Bière

Cher ami du Tennis, salut,

si je publie mon interview d’après-match si tard après la fin de la rencontre HISTORIQUE qui a opposé notre cher club de cœur, Lucens, à Bière, c’est que pour la première fois de ma longue et fructueuse carrière, les mots m’ont manqué… Mon bonheur a été trop grand, la fête trop belle et l’alcool trop fort…

ils l’ont fait… Les Lucençois ont enfin, après 4 saisons à végéter dans le milieu de classement des différents groupes auxquels ils ont participé, réussit à accrocher la première place… Cette première place significative de montée en 2ème ligue, le Graal absolu pour les joueurs de petit calibre et pour tout grand journaliste qui se respecte…

bien sûr, d’aucun me diront que la priorité est au domaine sportif, qu’il faut mettre en avant les qualités de cette équipe et du défi que représentera la saison prochaine. Bien sûr quelques esprits chagrins ne verront que les futurs beaux matchs qui se dérouleront sur les terrains de Lucens et d’ailleurs. Oui, je te l’accorde, cher ami du Tennis, cela aussi, est passionnant et intéressant. Mais moi, je vois d’abord et avant tout le côté pratique et pragmatique de cette promotion : Lucens va enfin fréquenter des grands clubs, qui ont des traditions et qui savent ce qui est important dans la vie… À savoir : avoir une cantine, un réfectoire, une buvette ou encore un tripot bien achalandé et rempli de boisson aussi diverses qu’honnêtement alcoolisées… Ah, il me tarde tant d’être au mois de mai 2020 pour pouvoir profiter pleinement de ces lieux cent fois espérés…

en attendant cette ère bénie, c’est du fin fond de la buvette de Bière que je m’apprête à faire mon travail en recevant, comme d’habitude, les joueurs qui devraient être aujourd’hui particulièrement euphoriques. Je pensais qu’avec la buvette du TC Lucens, j’avais vu ce qui se fait de pire dans le genre, je constate que celle de Bière n’a absolument rien à lui envier… Nom de nom, habiter un village avec un si beau nom et ne pas être capable d’être mieux achalandé que cela…

… Christophe, cher capitaine, tu n’aurais pas au fond de ton ridicule petit frigo, une ou deux bières à me faire déguster ? De la portugaise ! Ouais, mais c’est vraiment parce qu’il n’y a que cela …

Dernier sur le terrain, premier sorti de la douche, mais surtout celui qui assure le troisième point dans un match épique, Jean-Luc s’assoit en face de moi, quasi en héros de la patrie…

mon cher Jean-Luc, que de chemin parcouru depuis l’été passé… Une saison d’automne-hiver complètement ratée suite à une vilaine et récurrente blessure, un retour à Montchoisi qui a ressemblé à la Berezina, un match convaincant contre Yverdon et enfin cette apothéose, ce chef-d’œuvre, ici à Bière… Quel est ton sentiment, là tout de suite ?

tu sais Georges, ces longs mois froids et humides que j’ai passé aux Alpettes et dans ses forêts environnantes, à ruminer mon malheur et à chercher ma voie… Eh bien, c’est aujourd’hui que j’en comprends le sens : même si l’horizon est voilé de brume, si le chemin est escarpé et glissant, au bout du bout, le soleil brille toujours à nouveau… Et ça, il ne faut jamais l’oublier…

c’est effectivement un parti-pris intéressant et au combien important. Tu joues aujourd’hui un match délicat, avec beaucoup de pression sur tes épaules, contre un adversaire ma foi habitué à des rythmes importants et rapides. Comment rentres-tu dans cette partie ?

tout d’abord, j’ai évité de me mettre trop de pression. Derrière moi, il y avait encore deux doubles, donc potentiellement encore deux chances pour obtenir le point nécessaire à ce moment-là de la rencontre. Mais je savais aussi que rien n’était sûr, avec Julien et Seb qui avait le moral dans leurs chaussettes après leur défaite en simple et un double relativement inédit composé de Jean-Pierre et Serge… Tout restait possible, le meilleur comme le pire… Je me suis fait un honneur de leur offrir ce point, afin qu’ils puissent jouer leur dernier match de la saison sans pression aucune. Et puis, je dois aussi l’avouer, soigner mon égo en ramenant le point de la promotion, c’était aussi important pour moi et envers les autres qui ricanaient un peu trop dans mon dos ces derniers temps. Ensuite, mon adversaire… Rien contre Richard, on est d’accord, hein, mais bon… On l’a pas vu depuis je ne sais combien d’hiver s’entraîner avec nous et au vu de sa peine à se déplacer, il n’a pas dû en faire ailleurs non plus… Du coup, j’étais un peu plus sûr de mon coup au début du match qu’avant de le commencer… Il faut dire que j’ai eu un peu de temps de ruminer jusqu’au milieu de l’après-midi…

tu rentres effectivement bien dans le match et puis nous, les spectateurs remarquons que tu commences à boiter sérieusement, que s’est-il passé ?

je traîne malheureusement une blessure aux pieds depuis mes longues marches autour des Alpettes… Le terrain est piégeux là-bas en haut, et les nombreux kilomètres effectués m’ont usé quelques tendons… Mais remonté comme je l’étais, j’aurais pu jouer six heures sans m’arrêter, donc je n’étais pas inquiet du tout. Moi, je suis de ceux qui ont toujours dit que nous devions monter pour rencontrer des adversaires à notre mesure, aucune blessure, aucun adversaire n’aurait pu m’arrêter aujourd’hui…

justement, cette promotion : c’est une chance, un défi ou une futur rodomontade ?

euh, je vais prendre les deux premiers mots parce que le troisième !?! C’est une vraie chance de connaître enfin un niveau supérieur qui correspondra beaucoup plus à notre niveau, enfin en tout cas à mon niveau, et qui nous permettra de vraiment exprimer nos qualités. Bien sûr pour quelques uns d’entre nous, ce sera aussi un vrai défi, ils se verront obligés de passer un palier, de gravir un échelon, s’ils veulent avoir un peu de plaisir pendant les rencontres. Pour cela, ils ont toute une saison d’été et d’hiver : je crois que cela sera bien assez pour améliorer leur tennis…

imaginons le pire : la saison prochaine, Lucens perd tous ces matchs sèchement… cela ne risque-t-il pas de nuire à la bonne ambiance qui règne au sein de l’équipe ?

je pense que nous devons nous préparer à partir au combat… Chaque bataille sera rude et âpre, avec à la fin, pour certains, de grosses déceptions à la clé. Effectivement, cela risque d’être difficile à vivre pour les futurs perdants, et l’ambiance dans l’équipe pourrait s’en ressentir… À nous les futurs gagnants de savoir soutenir nos malheureux camarades et de ne pas les accabler s’ils devaient nous tirer vers le bas et risquer de nous faire redescendre dans l’enfer de la troisième ligue…

je note que tu te mets d’office dans le camp des gagnants… Tu n’as donc pas de doute quand à tes succès futurs ?

je le dis depuis le début et je te le répète encore une fois : moi, pour exprimer tout mon talent, j’ai besoin d’adversité. Un bon joueur en face de moi, et voilà que je me transcende et que je hausse mon niveau au point de devenir imbattable. Alors oui, je me réjouis de rencontrer de R6 ou, encore mieux, des R5 la saison prochaine. Enfin Swisstennis pourra constater la grande injustice qu’ils m’ont fait ces dernières saisons en me refusant un classement digne de mon talent.

des mots qui sortent du cœur, on le ressent très fort, puisse Swisstennis et tes coéquipiers avoir pitié de toi et tenir compte de tes désirs et autres remarques… Jean-Luc, il me reste à te souhaiter une année pleine de succès, des entraînements intensifs et productifs et je te donne rendez-vous pour la saison prochaine, puissions-nous nous retrouver dans des buvettes dignes de ce nom…

… Antoine, j’adore ton frère je dois te le dire, mais sa bière portos… comment dire… comme cela devait être écrit dans son carnet journalier à l’école primaire : se donne du mal, en a beaucoup, et peut mieux faire… Tu n’aurais pas quelques choses de plus local à me proposer ? Du blanc de la Côte ! Mais voilà, je savais que je pouvais compter sur quelqu’un dans ce club pour me trouver de la qualité …

Jean-Pierre, je t’en prie, assied-toi et raconte-moi… Aujourd’hui, tu joues en numéro 4 pour des raisons tactiques, quel effet cela t’a fait ?

Bonjour Georges ! J’ai détesté…

à ce point-là ? C’est ton égo qui en a pris un coup ?

non, pas du tout, moi j’ai pas besoin, contrairement à certains, de me mettre en avant. Je connais mon talent, mes qualités, je sais que mon tennis est meilleur que celui des autres. Non, ce que je déteste par-dessus tout, c’est devoir attendre. Moi, quand je participe à quelque chose, il faut que cela soit immédiat. Déjà au foot, le fait de devoir se changer, écouter la causerie de l’entraineur, attendre que nos adversaires arrivent enfin sur le terrain, cela me gonflait. Alors maintenant, avec ces interclubs, j’ai besoin de jouer tout de suite. Je mets une trempe entre 9 et 10 heures à mon adversaire du jour et ensuite je suis tranquille pour le reste de la journée. J’aimerais même, si je dois de toute façon le faire, faire le double juste après mon simple, ce serait ainsi la journée parfaite…

ok, je pense qu’il faudra vraiment en causer à ton capitaine. Ceci dit, en général ton statu de numéro 1 ou 2, te fait jouer très vite dans les rencontres. Pourquoi as-tu joué en 4 aujourd’hui ?

alors là, très cher Georges, je ne sais pas, je ne vraiment sais pas… Dans les vestiaires, le capitaine nous a fait sa causerie qui a duré une éternité. Moi, j’étais prêt, chaud et pressé de finir mon match, je n’ai donc pas beaucoup écouté ni compris sa théorie et la tactique mise en place… C’est au moment où j’ai couru sur le court pour mon match, qu’il m’a dit de revenir sur le banc et d’attendre mon tour… J’ai rien compris, mais alors rien du tout…

effectivement, cela a du bouleverser tes habitudes et te perturber très fortement. La confusion a du d’ailleurs être à son comble lorsqu’enfin tu as pu entrer officiellement sur le court et que tu t’es retrouvé avec le faux adversaire en face ?

effectivement, là je n’ai vraiment plus rien, mais alors plus rien de rien compris. Le gars vient sur le court pour subir sa branlée, mais avant d’avoir pu commencer à s’échauffer, je le vois repartir avec armes et bagages… C’était à ni rien comprendre… Je pense qu’il a du subir une crise de panique ou quelque chose comme cela… Toujours est-il que je me suis retrouvé sans adversaire pendant un moment… J’ai cru que je ne jouerais pas pendant cette rencontre…

finalement, le bon adversaire est arrivé et tu l’as sèchement remis à sa place…

heureusement que j’ai du talent à revendre, en effet… Plus d’un se seraient laissé dépasser par la situation et auraient sans doute perdu leurs moyens. Moi, j’ai réussi à me reconcentrer et à gagner tranquillement mon match. J’espère juste que la saison prochaine, les rencontres seront mieux organisées qu’aujourd’hui…

justement, en parlant de la saison prochaine : quels sont tes attentes, ou peut-être tes appréhensions pour cette première expérience en deuxième ligue ?

je ne me fais absolument aucun souci pour mon jeu et ma capacité à écrabouiller mes adversaires dans cette ligue supérieure. En plus, au vu de mes résultats cette année, mon statu de numéro un de l’équipe sera cette fois acté dans le marbre et je pourrai, chaque rencontre, entrer sur le terrain dés l’aurore et ne pas devoir patienter dans une antichambre aussi austère que désagréable.

penses-tu que l’équipe est vraiment armée pour se battre pour les premières places la saison prochaine ?

voyez-vous, très cher Georges, j’attends de mes coéquipiers qu’ils fassent tous un vrai effort lors des quelques 9 prochains mois qui nous restent avant le début de la compétition, pour se mettre à niveau afin de pouvoir tenir leur rang au mieux. Je ne me fais pas beaucoup d’illusion pour l’un ou l’autre, on connaît tous les noms de ceux qui sont totalement allergique à tout effort physique. Mais ces quelques exceptions mises de côtés, le reste de l’équipe sera prêt au combat et nous allons en épater plus d’un, c’est moi qui vous le dit…

des paroles pleines d’optimisme qui font plaisir à entendre. Cher Jean-Pierre, je te souhaite donc un été plein de succès, un entraînement hivernal constructif et me réjouis de te revoir au mois de mai prochain pour fêter dignement, au fond de buvettes accueillantes, tes victoires futures.

… merci Antoine, t’es un vrai frère pour moi, tu sais exactement quand tu dois me ravitailler. C’est d’avoir un frère jumeau qui te donne cette sollicitude envers ton prochain ? Comment, pas jumeau ! Tu es trois ans plus jeune ! Non, je dois dire que cela ne se voit pas, enfin pas vraiment… Verse-moi donc de ton blanc et partageons un verre ensemble, cela noiera un peu ta peine …

Julien viens vers moi et discutons de cette journée tout en contraste pour toi… Un capitaine heureux, qui a su mener ses troupes à la victoire, mais un joueur malheureux, qui a vu la victoire lui échapper. Un commentaire là-dessus ?

tu me connais maintenant, Georges, je ne suis pas homme à me montrer démesurément enthousiaste, mais une promotion en deuxième ligue, c’est tout de même un évènement hors norme qui mérite un cri de guerre : youppie hee ! Bon ceci étant dit et fait, il est vrai que j’aurais aimé amené mes deux points à l’édifice et que du coup ma fête est un peu gâchée aujourd’hui…

tu as semblé perturbé aujourd’hui durant ton simple en tout cas…

il y a des jours comme cela. Je suis rentré sur le terrain relativement énervé, sans vraiment avoir une raison. Ensuite par contre, j’ai été vraiment perturbé par le coup de Jarnac qu’on essayé de me jouer nos adversaires. Nous avions décidé, le capitaine de Bière et moi, d’un ordre des rencontres et des adversaires réciproques. Et je vois Richard entrer sur le court avec Jean-Pierre, ce qui ne correspondait ni à la feuille de match, ni à la tactique que j’avais mis tant de temps à établir… Le temps que je pousse ma gueulante depuis mon court et, déjà, j’étais sorti de mon match. C’est injuste, mais c’est malheureusement le dur lot du capitaine : être au four et au moulin et ne pas pouvoir se concentrer pleinement sur l’un ou sur l’autre…

tu rates ton simple pour ces raisons, ma foi fort compréhensible, par contre tu ramènes un point en gagnant le double avec Sébastien. Vous préservez ainsi votre invincibilité, c’est un point positif dans la journée, non ?

oui tu as raison, même si on s’est amusé à se faire peur… Un premier set qui tourne, sans vraiment que l’on sache pourquoi, en faveur de nos adversaires, j’ai eu vraiment peur que Seb ne se reprenne pas à temps pour la fin du match. Heureusement mon appui lui a permis de remonter son niveau et nous avons finit par passer par-dessus nos adversaires. Même si, il faut bien l’avouer, le super tie-break a été nerveusement particulièrement éprouvant…

la saison prochaine, tu coacheras une équipe de 2ème ligue, quel effet cela te fait ?

je n’ai jamais caché mon ambition de montrer au petit monde du tennis à quel point je suis bon dans mon domaine. C’est donc une très belle satisfaction d’avoir pu mener cette équipe de bras cassés de joueur vers un sommet que peu de monde penserais qu’ils seraient capables d’atteindre. Moi le premier, j’ai émis maintes fois, en privé, des doutes et des réserves quand à la possibilité d’y arriver. J’ai même étudié très sérieusement soit un changement radical des joueurs soit mon reclassement vers une équipe qui aurait un avenir plus sûr que celle de Lucens. Mais ma persévérance et mes techniques psychologiques ont finis par payer et aujourd’hui je savoure mon succès…

toujours tout en modestie, évidement… Julien, as-tu déjà un plan B pour sauver ton équipe si, par malheur, les résultats devaient être, disons, difficiles la saison prochaine et que certaines tensions intra-muros devaient apparaître ?

je suis ingénieur en génie-civil, donc le béton et le ciment ça me connaît. J’ai beaucoup de techniques différentes pour cimenter des caractères forts différents, aussi dans les pires moments de crise. Je suis parfaitement capable de bétonner n’importe quel navire qui se mettrait à prendre l’eau. Je suis donc persuadé que quoi qu’il se passe dans le futur, je saurai faire face. Ceci dit, je suis aussi persuadé que nous avons une équipe suffisamment solide pour survivre en deuxième ligue.

voilà qui rassurera certainement le lecteur qui me lit. Je pense que, tout comme moi, il serait profondément déçu qu’à la joie de la promotion succède la dépression du manque de résultat… En parlant de joie, as-tu prévu une grande réception pour fêter, dans l’outrance, ce classement aussi magnifique qu’inespéré ?

il faut savoir garder les pieds sur terre et la mesure dans la joie comme dans la peine, mon cher Georges. Nous allons boire un coup tous ensemble, cela est naturel. Mais ensuite, nous devrons oublier très vite cette euphorie qui nous gagne : nous ne sommes tout de même pas encore champions du monde. Il ne serait pas décent, vis-à-vis de nos malheureux adversaires, vis-à-vis de nos futurs résultats, d’exposer de manière trop ostentatoire notre enthousiasme. Dans une région protestante comme la nôtre, l’austérité reste de mise…

oui, je confirme : au vu de la buvette du club de Lucens, l’austérité ça vous connait… Eh bien, mon très cher Julien, je réitère tout de même mes félicitations au capitaine de cette belle équipe et je te laisse aller fêter tout de même un petit peu ce succès qui, je te le souhaite, en appellera d’autres…

… moi, je vais pas gâcher mon plaisir, je me lance dans le rouge… S’il est aussi bon que le blanc, la fête devrait être belle. Merci Valery, pas plus haut que le bord, mais tout de même bien ras, c’est comme cela que je préfère mes verres …

Sébastien, le deuxième perdant du jour… Installe-toi et viens t’épancher sur mon sein… Encore une défaite en simple, une de plus pour une saison catastrophique : comment vis-tu cela de l’intérieur ?

après la saison passée, durant laquelle je le rappelle j’ai gagné mes 8 matchs joués, j’ai cru avoir passé un cap, une péninsule… J’avais fait des progrès nerveusement, techniquement et tactiquement et je pensais que cela suffirait à me faire passer une belle saison 2019… Force est de constater que mon bilan est misérable et que toutes mes certitudes se sont envolées très vite…

tu parles tactique, technique, nerf, je n’entends rien, dans ton discours, qui concernerait le physique. Pourtant c’est un paramètre qui pourrait bien être la quatrième roue du char et qui semble, à l’évidence, te manquer…

l’argument revient souvent sur la table et effectivement, ce n’est peut-être pas mon point le plus fort. Je vais évidemment devoir faire un gros travail d’introspection ces prochaines semaines et peut-être que ce point ressortira aussi dans ceux qui seront à améliorer.

parles-moi un peu de ton match d’aujourd’hui…

un peu comme d’habitude, je commence assez bien, je prends le service de mon adversaire, je mène rapidement 2 jeux à rien et puis je me délite, je fonds et disparaît… Pas de service, pas de coup droit, pas de revers, je ne monte pas à la volée parce que cela ne servirait à rien, je n’ai aucune sensation et même pas l’excuse du soleil ou du vent pour expliquer tout cela… Le plus inquiétant pour moi, c’est cette forme de découragement qui s’empare de moi et le manque crasse d’options que je trouve pour changer le cours du match. Mon adversaire est bon, mais pas non plus largement au-dessus. Mais je n’ai pas réussi à inventer des solutions pour le contrer.

heureusement qu’il y a le rayon de soleil du double. Encore une fois tu fais équipe avec Julien et encore une fois vous gagnez. C’est bon ça !

oui, c’est un tout petit peu de baume sur mes plaies, mais tout de même le double ça reste relativement hybride et ça ne remplacera jamais une victoire en simple. J’aurais tellement aimé apporter mon point à l’équipe.

Julien m’a dit t’avoir beaucoup soutenu durant ce double, laissant entendre que tu as eu des baisses de régime inquiétantes…

ce serait nié la vérité que de dire que je suis entré en confiance sur le terrain. Le score du premier set l’atteste aisément. Ceci dit, je ne suis pas sûr que lui avait plus de fighting spirit que moi pendant le match. Il perd tout de même son service d’entrée, ce qui est tout de même un vrai signe de doute chez lui. Après, honnêtement, je fais un match correct, je marque des points tout en faisant mon lot de fautes. Mais je pense que nous nous sommes épaulés mutuellement et c’est ce qui a aussi fait notre force et nous a permis de tourner le match. Nous restons invaincus en double et formons une paire redoutable : nous ne devrons pas oublier cela la saison prochaine.

Justement, je suis curieux d’entendre ton analyse concernant la saison prochaine.

au vu de cette saison, je suis parfaitement conscient que la marche va être très haute, pour moi comme pour beaucoup des membres de l’équipe. Je pense que je serai au mieux R8, mais peut-être même R9 la saison prochaine. Cela me donnera un petit peu d’air et m’enlèvera certainement un peu de pression. Je vais évidemment faire tout mon possible pour que les mois qui viennent m’apportent de la confiance afin de rentrer au top dans la compétition qui s’annonce. Après, il faudra que nous fassions tous attention : l’équipe doit rester le plus important par rapport aux résultats. Nous sommes à la base une bande de copain qui faisons de la compétition et pas des compétiteurs cherchant les résultats dans l’absolu.

il y a, en effet, malheureusement beaucoup d’exemples dans le sport, où les belles histoires d’amitié finissent dans le sang… Merci à toi, Sébastien, pour avoir pris le temps de t’arrêter un instant et ce malgré un résultat en demi-teinte. Je te souhaite tout d’abord une belle fête aujourd’hui et pleins de succès la saison prochaine.

… Antoine, ce rouge, il est bon, voir très bon, mais je te vois avec du Merlot dans les mains. Tu ne le sais peut-être pas encore, mais il se trouve que moi et le Merlot, c’est une longue, très longue idylle… Verse m’en donc un grand verre et je te dirai ce qu’il vaut …

last but not least, Laurent, celui qui a montré la voie en remportant le premier point de la journée, quel plaisir de te retrouver à l’interview. Alors ce match, superbe victoire, non ?

En effet, Georges, je suis très content. Mon adversaire avait du tennis, et dans le premier set, je n’ai pas pu développer le mien aussi bien que je l’aurais voulu. C’est sans aucun doute à mettre à son crédit. Là où je suis très content, c’est que j’ai su jouer correctement les points importants et que j’ai parfaitement réussi à étouffer ces velléités de gagner.

ta saison est particulièrement réussie, cette année. Tu n’as pas perdu un seul match et tu as dégagé une sérénité particulièrement impressionnante.

oui, je me suis trouvé avec ma raquette et j’ai pu ainsi déployer tout mon art et mon talent, laissant mes adversaires, mais aussi mes coéquipiers à des années lumières de moi. En plus, à l’exemple d’un Roger Federer, j’ai su me ménager des temps de récupération long afin d’être au top dans le rush final. Contrairement à d’autres membres de l’équipe qui ont absolument voulu jouer tous les matchs, je me suis retiré entre le Portugal et l’Espagne, au moment le plus opportun. Cela a payé et je me suis grassement rattrapé de mes absences en apportant les points essentiels, dont le premier d’aujourd’hui.

après trois saisons disons, difficiles pour l’équipe, vous voilà enfin en tête de groupe et promu en deuxième ligue. Je suppose que cela te motive encore plus pour la saison prochaine ?

mon cher Georges, je peux le dire maintenant : un échec cette année m’aurait certainement passablement démotivé. Jouer encore une année avec Lucens, mon club de cœur, en 3ème ligue m’aurait été particulièrement pénible. Je ne te le cache pas non plus, mes performances, mon style et ma mentalité de gagneur, ont tapé dans l’œil de plusieurs recruteurs, qui n’ont pas hésité à mettre de bons arguments pécuniaires pour m’attirer dans des équipes plus performantes. Je m’étais donné le temps de la réflexion et le résultat m’incite à ne pas donner suite. Mais j’aurai tout de même une discussion avec le capitaine : le statu quo quand à ma présence devra être accompagné de mesures d’accompagnement importantes.

Peux-tu nous dire plus en détail à quoi tu penses comme mesures ?

j’ai besoin de recevoir l’assurance d’être le numéro un permanent de cette équipe. Vis-à-vis de mes fans, il ne m’est pas acceptable de jouer autre chose que number one. Ensuite, j’aimerais pouvoir profiter de la douche en premier et ce à chaque rencontre. Dans les petits clubs, il n’est pas rare que l’eau chaude soit rationnée et je ne veux plus me doucher à l’eau froide. Enfin, j’aimerais avoir le droit de me servir plusieurs fois de paella lorsque Serge la prépare et ce autant de celle aux fruits de mer que de celle à la viande : les performances ça creuse et je dois nourrir convenablement l’outil de travail compétitif qu’est mon corps.

bon, cela reste des mesures relativement acceptables, même si certains de tes partenaires pourraient en prendre ombrage : les guerres d’égo ne sont pas terminées au sein de l’équipe. La deuxième ligue, cela signifie tout de même un niveau bien supérieur à la troisième. On voit que les équipes qui montent ont du mal à s’y maintenir. Penses-tu que l’équipe, dans son ensemble, aura sa chance ?

c’est encore particulièrement compliqué de juger cela, aujourd’hui. C’est sûr que certains membres de l’équipe devront faire un gros effort pour se mettre à niveau. La saison d’été et les entraînements hivernaux, seront très importants pour eux. Ils ont encore un peu de temps, à eux d’optimiser la façon qu’ils auront de l’utiliser. Moi, je vais reprendre ma routine, en participant sporadiquement aux différentes activités misent en place pour nous tenir en forme ; j’ai toujours agis comme cela et on voit que cela marche très bien. De plus, cela me permet, comme Roger Federer, de me ménager et le corps et l’esprit. Je fais tout de même parti des plus vieux de cette équipe, j’ai donc droit à quelques privilèges, une sorte de droit de primogéniture quoi…

Laurent, je me réjouis de suivre tes exploits, qu’ils se passent dans les prochaines semaines ou lors des prochains interclubs. Je sens que la saison 2020 va nous donner des frissons et sera certainement passionnante à suivre… Rejoins tes petits camarades, cela commence à parler fort et à festoyer dur…

… ce Merlot est un régal, Antoine. Toi et ton frère avez vraiment le sens de l’accueil. C’est très regrettable que vous ne soyez plus dans la même ligue que Lucens l’année prochaine, je serais bien volontiers revenu ici, malgré, au premier abord, la vétusté de la buvette …

il me reste à parler avec Serge, qui a été tout au long de la journée, passablement bougon et renfrogné…

tu le serais certainement aussi, très cher Georges, si tu avais le sentiment, comme moi, que l’on te sacrifie sur l’autel des résultats.

je comprends tout à fait, Serge, et partage tes doutes et tes interrogations. Ton envie de jouer n’a d’égal que ton engagement sur et hors des terrains et il m’est très clair que ta frustration aujourd’hui est tout à fait compréhensible. Pourtant le bien de l’équipe devrait être pour chacun le but ultime, non ?

je ne suis pas parfaitement raccord avec toi dans ce cas-là. Les règles que nous avions établies au départ de notre aventure, mais tu n’étais pas là pour confirmer, étaient la recherche du plaisir avant celui de la performance. Or, regarder les autres jouer sans avoir une chance de participer, c’est pas du plaisir.

tu as tout de même pu faire et même gagner un double, aujourd’hui…

maigre lot de consolation, tu en conviendras, Georges. Je me suis entraîné comme un fou durant tout l’hiver, je me suis inscrit à des tournois individuels pour acquérir de l’expérience et de la maturité en compétition. J’ai fait beaucoup plus d’effort que certains et le seul remerciement que l’on m’accorde, c’est de jouer un double qui ne compte pour rien. Pardon, mais c’est tout de même un peu peu…

raconte-moi un peu comment tu vis ce double aujourd’hui, plutôt que de ressasser cette rancœur.

je suis rentré sur le court avec beaucoup de rage et d’envie de prouver que la capitaine avait eu tort. Malheureusement, j’en ai trop voulu au début et on se fait laminer par nos adversaires dans le premier set. Durant le deuxième, j’ai réussi à me calmer et à retrouver mes automatismes pour bousculer nos opposants. Jean-Pierre et moi, on est alors dans une osmose incroyable qui prend encore de l’ampleur dans le troisième set. Là, je touche à la perfection et je réussi enfin à sourire. Attention, je n’oublie rien, mais je pardonne, même si ma revanche viendra un jour ou l’autre…

aïe, on voit bien le petit coin de ta tête qui bouillonne encore… La saison prochaine, c’est la deuxième ligue. Une ligue que l’on dit difficile pour les nouveaux arrivants. Comment appréhendes-tu cette compétition ?

je me réjouis de la commencer et j’espère vraiment que l’équipe sera à la hauteur de son éthique : tout le monde devra avoir sa chance de jouer, c’est mon souhait le plus cher. Ensuite, bien sûr que cela sera difficile, jusqu’à cette année, c’était aussi difficile en troisième ligue. Maintenant, en continuant à bien s’entraîner et à emmagasiner de l’expérience, je crois que je serai à niveau et que je pourrai rivaliser avec mes adversaires. Bien sûr, je ne serai pas numéro un, c’est très clair, mais en numéro 4 ou numéro 5, je crois en mes chances.

ton optimisme fait plaisir à écouter. Tu n’as encore jamais gagné un simple jusqu’ici dans les interclubs, qu’est-ce qui ferait que tu gagneras la saison prochaine ?

d’aucun oublie un peu vite que le tennis et moi, ça fait pas si longtemps que l’on se côtoie. Chaque année qui passe me donne un peu plus d’expérience et de confiance en mes moyens. J’ai maintenant gagné deux doubles entre la saison passée et celle-ci. C’est bon pour mon égo et pour ma tête. Je sens que je suis prêt à franchir le cap et à obtenir ma première victoire. C’est au fond de moi et j’en suis convaincu. Statistiquement aussi, chaque nouvelle défaite me rapproche de la prochaine victoire. Ma frustration d’aujourd’hui vient aussi de là, d’ailleurs : j’étais convaincu que si je pouvais jouer un simple, ici, à Bière, j’aurais gagné mon premier match. Le destin en a décidé autrement, mais ce n’est que partie remise…

eh bien, cher Serge, je te souhaite sincèrement d’atteindre ton but dès la saison prochaine et te laisse filer vers la fête qui bat son plein sur la terrasse du bas.

… merci, Christophe, tu es un père pour moi. Non, laisse la bouteille ici, j’en ferai mon affaire. Hein, oui, bon, si tu préfères me ramener une de Pinot à la place de me laisser le Merlot, j’accepte cela aussi …

cher ami du Tennis, tu sais bien que je ne laisse jamais tranquille même les absents. Je vais donc essayer de joindre Paul et Gérald, afin d’obtenir leur réaction à chaud.

salut Paul, ici Georges… Georges Boissabierre, oui, exactement… Lucens gagne donc 5 à 2 contre Bière, l’équipe finit première du groupe et est donc promue en deuxième ligue pour la saison prochaine. Qu’est-ce que tu as à me dire de tout cela ?

cher Georges, je suis très content pour l’équipe évidemment, beaucoup de mes partenaires rêvaient de cela depuis le moment où ils ont commencé la compétition…

je ne sais pas si c’est la ligne qui n’est pas bonne ou si ta réponse est vraiment un peu forcée… Toujours est-il que je ne sens pas ton enthousiasme dans ta réponse…

il faut me comprendre, Georges, on m’a un peu mis devant le fait accompli pour cette rencontre. Moi qui n’ai pas beaucoup eu l’occasion de jouer cette saison, on m’averti seulement il y a quelques jours, que je ne pourrai pas jouer contre Bière parce que l’équipe doit être performante pour monter d’une ligue. En clair, cela veut dire si tu joues on est moins performant que si tu restes à la maison… Je l’ai tout de même un peu saumâtre, cela se comprend non ?

oui c’est clair que ce n’est pas facile à vivre. Tu te dois tout de même d’admettre que tu ne t’es pratiquement pas entraîner depuis le mois d’octobre et que tes chances de t’imposer étaient particulièrement faibles aujourd’hui…

je vois dans les résultats que certains membres de l’équipe qui se sont entraînés comme des fous, n’ont pas rapporté de point non plus… Comme quoi, rien n’est absolument sûr en tennis. Ce que je veux dire par là, c’est que malgré la faiblesse de mes entraînements, il n’aurait pas été impossible que je ramène mon point ; pour savoir cela, il aurait encore fallu que l’on me donne ma chance…

la saison prochaine, c’est la deuxième ligue, quelle est ta vision de cela ?

je me réjouis de pouvoir me tester contre des gars aguerris à la compétition de haut niveau. Le style de jeu qui sera pratiqué devrait certainement me plaire et, surtout, favoriser mon style attaquant et agressif. Je me vois déjà remporter beaucoup de victoires. Je vais en tout cas participer beaucoup plus activement aux différents entraînements, j’ai l’impression que cela peut jouer un rôle dans ma qualification ou non pour les rencontres.

Très cher Paul, je vais te laisser à tes occupations, en te souhaitant le meilleur pour cette fin de saison et surtout pour la saison prochaine. Nous allons certainement nous croiser dans différentes buvettes d’ici-là…

… Christophe, tu as encore du Pinot à me proposer ? Plus que la bière Portugaise… Ouais, je prends, même si ce n’est pas avec gaité de cœur… Prends la caisse avec toi, ça t’évitera les allers-retours …

Gérald, pardon je parlais avec quelqu’un d’autre… Tu es au courant, vous être promu en deuxième ligue… Non, ce n’est pas une caméra cachée, je t’assure… Oui, ils ont gagné 5 à 2 contre Bière et vous finissez premier du groupe. Vas-tu du coup revenir jouer plus régulièrement ?

franchement, Georges, j’attendrai que mes copains se qualifient pour la première ligue. Là, le niveau est encore un peu tendre pour moi et je manque cruellement de temps et d’envie…

pourtant, la saison prochaine promet d’être pleine de suspens et de rebondissements. Tu ne penses pas que tu devrais y participer ?

non, vraiment, je n’y vois pas encore mon intérêt. Comme je te l’ai déjà expliqué souvent, mon intérêt c’est d’être le héros de mes enfants. Voir mon nom sur les feuilles de matchs de troisième ou de deuxième ligue, je pense pas que cela soit vraiment impressionnant pour eux. La première ligue, ça oui, cela aurait de la gueule. Les enfants sont difficiles à impressionner de nos jours. Je vais donc attendre un peu encore…

ok c’est ton choix… Mais est-ce que tu penses participer aux entraînements cet été ou éventuellement cet hiver, qui se passeront certainement à Romont, ceci dit en passant ?

cela n’est pas totalement exclu que l’on me voit une fois ou l’autre, mais je ne veux pas m’engager fermement. Mes filles sont toujours très actives en GR et mon garçon commence à se prendre au jeu des différents sports qu’il pratique. Je me dois d’être attentif et présent pour eux. Cela m’est donc parfois difficile de participer à d’autres activités.

bon, cher Gérald, je te souhaite tout de même beaucoup de plaisir dans tes activités et, si Lucens devait accomplir des miracles et se retrouver en première ligue, j’espère avoir le plaisir de te revoir à nouveau…

… oh, Christophe, tu aurais encore quelques bières, la caisse est vide, ici. Pas au frigo… C’est pas grave, je ne les laisserai pas se réchauffer encore plus …

cher ami du Tennis, après le miracle de Berne, nous avons eu la chance d’assister au miracle de Bière… Qui aurait vraiment cru aux chances de nos joueurs d’accéder un jour à la première place de son groupe et, donc de monter en ligue supérieur : sérieusement personne et surtout pas moi… Cela a été un rêve, longtemps et de manière récurrente, mais de là à le voir se réaliser… Pourtant, aujourd’hui, ou plutôt demain, Lucens participera aux interclubs Senior 45+ en deuxième ligue. C’est aussi incroyable que fantastique…

à lire les commentaires de chacun dans cet interview, on sent, en plus, une vraie volonté de s’établir pour du long terme à ce niveau… En seront-ils vraiment capables ? La cohésion de l’équipe survivra-t-elle à la pression que cet échelon de compétition fera subir à chacun de ses membres ? Toutes ces questions trouveront leur réponse dès le mois de mai 2020. Il ne faudra surtout pas manquer les matchs à venir, cela nous promet des moments intenses et remplis de suspens.

quand à moi, et jusque-là, cher ami du Tennis, je vais à nouveau vaquer à d’autres occupations, le reportage tennistique n’étant tout de même pas toute ma vie, ou bien ? Traditionnellement, je publierai encore mon analyse de cette fantastique saison. Il n’est pas impossible qu’un reportage ou qu’un sujet d’interview ne s’impose à moi ces prochains temps et que je fasse paraître tout cela sur ton site préféré. Reste donc bien attentif…

Georges Boissabierre, pour 1664 Farniente Corporation, juin 2019, Bière

 

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