence. Je survole les débats depuis tout jeune en m’appuyant sur des gènes extrêmement bien faits…
houlà, le melon n’a pas dégonflé depuis la saison passée. Comment vois-tu tes partenaires cette année ? Vous allez pouvoir jouer la montée ?
la question pour me faire des amis, hein… Soyons précis, je suis accompagné de quelques honnêtes travailleurs, des besogneux sans beaucoup de talent, mais qui se donnent du mal tout en en ayant beaucoup. Certains, comme aujourd’hui ramèneront des points, d’autres, comme aujourd’hui, resteront sur le bord du chemin. Ceux-là tirent clairement l’équipe vers le bas et risquent de nous faire rater cette promotion que j’attends tellement… C’est difficile pour moi d’accepter cela et, je te l’avoue, j’ai chaque hivers de longues discussions avec moi pour savoir si je ne devrais pas rejoindre une écurie plus cotée, plus ambitieuse. Mais je suis un gars d’amitié, alors je reste pour donner un coup de main à mes potes, ils en ont besoin…
justement, tu fais parti des joueurs, quasiment, la moitié de l’équipe, qui ne sera pas là lors de la prochaine rencontre. Je crois que tu pars en vacances…
oui, je ne veux pas être l’unique attention du publique. Les autres aussi ont besoin de la lumière sur eux. Je pars donc pour le bien de l’égo de mes copains qui se verront ainsi projeter sur le devant de la scène. Ils verront ainsi le bien que cela fait, moi je vis cela tout le temps, je peux de temps à autre me reculer un peu. Pas trop souvent, hein, faut pas déconner non plus.
avant de te laisser partir, cher Laurent, pourrais-tu me confier l’ambiance dans les vestiaires ? En tant que leader naturel, comment juges-tu l’entente entre vous ?
tout va très très bien. Les autres me regardent toujours avec autant d’envie et de jalousie et cela fait mon bonheur. Ils ont essayé de me bousculer un peu dans le vestiaire, mais même là, ils n’ont que peu de chance de m’atteindre, je suis trop grand pour eux. Il y a bien Jean-Luc, qui est enfin revenu, qui de par son gabarit est assez impressionnant, mais je le connais depuis si longtemps que je sais aussi comment le manier. Non, vraiment tout va pour le mieux.
eh bien, cher Laurent, il me reste à te souhaiter de belles vacances, ton absence permettra en effet sans aucun doute à d’autres de prendre un peu de lumière. En espérant vraiment que l’équipe et le public ne souffre pas des points que tu n’auras pas fait.
… oh, gamin, passe-moi la bouteille de rouge qui est ouverte sur la table, je crois que les autres n’en veulent plus …
Jean-Pierre, la force tranquille de l’équipe. Un bel exploit aujourd’hui contre un grand gaillard qui avait du tennis…
oui, je dois dire que j’ai bien mené mon match et j’ai réussi à bien balader mon adversaire. Il avait du répondant et j’ai eu bien du plaisir dans nos échanges, ce d’autant plus que j’ai finalement gagné.
on voit que tu es serin, les entraînements hivernaux t’ont amené le calme et la confiance nécessaire à ce bon résultat, je me trompe ?
non, cher Georges, vous avez parfaitement raison. J’ai acquis de la maturité et de la sagesse ces derniers temps. Je réussis à rester concentré durant tous les matchs et cela se ressent sur mes résultats. Je suis très heureux sur les courts et n’ai plus que très rarement des accès de colère dus aux comportements indélicats de mes adversaires pendant les parties. Du coup, je suis moins sous pression et je gagne plus de matchs.
contrairement à certains de tes partenaires, toi tu ne seras pas en vacances pendant les compétitions. Imaginons que tu gagnes tous tes matchs, tu pourrais bien te retrouver avec un matricule R6 en début d’automne. Y-penses-tu parfois ?
non, cher Georges, vous allez un peu vite, là. D’abord je dois dire que je trouve le comportement de certains de mes partenaires à la limite de l’admissible. Prendre des vacances pendant la saison des interclubs n’est pas très professionnel et très dommageable pour l’ambiance et les résultats de l’équipe. Ceci étant dit, je me focalise maintenant sur mes résultats et ai effectivement pour but de monter R6 voir beaucoup plus haut si possible.
ah oui, de vrais ambitions, clairement, Peux-tu m’en dire plus ?
cher Georges, je sais que j’ai du talent. J’ai le physique, j’ai la technique, il n’y a donc aucune raison pour que ne je puisse pas améliorer mon classement. Mais je reste modeste et réaliste : je ne suis pas le seul à être ambitieux. Mes adversaires aussi veulent des résultats et sont prêts à me passer sur le corps pour cela. Du coup, en plus de mes différents entraînements, je fais intervenir de-ci, de-là mes cousins siciliens, au besoin seulement. C’est une sorte de garantie tout risque, si vous voulez…
cela faisait longtemps que nous n’avions pas parlé de tes cousins de Sicile, j’espère qu’ils se portent bien et que tu n’auras pas besoin de leurs services cette saison. Revenons un peu sur l’ambiance dans l’équipe, si tu le veux bien. La causerie d’après-match du capitaine a été pour le moins animée, pourrais-tu m’en parler un peu ?
causerie, causerie, faut pas non plus employer des termes trop pompeux, cher Georges. Vous pensez bien qu’avec le peu de langage que possède Julien, la causerie se résume à un charabia à peine compréhensible, couvert aujourd’hui d’ailleurs par un tohubohu sans nom dans le vestiaire. Il faut dire que Jean-Luc est enfin revenu parmi nous et qu’il a affirmé sa présence, surtout aux deux perdants du jour.
décidemment, la présence de Jean-Luc fait du bruit aujourd’hui. Eh bien merci Jean-Pierre et bravo pour ton fantastique résultat d’aujourd’hui. Je te souhaite d’atteindre tes objectifs, ma foi élevé et te revois dimanche prochain, toujours en pleine forme.
… personne ne regarde par ici, hop, je pique quelques bières, cela ne devrait même pas se remarquer …
Jean-Luc, le dernier héros du jour… Alors, pas d’entraînement du tout cet hiver, tu reprends la raquette il y a quelques jours et hop, une victoire en double. C’est bon pour le moral ça !
oui, tu as parfaitement raison, cela fait du bien. Surtout quand je vois les deux guignols qui ont passé tout l’hiver à suer sang et eau pour perdre aujourd’hui, je me dis que mon choix a été le bon.
justement, ton absence hivernale a fait couler beaucoup d’encre et a fait débattre devant l’âtre cet hiver. Pour certains tu t’étais exilé à l’étranger suite à des placements financiers hasardeux, pour d’autres tu te cachais dans une forêt fribourgeoise pour fuir des clients fournisseurs non payés, certains étaient même persuadés que tu te dorais la pilule au soleil des Bahamas, grillant les bénéfices d’une très bonne année. Quand est-il réellement ?
ah les rumeurs et leurs fantasmes, ça me fait bien rire moi… Non, la vérité est beaucoup plus simple et pragmatique. D’abord, j’étais plein de boulot. Ma petite entreprise tourne à fond et comme j’en suis le patron, le concierge, l’homme à tout faire et le seul ouvrier, mon taux d’occupation frise le 100%. Ensuite sont venu les résultats de Swisstennis. Tu as du le remarquer, mais ils n’ont pas daignés me monter R7, contrairement à certains de mes camarades moins méritants… Non seulement, je me suis tapé, la saison dernière, tous les courts numéros deux du canton, mais en plus pour rester R8… Là, je te l’avoue, j’ai un peu craqué du slip… Du coup, j’ai pris rendez-vous aux Alpettes où j’ai hiverné tranquillement. J’y ai pellé la neige, pellé la neige et pellé la neige, abondante dans cette région, tout l’hiver. Cela m’a permis de calmer la colère en moi et de me faire du muscle sur les bras.
tu as donc eu le temps de tout remettre à plat, cela t’a été sans doute bénéfique. Une petite crise de la cinquantaine en sorte ?
oui, c’est un peu cela. J’ai longuement parlé à ma pelle, mais aussi à mon gourou des Alpettes qui a réussi à me remettre sur les bons rails. Je suis maintenant prêt à fouler les courts de seconde zone, à laisser la lumière aux autres et à ne pas évoluer au classement. J’accepte aujourd’hui tout cela. Mais que mes adversaires soient prévenus, je ne laisserai aucun point, aucun jeu, aucun set, ni aucun match à quiconque. Je reviens plus fort et ne me laisserai pas marcher sur les baskets de tennis.
j’ai eu l’impression auditive que tu as clairement fait comprendre cela à tes partenaires dans le vestiaire, à la fin des matchs. Me trompe-je ?
pas du tout, tu as raison. Tu me connais maintenant, et tu sais que j’aime assez régler les problèmes dans les vestiaires, juste avant de prendre un verre de l’amitié. Cela me détend et permet à tout le monde de profiter de ma présence. Aujourd’hui, un peu à court de compétition, j’ai laissé ma place à Seb et Serge… Tout ça pour qu’ils laissent filer leur match respectif… Non, messieurs, là cela va pas être possible. Si nous voulons monter en deuxième ligue, et nous le voulons plus que tout, nous devons engranger des points. J’ai du leur expliquer cela et je pense qu’ils ont maintenant compris le message.
à voir leur tête pendant l’interview, je crois qu’ils ont en effet du comprendre assez clairement le message. Mon cher Jean-Luc, une dernière question : nombre de tes collègues ne seront pas présent lors des prochaines rencontres, pourrais-tu me commenter cela ?
je vais m’abstenir de donner le fond de ma pensée afin qu’on ne puisse pas me dire que je ne suis pas assez diplomate. Je dirais simplement que dès leur retour, je me chargerai personnellement, moi-même en personne, de les prendre à part, dans le vestiaire, et de leur expliquer, diplomatiquement, les tréfonds de ma pensée. J’ai appris quelques principes philosophiques aux Alpettes ces derniers mois et il me tarde de les mettre physiquement en pratique.
houlà, certains de tes partenaires ont du souci à se faire. Merci Jean-Luc pour ces quelques mots et bienvenu de retour parmi tes coéquipiers.
… c’est bête, mais je tremble toujours un peu en face de ce grand gaillard. Heureusement une main bienfaitrice mais anonyme a eu pitié de moi et m’a déposé les bouteilles entamées mais pas finies. Justement, il faisait un peu soif …
je ne saurais finir ma journée sans un petit coup de fil aux deux absents du jour, Gérald et Paul.
salut Gérald, comment vas-tu ?
très bien, cher Georges, très bien. On ne peut mieux même. Pas de courbature, plus de petits bobos, depuis que j’ai arrêté le sport, je me porte comme un charme…
j’ai entendu dire que ton inactivité commence à se voir physiquement sur toi. Est-ce vrai ?
les rumeurs et les jalousies n’atteignent pas la blanche colombe que je suis. Depuis que je me suis un peu arrondi, je fais moins malade et plus en formes que jamais. Ma femme adore, mes enfants aussi, mes vrais amis ne me font pas de commentaire, tout va très bien. Aux jaloux et aux aigris, je dis zut et rezut…
tu vas tout de même reprendre du service, dimanche contre Montchoisi. Comment appréhendes-tu ce retour ?
très bien, sans aucune pression. Il faut savoir que suite aux défections de plusieurs titulaires, l’équipe ne serait pas au complet sans moi. Donc si je ne viens pas, c’est au moins un point de perdu. Si je viens, ce sera pas pire…
tu as parfaitement raison et tu peux toujours jouer sur ton expérience de la compétition pour sortir un bon résultat. Je te souhaite le meilleur pour dimanche et me réjouis de te revoir sur un court.
… merci, merci, les gars, vous n’en voulez vraiment plus ? Alors je prends, pas de problème. Vous me connaissez, moi tout ce qui dépasse 5% d’alcool, je suis preneur, même si c’est déjà entamé …
allô ? allô, allô ? Paul, c’est toi ? allô ? Non je capte mal là… Tu es où ? À Rhodes ? Ouaw, pas mal… Au bord de la piscine à siroter des cocktails… Ne me tente pas, ou je prends le premier avion pour vous rejoindre… À t’entendre, pas trop de regret de ne pas avoir participé à cette victoire fleuve…
non, très cher Georges, tu as raison… Je suis allongé sur un transat, il fait 28 degrés, les cocktails sont bien frais et alcoolisés juste ce qu’il faut, que demandé de plus ?
en effet, le programme est alléchant. D’autant plus que, suite à ta sérieuse blessure, ton entraînement ces derniers mois a laissé à désirer…
oui, c’est vrai que je n’ai pas pu faire un fond… Mais là, je rattrape le temps perdu en faisant de l’intensif. Le programme est assez simple : le matin, je récupère de ma nuit agitée jusqu’à 9h30, ensuite il faut que j’aille au petit déj, il ferme le buffet à 10 h. Donc petit footing de 50 mètres jusqu’à ma table, étirement divers pour atteindre la viande froide et les confitures. Ensuite petit trot de 20 mètres jusqu’au bord de la piscine pour trouver un transat de libre. L’après-midi se passe avec des séances intenses de musculation des bras, gauche et droite en alternance, par des appels répétés au barman pour qu’il nous amène les fameux cocktails bien frais et alcoolisés. En soirée, petit marche de récupération sur une centaine de mètres pour détendre les muscles et, accessoirement, pour atteindre le restaurant. Et enfin la nuit, c’est petites foulées hystériques en discothèque sur tous les tubes du moment. Deux semaines comme cela et je vais revenir dans une forme olympique et tout cassé dans mes matchs.
c’est vrai que c’est une autre façon de se préparer pour les échéances importantes qui t’attendent à ton retour. Merci Paul et je me réjouis de te retrouver sur les terrains de tennis en forme et conquérant.
cher ami du Tennis, tu l’as bien lu : nos amis Lucençois sont, pour la plupart, bien entrés dans la compétition. Les ambitions sont là, les moyens, pour certains, aussi. Nous serons fixés vers la fin du mois de juin, si les résultats aussi seront positifs. En attendant cette échéance, je te retrouve dimanche prochain à Lausanne, dans le club de Montchoisi pour suivre le deuxième tour de cette compétition qui nous est si chère.
… bon c’est pas que je m’ennuie ici, mais cette fois la sécheresse menace plus que dans le désert du Namib. Un détour par le pub me sera bénéfique. Je pourrais même faire ensuite un saut au poids, ils ont du oublier mon ardoise depuis le temps que je n’y suis pas retourné …
Georges Boissabierre, pour 1664 Farniente Corporation, mai 2019, Lucens

